17 décembre 2020

L’édito de Maëlle Lenoir et de Romain Rouillard

“C’est dur d’avoir 20 ans en 2020” déclarait Emmanuel Macron lors de son allocution télévisée le 14 octobre. Difficile de le nier. L’été dernier, la jeunesse française déconfinée fut souvent accusée d’inconscience quand son réflexe festif n’était que le reflet de son insouciance juvénile. Avec le nouveau confinement, les reproches se sont tus. Le pays prend peu à peu conscience du sacrifice que l’on demande à cette génération. Selon un sondage Odoxa, 57 % des 15-30 ans estiment avoir mal vécu le 2e confinement. Une situation particulièrement délicate pour les étudiants. Dans le monde d’après, marqué par la pandémie de Covid-19, ces derniers peuvent assister à leurs cours à distance quitte à sacrifier tout lien social avec leurs camarades et leurs professeurs. En revanche, ils ne peuvent plus passer leur permis de conduire, synonyme de liberté et d’émancipation, dans de bonnes conditions. Faire du sport, trouver un job étudiant, passer du temps avec les grands-parents. Voila plein de petits événements anodins dans la vie d’un jeune qui prennent tout d’un coup la forme d’un parcours du combattant. Tout est devenu compliqué. A tel point que le moral de ces étudiants est de plus en plus touché et que les services de psychiatrie tirent la sonnette d’alarme. Déjà touchés par une précarité toujours plus préoccupante, ces étudiants n’aspirent qu’à une chose : revenir au monde d’avant.

Cours en distanciel : les étudiants tentent de garder la tête hors de l’eau

Par Maëlle Lenoir

La ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, a annoncé sur RMC ce jeudi 17 décembre un retour des étudiants dans les facultés début janvier. Mais cette décision ne concerne qu’une petite partie des étudiants. Pourtant, ce sont des millions d’élèves qui, enfermés chez eux, suivent leurs cours à distance, forcément dans des conditions dégradées et cumulant les difficultés…

Alors qu’en septembre la rentrée des classes se voulait être “la plus normale possible” selon l’Education nationale, les cours en présentiel n’ont pas duré bien longtemps. Dès octobre, la crainte des clusters a amené les universités à opter pour un enseignement à distance afin d’assurer la continuité pédagogique. Très vite, les amphis bondés ont été fermés et les 2,78 millions étudiants inscrits cette année à l’université priés de suivre les cours en distanciel. 

Lutter contre la fracture numérique 

Les cours en distanciel nécessitent une bonne connexion internet et un ordinateur. Mais tous les étudiants n’y ont pas accès. Cela en a laissé beaucoup  sur le bas-côté, incapables de s’adapter à cette nouvelle ère numérique 3.0 ouverte par la pandémie. Tiffany Konaté est étudiante en Master 2 Journalisme à l’École de Journalisme et de Communication d’Aix-Marseille (EJCAM). Son ordinateur a rendu l’âme, et l’annonce du passage des cours en ligne en octobre a été un coup de massue: “Je me suis sentie livrée à moi-même, stressée, notamment à cause de toutes les échéances que je craignais de ne pas pouvoir assurer.” Heureusement, cette dernière a pu rapidement rebondir : “J’ai de la chance d’avoir pu lâcher de l’argent en catastrophe. Je ne sais pas comment j’aurais fait sinon.” Mais tous les étudiants n’ont pas cette possibilité. Face à la demande croissante d’étudiants en galère de connexion internet et/ou de matériel informatique, une salle informatique a été ouverte, même durant le confinement. “Les étudiants en fracture numérique ont toujours la possibilité de venir à l’EJCAM pour assister aux cours en distanciel. Il suffit de prévenir en amont, par mail, afin que nous puissions offrir l’accès à un ordinateur ou à une salle pour le wifi” explique Soisick de Canecaude, responsable administrative à l’école. L’université a également pu prêter trois ordinateurs “afin d’équiper les étudiants dont la grande difficulté numérique a été signalée par les responsables de formation” ajoute la jeune femme. Cependant elle reconnaît aussi que pour l’université la plus grande de France, avec 78.000 étudiants, ces prêts restent exceptionnels. Pour l’heure, certains doivent donc encore se déplacer comme Julien, en Master à la Faculté de pharmacie. Plusieurs fois par semaine, il se rend à l’université pour pouvoir suivre les cours en ligne. “Cela me fait perdre du temps… C’est pesant mais je n’ai pas le choix, chez moi, sans réseau, ce n’est pas possible” se désole-t-il.

Une journée en visio : multiples galères assurées

A la maison, problème de connexion, de batterie ou tout simplement de concentration… Nombreuses sont les barrières installées entre les élèves et leurs enseignants et “en une seule journée, vous n’imaginez pas le nombre de galères qu’on peut avoir” s’amuse Gaultier, étudiant en Master d’Histoire à l’université Bordeaux-Montaigne. 

