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Affaire Grégory : enfin le dénouement ?

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Portrait non daté de Grégory Villemin, assassiné le 16 octobre 1984. AFP

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En octobre 1984, le corps sans vie de Grégory Villemin, âgé de quatre ans, était retrouvé dans la Vologne. Une affaire toujours non élucidée. Mais l’enquête a été relancée pour la quatrième fois, trente-six ans après les faits.

On ne les compte plus. Les rebondissements sont devenus monnaie courante dans cette affaire que l’on surnomme « le fait divers du siècle ». Le 15 décembre dernier, Le Parisien a révélé dans ses colonnes que de nouvelles expertises et auditions ont été menées par le président de la chambre d’instruction de la cour d’appel de Dijon, Dominique Brault. Une énième analyse en « stylométrie » a permis de pointer un suspect, présenté comme le fameux corbeau. Des proches du couple Villemin, présents dans les Vosges en 1984, ont également été interrogés. Si depuis début décembre, ces nouvelles investigations se sont effectuées en toute discrétion, d’autres réouvertures du dossier ont pourtant déjà laissé planer l’espoir que le ou les meurtriers soient arrêtés. En effet, l’enquête a été relancée trois fois, en 1999, 2008 et 2017. Vices de procédure, annulations de garde à vue et de mises en examen, coups de théâtre en cascade, l’affaire a été entachée par moult erreurs judiciaires.

Déjà trois morts

Ce 16 octobre 1984, en fin de journée, Christine Villemin déclare la disparition de son fils, Grégory, à Lépanges-sur-Vologne. Quelques heures plus tard, l’enfant est retrouvé mort dans les eaux glacées de la Vologne. Mains et pieds liés par une corde, il est décédé par noyade. Dès le lendemain, ce fait divers attire la curiosité de tous les médias français. L’enquête se tourne rapidement vers la thèse d’un complot familial sur fond de jalousie, de lettres et d’appels anonymes. C’est le début d’un long feuilleton judiciaire. Il y a trois ans, il a été marqué par le suicide du juge Jean-Michel Lambert qui avait été chargé de l’instruction jusqu’en 1987. Un épisode dans sa carrière dont il a expliqué ne s’être jamais remis. Surnommé le « petit juge » par la presse, du fait de son jeune âge, il était vivement attaqué sur la façon dont il a géré l’enquête.

Le juge Jean-Michel Lambert a été retrouvé mort à son domicile, le 11 juillet 2017. AFP

En cause, l’arrestation de Bernard Laroche après les déclarations de Murielle Bolle lors de son audition quelques jours après le meurtre. La jeune fille de 15 ans avait affirmé que le cousin de Jean-Marie Villemin était responsable de l’enlèvement du petit Grégory, avant de se rétracter. Il sera finalement libéré en février 1985, à la demande du juge Lambert, avant d’être tué d’un coup de fusil par le père de l’enfant, persuadé de sa culpabilité. L’affaire a donc déjà fait trois morts.

Mises en examen annulées

En 2017, les gendarmes ont décidé de repasser l’affaire au crible. Le 10 mai, un rapport d’une cinquantaine de pages vient confirmer les soupçons à l’égard de Bernard Laroche. Dans la foulée, Marcel et Jacqueline Jacob, respectivement grand-oncle et grand-tante de Grégory, sont identifiés comme les corbeaux et sont mis en examen. Murielle Bolle est écrouée pour « enlèvement suivi de mort ». Les enquêteurs lui reprochent d’être revenue sur sa déposition après avoir subi de lourdes pressions familiales.

Avant de mettre fin à ses jours, l’ancien juge d’instruction a une nouvelle fois clamé l’innocence de Bernard Laroche. Dans une lettre, il écrit notamment : « ce énième rebondissement est infâme. […] On ne connaîtra jamais la vérité parce qu’on refuse de voir la vérité. Je préfère sonner la fin de partie pour moi. L’âge étant là, je n’ai plus la force de me battre. J’ai accompli mon destin. » A ses yeux, Christine Villemin a toujours été la meurtrière alors qu’elle a bénéficié d’un non-lieu en 1993.

Jugée inconstitutionnelle, la garde à vue de Murie. JEAN-CLAUDE DELMAS / AFP

Les mises en examen de Murielle Bolle et du couple Jacob ont finalement été annulées par la chambre d’instruction de Dijon, à la suite d’un vise de procédure. « Murielle Bolle a été mise en examen le 27 juin 2017 sur le fondement de réquisitions du ministère public sans que la chambre d’instruction n’ait été préalablement saisie, ni par le magistrat chargé du supplément d’information ni par le Procureur général », pouvait-on lire dans la décision d’annulation. De fait, la chambre d’instruction a estimé que les articles 201, 204 et 205 du code pénal avaient été violés.

« S’armer de patience »

Et ce n’est pas terminé. En janvier dernier, la cour d’appel de Paris annule définitivement la garde à vue de Murielle Bolle en novembre 1984, dans laquelle elle incriminait Bernard Laroche. C’est en février 2019 que la Cour de cassation avait renvoyé cette partie du dossier devant la chambre d’instruction de la cour d’appel. Une décision motivée par des dispositions « inconstitutionnelles ». Murielle Bolle, mineure au moment des faits, avait été interrogée sans la présence d’un avocat ni notification de ses droits. Elle se confie notamment dans son livre Briser le silence, paru aux Editions Michel Lafon en 2018, qui lui a d’ailleurs valu des poursuites pour « diffamation aggravée ».

Déjà en 2006, cette dernière avait demandé la réouverture de l’enquête. Jusqu’en 2013, des analyses ADN sur les vêtements de l’enfant et sur la cordelette ayant servi à l’attacher sont effectuées, sans aboutir à une identification. Si, à l’époque, Murielle Bolle avait renouvelé ses accusations contre Bernard Laroche devant le juge d’instruction, ce procès-verbal n’a, lui, pas été annulé par la justice.

Reste à savoir maintenant quelle piste ces nouvelles investigations permettront de privilégier. Selon les dernières déclarations de Me Frédéric Berna, avocat de Jacqueline Jacob, cette dernière se trouverait « dans le viseur » des enquêteurs. Au Parisien, une source proche du dossier affirme : « il y aura de nouvelles mises en examen, c’est certain ».« Mais il faut encore s’armer de patience », confie Me Thierry Moser, avocat des parents du petit Grégory.

Auteur·trice

Journaliste niçoise en formation à Marseille. Déjà lue dans les colonnes de Nice-Matin. Scrute l'actualité judiciaire.


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