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Jeux Olympiques : ils espèrent muscler les cerveaux grâce au bridge

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Main au bridge lors du tournoi du 19 mars au club Bridge et Loisirs de Boulogne Billancourt. Crédit : Bastien THOMAS

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Le bridge discipline olympique ? C’est une possibilité qui pourrait arriver. Le jeu de carte s’est porté candidat pour les Jeux Olympiques de Paris 2024, mais n’a pas été retenu, au profit du breakdance, du surf, de l’escalade et du skateboard. Il a pourtant déjà été en « démonstration » lors des Jeux d’hiver de Salt Lake City (Etats Unis) en 2002. Le bridge est-il un sport ? Mérite-t-il de devenir olympique ? Au club Bridge et Loisirs de Boulogne Billancourt où 607 adhérents se retrouvent pour jouer, les avis sont partagés.

Il est 14h. La salle est calme. Tout le monde est à sa place avec son partenaire en face de lui. Sylvain Lewi, président du club Bridge et Loisirs de Boulogne Billancourt vient de lancer le traditionnel tournoi de bridge du mardi après-midi. Tous les niveaux au jeu de carte sont représentés et prêts à en découdre avec leurs adversaires. La moyenne d’âge est élevée mais l’esprit de compétition cher au sport est bel et bien là. « Il faut avoir un bon caractère pour supporter ses adversaires qui sont parfois fourbes », note Monique Jouas qui joue avec son mari Jean-Philippe. Pour ce dernier, le bridge est un sport, mais intellectuel. « On muscle le cerveau au lieu de muscler les biceps », ironise-t-il. Jean-Philippe se réjouit de la possibilité pour le célèbre jeu de carte anglo-saxon de devenir une discipline olympique : « C’est une très bonne idée ! C’est très complémentaire avec le sport physique et il y a des similitudes. L’esprit d’équipe. Les efforts ! Car il en faut ! »

Table de bridge lors du tournoi du club de Bridge et Loisirs de Boulogne Billancourt le 19 mars 2019.
Crédit : Bastien THOMAS
« Cela ne fait pas partie de la catégorie des sports »

Le bridge souffre tout de même du fait d’être typé socialement et d’être considéré comme un jeu de séniors. Jaqueline, 70 ans et participante au tournoi, plaisante de cette situation. « Le bridge aux Jeux Olympiques ou Paralympiques ? Parce si c’est les Paralympiques, c’est parfait, vous êtes servis ici ! » La tâche s’annonce difficile alors que le Comité International Olympique (CIO) a fait de l’attrait des jeunes une priorité pour les prochains Jeux. Sur une autre table, Annie, joueuse et amatrice de sports qui font transpirer, n’est pas d’accord. Pour elle, le bridge est « un jeu cérébral mais pas un sport » et ne doit pas devenir une disciple olympique. « Même au niveau de l’entrainement ce n’est pas du tout pareil, cela ne fait pas partie de la catégorie des sports », ajoute-t-elle.

Du dopage, même au bridge

Lors de grandes compétitions internationales, les joueurs sont amenés à réaliser de sacrées performances. « Les participants jouent pendant quinze jours a compter de huit à dix heures par jour. Certains perdent du poids et il faut avoir un sacré mental pour réussir à tenir et rester concentré aussi longtemps », explique Sylvain Lewi, quelques minutes avant d’officialiser le début du tournoi. Geir Helgemo, numéro un mondial de bridge (Norvégien mais il représente Monaco), avait sa petit technique pour être performant sur la durée. La testostérone. Sauf qu’il a été contrôlé positif lors d’un test anti-dopage en septembre 2018. Le bridge étant reconnu par le CIO, les compétitions internationales sont sujettes aux contrôles. Pas très commun pour une discipline réputée pour son faible côté physique. « La testostérone améliore votre concentration, améliore votre maîtrise, tout ce qu’il faut pour être plus performant dans ce genre d’épreuve », explique Jean-Pierre de Mondenard, médecin du sport et spécialiste du dopage sur France Info le 1er mars.

Un jeu universel pratiqué par presque 100 millions de personnes dans le monde

Pour la Fédération Française de Bridge (FFB), représentée par son président bénévole Patrick Bogacki, « c’est un sport où il y a des émotions comme au foot, où il y a un coach comme au foot ». Participer un jour aux Jeux Olympiques serait une consécration et permettrait « une ouverture encore plus grande du bridge au grand public qui pense que c’est uniquement pour les vieux », explique Monsieur Bogacki. Dans le monde, on compte presque 100 millions de joueurs réguliers dans 125 pays membres de la World Bridge Federation basée à Lausanne en Suisse. En France, il y a, selon la Fédération, 1 500 000 adeptes.

Fort développement sur le continent asiatique

Dans la pratique au niveau compétitif, c’est un peu différent. « Plus on va dans le Nord, plus les joueurs sont jeunes. Au Portugal, lors des derniers championnats du monde, les vainqueurs étaient Suédois et la moyenne d’âge de l’équipe était de 23 ans », note Patrick Bogacki. En Asie, les choses sont aussi bien différentes. Le bridge est inscrit aux Jeux Asiatiques depuis 2018. En Chine, « les enfants veulent jouer et sont environ 400 000 » selon la FFB. Preuve que là-bas, le jeu de carte est considéré comme un sport, « les enfants s’échauffent en faisant de la gymnastique avant de jouer au bridge », note le président de la FFB.

Joueurs juniors chinois lors des championnats du monde 2017 de bridge à Lyon. Ils ont même des tenues assorties, caractéristiques des équipes sportives. Crédit : Fédération Française de Bridge (FFB).

En attendant d’accéder au prestige olympique, le bridge peut avoir une utilité pédagogique à l’école. Améliorer les performances mémorielles et mathématiques des enfants, tout en leur donnant goût au jeu de carte qu’ils continueront peut-être en plus tard … aux Jeux Olympiques ?

Bastien THOMAS

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