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Les commerçants, premières victimes collatérales des contestations

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Trois jours après les violences, les traces du pillage de la boutique Orange ne sont plus visibles mais les grilles du magasin restent closes. Photo : CN.

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Victimes collatérales des gilets jaunes, les commerçants subissent depuis près de trois semaines les répercussions économiques du mouvement. Blocages, dégradations, pillages : à Marseille, d’importantes violences ont eu lieu samedi dernier. A l’approche des fêtes de fin d’années, les commerçants craignent une baisse considérable leur chiffre d’affaires.
Trois jours après les violences, les traces du pillage de la boutique Orange ne sont plus visibles mais les grilles du magasin restent closes. ©Camille Nowak.

Samedi 1er décembre, Vieux-Port de Marseille, 19h : la manifestation des gilets jaunes dégénère. Les 15 000 contestataires regroupés s’échauffent. D’importants heurts avec la police éclatent, des magasins sont vandalisés, d’autres pillés. Les 300 casseurs mêlés au mouvement, selon la préfecture de police, sèment le chaos sur la Canebière et le Vieux Port.

Au total, 4 boutiques sont dévalisées dont le magasin Orange, situé sur la Canebière, dont les portes sont encore fermées aujourd’hui. A l’approche des fêtes de fin d’année, la situation des commerçants vire au rouge. Les enseignes du centre-ville de Marseille sont particulièrement touchées. Selon Guillaume Sicard, président de la Fédération des commerçants de Marseille centre et interrogé par France Bleu Provence, depuis le début du mouvement, les commerçants marseillais auraient perdu entre 20 et 40% de leur chiffre d’affaire.

Les boutiques se vident de leurs clients mais aussi de leurs salariés. Certains se trouvent dans l’obligation de supprimer des postes. « A cause des problèmes financiers, je n’ai plus d’autre choix que de suspendre mes contrats en intérim pour m’en sortir », confie Marie-Pierre Cartier, gérante d’un salon de coiffure dans le 6ème arrondissement et présidente de l’association « Commerce positif ».

Sur Twitter, les réactions politiques ne se sont pas fait attendre à l’issue de la manifestation de samedi dernier. Le président de la région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur, Renaud Muselier, a notamment condamné ces violences, qu’il qualifie « d’exceptionnelles ».

Le Maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, a de son côté déclaré dans un communiqué : « Depuis le drame du 5 novembre dernier, rue d’Aubagne, notre ville et l’ensemble des Marseillais sont en deuil. Rien ne peut légitimer la violence qui s’est manifestée cet après-midi sur le Vieux-Port. »

Des commerçants contraints au silence

A Marseille, les revendications liées à l’habitat insalubre, qui se multiplient depuis les évènements du 5 novembre, se joignent au mouvement. Le manque d’organisation et de lisibilité des gilets jaunes se ressent lors des manifestations. Il est impossible de chiffrer les dégâts causés, la préfecture de police des Bouches du Rhône n’ayant pas souhaité communiquer sur le sujet.

« Les commerçants ne peuvent pas être entendus car ils doivent tenir leur boutique. Ils ne peuvent pas se permettre de manifester, mais un jour ils ne suivront plus », Marie-Pierre Cartier.

Choqués par ces scènes de violences urbaines, les commerçants sont restés impuissants, et enfermés dans le silence. Les blocages récurrents empêchent parfois l’approvisionnement de certaines enseignes. Dans la zone commerciale de Plan de Campagne, les renforts pour les fêtes de fin d’année ont déjà été annulés. En centre-ville, les Terrasses du Port ont été bloquées samedi, entrainant une baisse inévitable du chiffre d’affaires. A la suite des manifestations survenues ce weekend, le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, a soutenu lundi 3 décembre que « l’impact sur l’économie française sera sévère et continu ».

Au coeur de ce sentiment de perte générale, certains y trouvent leur compte. C’est le cas des sites de commerce en ligne. Depuis le début du mouvement, leur activité ne cesse de croître. Il devance rapidement les petits commerçants pour devenir la plateforme privilégiée des achats de Noël, ce qui contrarie Marie-Pierre Cartier : « Les achats de Noël se feront sur internet, ce qui profitera à des entreprises basées à l’étranger et qui ne paient pas d’impôts en France. Aujourd’hui, le commerce de proximité est en grande difficulté.» Pour cette commerçante en colère, les boutiques du centre-ville créent du lien social, voué à disparaître à petit feu. « Quand on sera vieux et qu’on descendra dans la rue pour acheter son pain, saluer son boucher… et bien il n’y aura plus personne », lance-t-elle avec tristesse.

Pour répondre à cette crise des commerçants, l’Assemblée permanente des chambres de métier et de l’artisanat (APCMA) a annoncé lundi 3 décembre, le déverrouillage d’un fond dit de « calamité ». Ces fonds pourraient permettre aux acteurs économiques victimes de dégradations et des manifestations d’obtenir une aide pour réhabiliter leur commerce. Un coup de pouce qui s’ajoute à celui déjà prévu par le gouvernement, garantissant le « bon remboursement » des préjudices par les assureurs.

Camille Nowak et Bastien Thomas

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