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À LA PÊCHE AUX INFOS

Solidarité à Marseille, pour les gens de la rue

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Des bénévoles rechargent la thermos de café avant de repartir vers le bas de la Canebière. ©Mathilde Durand

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Ils ont besoin de donner. Leurs initiatives démarrent avec un constat : des gens dorment encore dans la rue en France. Alors, ils ont décidé de passer à l’action. Rencontre avec deux associations citoyennes marseillaises qui aident les sans-domicile fixe.

Vêtus de leurs gilets jaunes, les bénévoles d’On se gèle dehors commencent leur maraude sur la Canebière. © Mathilde Durand

Sur la Canebière, dans le premier arrondissement de Marseille, plusieurs personnes se rassemblent vers l’église des Réformés. On se salue, on échange des cigarettes autour d’un gros monospace blanc. « Dans la bonne humeur, et à la bonne franquette », promet Daniel Jacquin, président de l’association On se gèle dehors – OSGD pour les habitués. Chaque samedi, gilet jaune sur le dos, il descend la grande rue marseillaise, accompagné de bénévoles pour distribuer des vêtements et un peu de nourriture. Les participants sont « à 80% des sans-domicile fixe ou des personnes en situation précaire». « Nous avons des gens de terrain avec nous, explique Daniel. Ils se sentent utiles, valorisés ».

Les vêtements sont récoltés auprès des particuliers dans la semaine. Après un tri, ils sont stockés dans des grosses valises. Une par binôme. Le cortège s’étire en descendant la Canebière. Un premier arrêt est décidé devant le théâtre de l’Odéon. En quelques minutes, la moitié des valises sont déjà vides.

Pas de gilets jaunes mais des casquettes oranges pour les membres de l’Association de bienfaisance contre les démunis (ABCD). Ils sortent la nuit, en voiture. Leur circuit passe par l’Avenue du Prado, le quartier Saint-Giniez et se termine devant l’hôpital de la Timone. Des zones moins fréquentées par les grosses structures telles que les Restos du cœur ou le Secours Catholique. Co-présidée par Corinne Savonitto et Daniel Beck, l’association est jeune. Ils tournent depuis décembre 2017, tous les jeudis et mardis soir. Informelle au début, leur idée devient association en mai dernier. A 19h30, ils sont quatre, à la Brasserie du stade. « On boit toujours un verre pour se donner du courage, c’est la tradition » confie Corinne. Ils élaborent leur stratégie du soir : une nouvelle méthode de distribution plus efficace. « La soupe en même temps que le plat ».

La singularité d’ABCD se trouve dans les grosses marmites, rangées dans le coffre de la voiture de Daniel Beck, ingénieusement aménagé. Deux étagères pour stocker les couverts en plastique, les mouchoirs, les produits d’hygiène. Au centre, un repas chaud, préparé grâce aux dons, par l’ancien cuisinier chaque soir de maraude. Spaghetti boulettes, soupe de courge bio et pain perdu sont au menu. 32 repas seront distribués ce soir-là. «En général on varie entre 36 et 46 repas par soir», explique Daniel Beck. Pendant que Marie-Ange et Daniel distribuent les assiettes, Corinne répète mentalement une commande. «Des chaussures en 43, pour le monsieur». Elle lui apportera jeudi, après avoir fouillé dans le garage qui abrite leur stock. En plus de repas, l’association distribue quelques couvertures, pulls, écharpes et bonnets en prévision du froid.

Marie-Ange sert une assiette. Le coffre de la voiture de Daniel permet de stocker toutes les denrées pour la maraude. ©Thomas Vichard

«Être gentils», «Ne pas être pressé»

Sur leurs circuits, en voiture ou à pied, les deux associations ont leurs habitués. Sur la Canebière, Daniel Jacquin connaît tout le monde. Et inversement. Cette figure de sauveur, il s’en amuse. Avant de partir il a d’ailleurs lu les dix commandements de la maraude : « être gentil », « ne pas être pressé » ou encore « le chef a toujours raison ».

Il n’est pas toujours simple de créer du lien. « Certains sont désocialisés, confie Corinne. On donne à manger, s’ils ne veulent pas parler on n’insiste pas ». Un monsieur blotti sous une couette attrape une assiette du bout des doigts. « Il y a quelques semaines il n’acceptait rien ». Difficile parfois de dire non, notamment lors de la répartition des dons. Alain, ex-légionnaire et casque bleu, est bénévole depuis six mois au sein d’On se gèle dehors. « Il faut être ferme, mais doux, explique-t-il. Il doit y avoir des vêtements pour tout le monde ». La force de l’association pour lui ? Un noyau de personnes de confiance. « Mais tous les bénévoles sont les bienvenus ». ABCD cherche de nouveaux volontaires. « On pourrait faire plus de circuits, je les ai déjà en tête » explique la co-présidente.

«Une armure mais du cœur»

ABCD et On se gèle dehors sont les conséquences d’un ras-le-bol et d’une action citoyenne. Daniel vit aux Chutes-Lavie. Il a commencé en 2013 à distribuer des vêtements aux sans-abris de son quartier, pour les fêtes de Noël. Il monte l’association en 2015.
Corinne et Daniel étaient bénévoles dans une plus grosse structure. Ils ont « la même vision » et se lancent à deux. « Au début on tournait tous les soirs », confie Corinne. Mais difficile de rester à distance face à la détresse. «On doit avoir une armure, ce qui n’empêche pas d’avoir du cœur», résume-t-elle. La voiture roule au pas. Par la fenêtre, Marie-Ange et Corine cherchent Elise, une habituée de leurs maraudes, qui n’a pas donné de nouvelles depuis quinze jours. Elle n’est pas là ce soir.

Les deux initiatives ne vivent que de dons de particuliers. Des vêtements, des denrées mais aussi de l’argent. « On est l’association la plus pauvre du monde », aime à le rappeler Daniel Jacquin. OSGD est à la recherche d’un local gratuit. «Actuellement on paye 200 euros par mois pour un petit local sans eau, sans fenêtre, c’est la mine». Sur la Canebière, Farid est préposé à la cagnotte. Il distribue des tracts et récolte quelques dons.

Elles comptent aussi sur la communauté virtuelle. Les bénévoles partagent des photos et des vidéos de leurs actions. ABCD a d’ailleurs mis en place une cagnotte en ligne. «La page Facebook est importante, c’est de là que tout part», confie Corinne.

Certains commerçants sont généreux. Avec son bagout et ses contacts, Daniel Jacquin récupère les invendus du quartier de Noailles. ABCD a, quant à elle, des partenariats avec des restaurateurs. « Ils nous donnent du pain, des sandwichs, explique Corinne. Pour Noël, on aimerait beaucoup faire un repas, assis, avec les bénévoles et les personnes de la rue ». Outre les pulls et les petits plats, dans les deux associations, c’est la chaleur humaine qui reste la plus forte.

Les reportages audio :

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Pour contacter les associations via leurs pages Facebook :

ABCD Marseille

On se gèle dehors

Mathilde DURAND – Thomas VICHARD 

Auteur·trice

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