LE 13 INFORMÉ

À LA PÊCHE AUX INFOS

« J’ai pété un câble, j’étais en rage », retour sur le procès Daval

7 min read

Jonathann Daval dessiné au premier jour de son procès, lundi 16 novembre, pour le meurtre de son épouse. BENOIT PEYRUCQ / AFP

Partager :

Jugé par la cour d’assises de Haute-Saône pour le meurtre de son épouse Alexia, Jonathann Daval a écopé de vingt-cinq ans de réclusion criminelle. 

« Pardon, pardon ». Ce sont sur ces derniers mots de Jonathann Daval que le jury s’est retiré pour délibérer samedi, à Vesoul. L’informaticien de 36 ans a été reconnu coupable de « meurtre sur conjoint » et a été condamné à vingt-cinq ans de prison. Ses avocats ne feront pas appel. Randall Schwerdorffer, l’un d’eux, a reconnu « une peine juste ». Le 28 octobre 2017, l’accusé avait lui-même donné l’alerte prétextant que son épouse n’était pas rentrée de son footing. Deux jours plus tard, le corps calciné d’Alexia avait été retrouvé dans le bois d’Esmoulins, non loin de Gray, commune où résidait le couple.

L’autopsie avait révélé de multiples coups, notamment au visage, avant de conclure à une mort par strangulation. Une volonté de tuer que Jonathann Daval reconnaît au quatrième jour de son procès : « quand on étrangle quelqu’un comme ça, c’est pour donner la mort ». A la barre, le médecin légiste mentionne en effet qu’il avait serré le cou de sa compagne pendant quatre à cinq minutes. Entre mensonges et rebondissements, cette affaire a entraîné un engouement médiatique inédit. Une situation par laquelle l’accusé dit avoir été « dépassé ». L’audience, qui avait débuté lundi 16 novembre, s’est principalement focalisée sur la vie intime du couple, la personnalité atypique de l’accusé et le mobile du crime.

« Quand ça ne va pas, on se sépare »

Dès le premier jour de procès, le tribunal décortique l’intimité du couple. Mariés depuis le 18 juillet 2015, Alexia et Jonathann se sont connus très jeunes. Elle avait 17 ans, lui en avait 21. Aux yeux de tous, ils forment le couple idéal, « sans histoire ». Pourtant, la relation se dégrade. Elle lui reproche de « ne plus la toucher ». De nombreux SMS ont permis de démontrer qu’Alexia se sentait seule et plus désirée. « Cette vie de merde », écrit-elle une semaine avant le meurtre. En cause, les pannes sexuelles de Jonathann et l’envie d’Alexia d’avoir un enfant. Souffrante d’infertilité, elle prend un lourd traitement hormonal. Des médicaments qui, selon la défense, pourrait expliquer pourquoi Alexia était victime de « black-out » ou d’« hystérie ». « Des crises » qui restent uniquement évoquées par l’accusé et dont la famille n’a jamais été témoin.

Isabelle Fouillot, mère d’Alexia, a été autorisée à s’adresser directement à Jonathann Daval lors du procès. ZZIIGG / AFP

« Jonathann n’était pas présent, raconte Stéphanie Gay, sœur d’Alexia. Je lui disais ‘cette histoire d’enfant ce n’est pas la tienne, c’est la vôtre, ça se vit à deux’. » Jamais là pour les rendez-vous médicaux, il n’est pas là non plus pour la signature de leur maison, comme déconnecté de sa vie de couple. « Son excuse, c’est ‘il travaille’ », poursuit la jeune femme. A l’été 2017, Alexia tombe enceinte mais fait une fausse couche. Néanmoins, l’accusé explique devant la cour d’assises qu’ils « n’en ont pas parlé plus que cela ». Il va jusqu’à insinuer qu’il a été le seul affecté par la perte de ce bébé. « Vous ne pensez tout de même pas que nous allons croire cela M. Daval », rétorque le président de la cour, Matthieu Husson.

« Il s’agit d’un couple qui n’est pas capable ni de se séparer, ni de vivre ensemble », analyse Jean Canterino, expert psychiatre. Interrogé par la défense sur ce point, il évoque le trouble de la « conjugopathie ». Et l’accusé confirme n’avoir jamais envisagé le divorce : « ce n’était pas concevable… L’image par rapport aux autres ». « Quand ça ne va pas, on se sépare », martèle Isabelle Fouillot, maman d’Alexia, pendant son audition. Mais Jonathann garde la tête baissée.

Double personnalité  

Durant les six jours de procès hyper médiatisé, les jurés trouvent un personnage stoïque et absent. Les témoins décrivent celui qui a joué le veuf éploré pendant trois mois comme quelqu’un de discret, gentil, réservé et très serviable. Mais les expertises psychologiques sont formelles : il possède deux personnalités. Dans le box, il apparaît comme distant mais fragile. Il craque plusieurs fois, notamment lors de la projection des images du corps d’Alexia, en partie brûlé. Lui qui avait toujours nié la crémation, il avait fallu attendre la reconstitution pour que Jonathann avoue y avoir mis le feu. « Pour effacer les traces », explique-t-il au tribunal. Toutefois, la cour a vite le sentiment que l’accusé passe à côté de son procès. « Jonathann n’est pas présent mentalement, il n’est là que physiquement », confie Randall Schwerdorffer devant les caméras, quelques minutes après le malaise de son client en pleine audition.

