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A Marseille, Eric Dupond-Moretti déjà en campagne pour Emmanuel Macron

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Le ministre de la Justice, Eric Dupond-Moretti, s'est rendu à Marseille vendredi pour annoncer un renfort du personnel de justice dès septembre 2022. Crédit photo / Jean-Marie Leforestier

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Le garde des sceaux, Eric Dupond-Moretti, a annoncé vendredi un « plan Marshall » pour la justice marseillaise. A deux mois de l’élection présidentielle, ce déplacement express s’inscrit dans une stratégie électorale traditionnelle pour un président sortant.

Depuis plusieurs mois, il était attendu comme le messie par les robes noires. Le ministre de la Justice s’est rendu à Marseille vendredi après-midi pour annoncer une série de mesures en faveur du tribunal phocéen. Et pour cause, cette juridiction subit une crise structurelle importante. Entre renforcement des effectifs et construction d’un nouveau palais de justice de 40 000 m² d’ici 2028, Eric Dupond-Moretti a livré de nombreuses promesses au personnel de justice. Mais cette visite en terre marseillaise a surtout été l’occasion pour ce dernier de défendre le bilan d’Emmanuel Macron, dans un contexte de précampagne électorale, et sur un sujet tellement sensible que la dernière journée des Etats généraux de la justice tombe le lendemain du second tour.

« Durant ce quinquennat, les effectifs auront augmenté de 40%, ce qui est totalement inédit », s’est-il targué dès les premières minutes de sa conférence de presse. Il n’a pas tardé non plus à comparer les chiffres avec les mandats effectués auparavant : « Il n’y a pas qu’à Marseille ! Avant le début de la campagne électorale, nous avons embauché 698 magistrats dans ce pays. Sous le quinquennat précédent, c’est 27. Sur celui d’avant, c’est moins 140 ». Une communication électorale classique pour Raphaël Liogier, professeur à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence.

« Intervenir le moins possible lui-même »

« Lorsque l’on est candidat à sa réélection, on va dire que notre bilan est super mais que l’on va faire encore mieux, explique le spécialiste. Ce qu’a fait Eric Dupond-Moretti vendredi à Marseille et c’est typique d’une campagne électorale ». En effet, le ministre de la Justice a promis la construction « d’une merveilleuse cité judiciaire que tout Marseille attend ». Un vocabulaire pour le moins élogieux qui pose la question de ses véritables intentions selon Raphaël Liogier. « Il est clair que la stratégie du chef de l’Etat, c’est d’intervenir le moins possible lui-même, constate-t-il. Mais il doit exister donc il envoie les autres et parmi eux, nous retrouvons Éric Dupond-Moretti qui fait valoir des mesures qui sont en fait des promesses de campagne ».

https://twitter.com/PR_Marseille/status/1492178825429540865

Mais pour que cette manœuvre politique fonctionne, il faut que les promesses soient poursuivies d’effets concrets. « Dans le champ politique actuel, avec les réseaux sociaux, c’est difficile de rouler les gens donc je ne suis pas certain que cela fonctionne car personne n’est dupe », fustige cet expert.

De son côté, Eric Dupond-Moretti s’est défendu de toute corrélation avec l’échéance présidentielle. « Je suis garde des sceaux jusqu’à la fin, jusqu’au dernier quart d’heure, a-t-il lancé durant la conférence de presse. Je fais mon travail et il ne faut pas tout mélanger. »

La corporation « sur la réserve »

Il n’en demeure pas moins que ces nouvelles mesures étaient plus qu’attendues par les acteurs locaux. « La tribune publiée dans le Monde en novembre a permis de recentrer le débat sur l’institution judiciaire et a eu le mérite de faire prendre conscience à la classe politique qu’on ne pouvait pas parler de sécurité sans parler de justice. Ce sont deux maillons qui vont ensemble », affirmait Olivier Leurent, président du tribunal judiciaire de Marseille, que l’on a pu rencontrer avant la venue du ministre. Le budget consacré à l’institution judicaire a bénéficié de deux revalorisations successives pour s’établir à 8,9 milliards d’euros cette année. Un chiffre relativement faible pour un service public.

Faute de moyens, le troisième tribunal français avait incontestablement besoin d’une réorganisation urgente. « Je pense que Marseille a souffert d’un retard énorme confie le chef du tribunal judiciaire. C’est la raison pour laquelle j’ai souhaité un renfort car nous sommes dans la deuxième ville de France avec une délinquance très importante. C’est une ville qui mérite d’avoir un tribunal renforcé. » Les efforts annoncés ont été applaudis par le barreau et le parquet marseillais.

Face à ce « plan Marshall », la corporation reste « sur la réserve ». Chez l’Union syndicale des magistrats,on est encore loin de l’euphorie. Notamment, la création d’un nouveau palais de justice d’ici 2028 leur paraît utopiste : « Ce n’est pas réaliste que de nous l’annoncer dans six ans alors que le site n’est pas encore choisi, cela va prendre dix ou quinze ans », estime Florent Boitard, délégué régional de l’organisation et vice-Procureur du tribunal judiciaire.

« On ne voit pas vraiment comment ils pourraient construire un si grand bâtiment, en si peu de temps, sans lieu et surtout, avec quel argent ? souffle Nills Monsarrat, secrétaire national du Syndicat de la magistrature, pour qui ce projet a surtout des allures de déclaration préélectorale. Le délai est juste hallucinant ! On est toujours un peu incité à la méfiance car on a constaté que les promesses à Marseille ne sont souvent pas suivies de faits ». Il appelle à « un vrai effort, quelque chose de réfléchi » hors temps électoral.

Une fois la campagne terminée et l’écume médiatique oubliée, il ne devrait rester de ce déplacement qu’une cité judiciaire toute neuve et un personnel de justice renforcé. Quel que soit sa couleur politique, le successeur d’Eric Dupond-Moretti devra inévitablement répondre de ces engagements.

Auteur·trice
Manon Reinhardt

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