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Demande de RSA historique et endettement croissant dans les Bouches-du-Rhône… L’insertion à l’emploi, enjeu majeur des élections départementales

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A l’approche des élections départementales en juin prochain, la question de l’emploi et de l’insertion professionnelle est plus que jamais d’actualité. La pandémie a fragilisé la situation de nombreux travailleurs faisant exploser le nombre de bénéficiaires du RSA.

Auto-entrepreneurs, étudiants, intérimaires… Le nombre de demandeurs du RSA a fortement augmenté dans les Bouches-du-Rhône depuis un an. Pour cause, la précarité a explosé en raison du coronavirus. Avec 8 778 foyers supplémentaires touchant l’allocation, de nouveaux profils ont fait leur apparition selon le rapport du département de 2020. « A présent, il y a par exemple le pizzaiolo du coin qui ferme à 18h et qui ne peut plus ouvrir son camion. Il se retrouve au pôle emploi avec un chômage inexistant et au bout d’un mois ou deux, il passe au RSA. » explique Danièle Brunet, conseillère départementale déléguée à la jeunesse et à l’insertion professionnelle.

Une augmentation historique

Entre février et mai 2020, le nombre de bénéficiaires du RSA a augmenté de 12,3%, un chiffre historique jamais obtenu dans le département. « Quand nous sommes arrivés en 2015, nous étions à peu près à 75 000 bénéficiaires. Nous sommes tombés à 71 000. Nous sommes remontés à 80 000 personnes avec le Covid-19 »  déclare la conseillère. D’autant que les Bouches-du-Rhône comptent le plus grand nombre de personnes pauvres de la région, dont la moitié vit avec moins de 752€ par mois, bien en deçà du seuil de pauvreté, fixé à 1 026€. Pourtant, « nous sommes le seul département qui parvient à enregistrer une baisse de bénéficiaires depuis deux mois » se rassure-t-elle.

Mais une réduction de bénéficiaires n’est pas synonyme d’emploi. « En 2021, nous avons observé un décrochage du nombre de sorties positives de quasi 20% » rappelle Jean-Christophe Barusseau, directeur de l’association Emergence. Il dirige le Plan Local de l’Insertion et l’Emploi de Marseille (PLIE). Ce dispositif est l’un des outils co-dirigés par le département. Il offre un accompagnement individualisé aux personnes éloignées du monde du travail à l’échelle locale.

“Un manque de moyens”

Alors que le nombre de demandeurs d’emploi explose, les offres diminuent, « c’est un effet ciseaux », explique Jean-Christophe Barusseau. Si le département a augmenté la part de personnes accompagnées, « nos financeurs [ndlr : le département, la région] ont demandé de plafonner la durée des parcours, par manque de moyens ». Le parcours PLIE s’étendait jusqu’à présent sur 24 mois, désormais il ne peut plus dépasser les 18 mois. Autrement dit, il faut libérer des places : « On a dû augmenter notre “turn over” sur nos listes d’actifs ».

L’accompagnement à l’insertion menace de s’essouffler face à des besoins colossaux. C’est pourquoi il est l’un des enjeux majeurs des élections départementales en juin prochain. Cela passe notamment par l’endettement. « Nous prévoyons un budget de 500 millions d’euros pour 2021 » contre 450 millions en 2016, explique Danièle Brunet. « Ce qui a fait augmenter le budget, c’est que nous gérons la prestation du RSA, car quand vous en avez 10 000 de plus c’est une somme qu’il faut prévoir. » Ce constat s’applique à l’ensemble du mandat. Plus le nombre de bénéficiaires augmente, plus les dépenses liées au RSA sont importantes et de la même façon, plus le département investit dans l’insertion. En 2018 par exemple, le département a cofinancé dans cette démarche-là, 2 300 contrats dans le secteur non marchand, 838 aides aux postes des chantiers d’insertion et financé le tutorat de
1 000 emplois dans le secteur marchand, pour un montant de 35,1 millions d’euros. Les années suivantes, l’investissement pour l’insertion et le nombre d’offres a augmenté : 35,8 millions d’euros en 2019 et jusqu’à 50 millions pour 2021.

Insertion ou radiation?

Face à l’ampleur des demandes et l’endettement croissant, limiter les dépenses liées au RSA et à l’insertion se traduira-t-il par un recours drastique aux radiations ? Les contrôles de fraude étaient à l’arrêt pendant le premier confinement, mais ont depuis repris. La légère baisse du nombre de RSA en janvier interroge : est-ce le résultat d’un durcissement politique ? « Il y a peut-être un peu de cela, mais nous avons plus de 1 000 personnes qui sont rentrées avec le pôle emploi et les formations parce que nous avons vraiment boosté ça. » avoue l’élue.

En attendant, des outils comme le PLIE ont dû revoir leurs objectifs d’insertion à la baisse. « Dans les bonnes années, on vise 50% d’insertion. En 2020, on était à 40%. » Jean-Christophe Barusseau ne s’attend pas à un octroi de fonds supplémentaires malgré l’ampleur des besoins « Nous dépendons de budgets très serrés. Là où il faudrait augmenter les moyens pour permettre les sorties du plan, les départements contraints à l’augmentation du nombre de RSA, ont moins de moyens. » s’inquiète-t-il.

 

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