Jonathann Daval a fait un malaise vagal mercredi soir, après trente minutes d’interrogatoire. ZZIIGG / AFP

Doté d’une personnalité « caméléon », « Jonathann Daval n’existe que de la façon dont l’autre souhaite qu’il existe » , selon Tony Arpin, expert psychologue. Il est dépeint comme un homme immature, enfantin, incapable de prendre ses responsabilités. « Il ne voulait pas d’enfant parce que c’était lui l’enfant », assure Isabelle Fouillot, maman d’Alexia. Et son comportement le prouve : Jonathann se bouche les oreilles pendant que le légiste présente ses conclusions devant la cour d’assises.

Les expertises psychologiques concluent à une « toute-puissance » et une personnalité dominante. Obsessionnel, il abrite une agressivité refoulée. En effet, déjà très jeune, celui que ses amis appelaient « Thann » souffre de TOC liés à la propreté et d’une scoliose qui l’oblige à porter un corsé durant de longs mois. Jonathann raconte que ses troubles obsessionnels sont revenus depuis qu’il se trouve en prison. « Plusieurs fois par jour, je vérifie que ma porte est bien fermée », confesse-t-il. Selon Jean Canterino, ils relèvent d’une « pathologie psychiatrique ». Cependant, ce dernier conteste « la toute-puissance » de l’accusé. Ses TOC feraient de lui quelqu’un « qui n’est fondamentalement pas sûr de lui ». Si, psychologiquement, il reste difficile à appréhender, il a bien tué Alexia. Et le tribunal a essayé de comprendre les raisons de son crime.

« Des mots de trop »

Pour les familles, ce procès était l’occasion de connaître la vérité sur ce vendredi soir d’octobre 2017. Mais le mobile reste très flou et se caractérise finalement par deux versions. Celle de Jonathann qui assure « une dispute de trop » et celle de la famille Fouillot, convaincue qu’Alexia venait de lui annoncer qu’elle le quittait. Pourtant, ce soir-là, le couple rentre d’une soirée raclette chez les parents de la jeune femme.

Devant le tribunal, Jonathann indique : « elle me propose d’avoir une relation avec elle, je m’y oppose. Elle me fait des reproches […] J’ai voulu prendre les clés du véhicule, elle a voulu m’en empêcher. On s’est poussé, on s’est donné des coups, ça s’est terminé dans les escaliers. Il y a eu des insultes. La morsure m’a mis hors de moi, j’ai pété un câble. J’étais en rage, je n’ai jamais ressenti cette douleur ». Il reconnaît qu’il voulait « qu’elle se taise » et explique son geste par « l’accumulation, des mots de trop ». L’accusé assure néanmoins « qu’ils s’aimaient ». Isabelle Fouillot, elle, ne veut pas entendre parler d’amour. Mais l’informaticien maintient : « c’est une dispute Isabelle, il faut me croire ».

Selon la partie civile, Alexia n’aurait jamais pu réclamer un rapport sexuel le soir du 27 octobre. Et pour cause, son autopsie atteste qu’elle venait de mettre un ovule gynécologique. Elle savait donc qu’elle ne tomberait pas enceinte à ce moment-là. Mais Jonathann persiste : « ça devait être pour le plaisir ». « Je ne partage pas cette analyse, je crois qu’en réalité, il l’a tuée parce qu’Alexia voulait le quitter », suppose l’avocat général, Emmanuel Dupic, dans son réquisitoire.

Lorsque le corps a été retrouvé dans les bois d’Esmoulins, la jeune femme ne portait plus son alliance. Jonathann raconte qu’il le lui a ôté lorsqu’elle était déjà morte. Mais Isabelle Fouillot n’y croit pas : « elle l’a enlevée ce soir-là ». Autre indice, Alexia l’avait plusieurs fois menacé par SMS. « Mieux vaut être seule que mal accompagnée », lui envoie-t-elle quelques jours avant le drame. Jonathann n’aurait peut-être pas supporté l’idée d’une rupture, souvent facteur déclencheur dans le féminicide.

« Vous êtes devenu l’incarnation de celui qui a tué sa femme, de ce qu’on appelle un féminicide. Il va falloir le porter », lui rappelle l’avocat général. Il avait notamment requis la réclusion criminelle à perpétuité. L’audience civile a été renvoyée à une date ultérieure. Un ultime jugement qui devrait fixer les indemnités que recevra la partie civile. Satisfaits de la sentence, les proches d’Alexia vont «essayer de se reconstruire, de tourner la page et de passer à autre chose ». Isabelle Fouillot espère « que les Français n’oublieront jamais Alexia ».

Auteur·trice

Journaliste niçoise en formation à Marseille. Déjà lue dans les colonnes de Nice-Matin. Scrute l'actualité judiciaire.


Partager :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Facebook
Twitter
YouTube