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Le J4, terre d’exil

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Du Dock des Suds, La Fiesta se voit dans l’obligation de poser ses valises sur l’esplanade du J4. Un énième déménagement pour l’association Latinissimo, victime de son propre succès.

À Marseille, les symboles s’empilent. La Bonne-Mère, l’Hôtel-Dieu, le Palais Longchamp… Les événements aussi, comme la Fiesta. Déjà vingt-sept ans qu’elle réunit des Marseillais de tout âge autour de programmations musicales éclectiques. Cette année, le festival se voit forcé de quitter son bastion historique, le Dock des Suds, pour se retrouver à quelques encablures de là, sur l’esplanade du J4. Une ancienne parcelle du port industriel de la Joliette, déjà hôte de la Fiesta pour les éditions 1994 et 1995. Entièrement rénovée en 2013 à l’occasion de « Marseille, capitale de la culture » (MP2013), la zone est devenue l’un des hauts lieux du tourisme marseillais. Elle n’accueille plus de bateaux mais des édifices bien ancrés sur terre : le Mucem et la Villa Méditerranée.

L’esplanade du J4 en 1994. Les scènes de la Fiesta étaient abritées par le hangar, détruit en 1997. © Jean-Yves Delattre

Ce déménagement n’est pas une surprise pour les organisateurs. Le couperet est tombé le 15 mars dernier. Et la sentence prononcée par Laure-Agnès Caradec, à la fois présidente d’Euroméditerranée (établissement public en charge de la transformation de la Joliette en quartier d’affaires) et adjointe au maire de Marseille dédiée à l’urbanisme. « Ce lieu culturel et récréatif doit être préservé et valorisé. Avec l’émergence de nouveaux quartiers autour du Dock des Suds, seul le maintien des deux grands événements, que sont Babel Med et la Fiesta des Suds, sur ce site, pose des questions insolubles. En effet, la réception d’un public nombreux (jusqu’à 14 000 personnes par soirée) et la coupure de voies d’accès engendrent des nuisances et des problématiques de sécurité incompatibles avec leur avenir. En conséquence, ces deux grands festivals doivent trouver un nouveau lieu pérenne. »

L’éternel recommencement

La situation est dure pour l’association. Déjà déménagée des hangars de la Joliette, du J4, puis de la Friche de la Belle de Mai, l’histoire de la Fiesta ne fait que recommencer. « C’est une technique classique à Marseille », explique Bruno Le Dantec, journaliste et écrivain marseillais. « On abandonne un quartier populaire comme la Joliette pour faire baisser les prix, et on fait entrer la culture comme un Cheval de Troie. Le Dock des Suds par exemple. Une fois le quartier revalorisé par la présence des étudiants et des artistes, la ville le réinvestit et les promoteurs récupèrent les espaces culturels. »

Le Boulevard des Dames (2ème) était autrefois une rue vivante et populaire. Aujourd’hui, certaines sections sont remplies d’enseignes vides. © Raphaëlle Denis

La menace d’une expulsion forcée planait depuis déjà un certain temps. Euroméditerranée (qui a racheté l’édifice au port autonome en 2011) menaçait déjà en 2014 l’association créatrice de la Fiesta, Latinissimo, lors de la fin de son bail. Le sursis semble déjà terminé. Son président, Marc Aubergy, semblait avouer sa défaite lors de la conférence de presse préliminaire à la Fiesta. « Le site du Dock des Suds, encerclé de quatorze grues, résiste contre toutes les attaques », commençait-il grave, comme pour justifier le déménagement au J4.

Latinissimo, plusieurs fois victime de la technique, en est bien consciente, mais ne peut malheureusement qu’en rire. « Nous sommes le meilleur promoteur des friches industrielles de Marseille », ironise Marc Aubergy, avant que Bernard Aubert, directeur artistique, n’en rajoute une couche en estimant avoir été « presque embauchés par Euroméditerranée comme valorisateurs ». Mais les dirigeants en sont convaincus. Peu importe le lieu, peu importe le temps, la Fiesta vivra.

Raphaël Khayat

Auteur·trice

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