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Hommage à Samuel Paty : pour les enseignants, une rentrée « la boule au ventre »

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Une rentrée sous pression pour les enseignants, qui redoutent de ne pas avoir les réponses face aux élèves. Crédits: THOMAS SAMSON / AFP.

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RENTRÉE SCOLAIRE – Dans les collèges et les lycées, les professeur.es retrouvaient leurs classes ce matin. Une journée placée sous le signe des hommages à Samuel Paty dans les établissements, et un retour des élèves que beaucoup d’enseignants redoutaient.

  • Dans tous les collèges et lycées de France, des hommages seront rendus à Samuel Paty aujourd’hui. Une minute de silence et une lecture d’un texte de Jean Jaurès se sont tenus ce matin dans les établissements.
  • Certains d’entre eux ont choisi de repousser la rentrée à demain pour laisser le temps aux équipes pédagogiques de s’organiser.
  • Un moment redouté par beaucoup d’enseignants, et une crainte renforcée par l’entrée en vigueur du nouveau protocole sanitaire dans les écoles.

Ce matin, dans toutes les classes de France, ou presque, les élèves se sont tus. Pour rendre hommage au professeur assassiné à Conflans Sainte-Honorine, collégiens et lycéens français ont observé une minute de silence avant d’écouter une lecture de « la lettre aux instituteurs et institutrices » de Jean Jaurès et d’ouvrir une séance d’échange sur le drame survenu dans les Yvelines. Ce matin, c’était la rentrée, que de nombreux enseignants ont abordé plein de craintes : préparation insuffisante et appréhensions liées à l’application du protocole sanitaire étaient les mots d’ordres de la matinée.

Au collège Robert Morel à Arles, les collègues de Sophie, documentaliste, sont arrivés avec la boule au ventre : « On ne savait rien si ce n’est qu’on devrait faire la minute de silence et lire la lettre de Jaurès. Des collègues tétanisés me disaient : « mais qu’est-ce que je vais pouvoir bien leur dire ? » On a des gamins qui se posent quarante mille questions ! »

« On suppose qu’on est capables de tout faire »

Sur WhatsApp, l’équipe pédagogique du collège a pourtant tenté de s’organiser : beaucoup ont débattu, échangé, certains ont banalisé des heures pour dédier uniquement leur cours au débat, d’autres ont choisi leur propre texte. « On a eu aucun temps de préparation, on a tous pris nos élèves à 8 heures pétantes, avec la principale du collège qui courrait dans les couloirs toute la matinée. Si on s’était vu ne serait-ce qu’une demi journée avant… Le problème c’est qu’on suppose qu’on est capables de tout faire en tant que prof. »

Pourtant dans les salles, les enseignants, seuls face aux élèves, doivent se saisir du problème, parfois malgré eux : au collège de Sophie, une de ses collègues de physique-chimie a du tenir une classe entière suite à l’absence d’un collègue. « La direction l’a poussée à faire de la médiation autour de Paty. Elle s’est sentie sous pression et a beaucoup eu peur de questions difficiles de la part des élèves » confie Sophie. Si l’heure était au branle-bas de combat dans son collège ce matin, elle et son équipe souhaitent le plus vite possible pouvoir se concerter : « On en a vraiment besoin. il y a cette journée d’hommage, on se prend un nouveau protocole sanitaire sur la tête, la moitié de la France est confinée… » lâche-t-elle avant de rejoindre la réunion proposée par la représentante syndicale de son établissement.

Des établissements plus souples

A Marseille, Hugo est professeur de mathématiques. Lui ne retrouvera ses classes que demain. Comme dans certains collèges, la rentrée a été décalée d’une journée pour permettre aux enseignants de se préparer. « On va trouver un truc qui nous correspond à nous. Ça nous laisse pas mal de liberté sur la manière dont l’hommage sera rendu« , précise-t-il en saluant la décision de sa direction. Pour lui, s’il est nécessaire d’ouvrir la parole sur ces événements avec ces élèves, c’est un travail qui doit se poursuivre tout au long de l’année : « déconstruire certaines pensées, et en expliquer d’autres ce n’est pas quelque chose que l’on fera en une heure demain, ce sont des choses qui se font sur le long terme, raisonner, avoir un esprit critique… ».

Hugo semble confiant sur la bonne tenue de la rentrée demain. S’il était inquiet ce week-end, le report de la rentrée l’a quelque peu rassuré, même s’il garde des réticences. « Ça reste pas suffisant car tout le monde a eu les infos très tard, avec des délais très courts pour réagir. Ce qui créé cette appréhension et ce climat anxiogène c’est aussi les contradictions, le manque de communication du ministère. Nous, on apprend toutes les nouvelles qui nous concernent par BFM ou LCI. » Et qu’il soit professeur de mathématiques, ou d’histoire-géo, pour lui rien ne change : il sera, dès demain, comme des milliers d’autres, en première ligne pour rendre hommage à son confrère Samuel Paty.

Auteur·trice

Team radio & team La Chance
4x4 teinté tout terrain, tous les sujets et formats m'intéressent, avec une petite préférence pour la culture et l'éducation aux médias.


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