Crédits : Maëlle Lenoir.

Les galères qui s’enchaînent amènent même certains étudiants à décrocher. “j’ai des amis qui ont limite abandonné parce qu’ils ont besoin d’encadrement et là il n’y a rien du tout. On est chez nous et  il n’y a personne derrière qui surveille si on suit ou nous oblige à quoi que ce soit.” explique Valentine, étudiante en L1 de sciences du Langage à la Sorbonne-Nouvelle. “Il faut que je me motive 20 fois plus juste pour ouvrir zoom et suivre mon cours” reconnaît de son côté un étudiant en Master d’économie à Lyon. De fait, en visio, le moindre exercice devient un obstacle insurmontable… Et cela peut se ressentir sur l’apprentissage.

Je suis absolument convaincu que dans ces conditions là on est sur du niveau dégradé

En visio on apprend beaucoup plus difficilement, explique Gaultier. Je ne sais pas si j’aurais aussi bien réussi ma licence si j’avais eu tous les cours comme ça. J’aurais loupé pleins de trucs.” Ce constat-là, les enseignants le font aussi. “J’ai conscience du fait que c’est trop difficile pour les récepteurs de recevoir via un écran un cours qui aurait dû se faire en interaction physique” reconnaît Marc Bassoni, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’université Aix-Marseille. Bien qu’ayant pu adapter son cours dans la précipitation, cela n’en reste pas moins compliqué. “Si je devais continuer à faire des cours via zoom, il est clair que je passerai mon été à tout refaire tant sur le contenu que le séquençage” ajoute-t-il. Mais pour cette universitaire, de façon générale, le visio n’est pas viable pour l’apprentissage sur le long terme : “Je suis absolument convaincu que dans ces conditions là on est sur du niveau dégradé”. Au-delà des difficultés d’assimilation, le visio entraîne aussi un relâchement général des étudiants universitaires, comme cette élève qui admet tricher : “j’ai eu mes semi-partiels à distance via l’ordinateur, donc j’avais mes cours à côté. Forcément j’ai pas appris à fond mon cours comme je l’aurai fait en temps normal parce que je savais que j’avais la possibilité de regarder.” Le risque d’un maintien du distanciel est une baisse du niveau universitaire. “On perd clairement en connaissances. Ça me pèse énormément je ne veux pas avoir un diplôme dévalorisé…” craint Gaultier, qui démarre cette année son Master.  

Malgré tout, pour d’autres élèves, les cours à distance ont tout de même un aspect positif. “Avec mes copines on s’amuse à mettre des tenues improbables en visio, ça permet au moins de rire un peu et on ne le ferait pas à la fac” s’amuse Nuria, en licence de sociologie à Aix-Marseille. De son côté, Valentine reconnaît la praticité du dispositif : « Ça me permet de me reposer. J’ai 3h de transports en temps normal. A la maison, je peux me lever plus tard tout en travaillant quand même. L’idéal pour moi, ce serait de faire une semaine sur deux. ”  Trouver du positif, c’est ce qu’il faut à ces étudiants, qui ne sont, malgré tout, pas certains de pouvoir reprendre leur cursus en présentiel à la rentrée. “C’est dur, mais il faut s’accrocher, ça finira bien par s’arrêter” sourit Valentine pour finir.

Pour aller plus loin : “Je ne suis allée que trois fois à la fac en tout”  se désole Valentine, qui démarre cette année une licence de Sciences du langage. Comment créer des liens sociaux, de l’interaction, lorsque l’on ne se parle qu’à travers un écran, notamment lorsque l’on commence un nouveau cursus ? Avec la Covid-19, les universités françaises ont dû se réinventer en ne faisant que des cours en distanciel. Mais alors, que pensent professeurs et étudiants de ces cours 3.0 ?

Crédits : Maëlle Lenoir.

Covid et leçons de conduite : le gros embouteillage

Par Juline Garnier

Entre un protocole sanitaire très strict et l’annulation des leçons de conduite durant les deux confinements, le passage du permis de conduire est devenu le parcours du combattant. Élèves et moniteurs déplorent des conditions de travail qui frisent l’absurde.

Une date de passage en 2021, voire pas avant le printemps. Des leçons de conduite trop espacées. Une voiture bardée de protections sanitaires. Apprendre à conduire en 2020 s’avère extrêmement difficile pour les centaines de milliers d’élèves inscrits en auto-école. Le premier confinement de deux mois a interrompu tout l’apprentissage de ces jeunes et depuis le mois de juin, c’est l’embouteillage. Quelques leçons de conduite ont pu s’effectuer avant une nouvelle interdiction fin octobre. Les auto-écoles n’ont rouvert que le 28 novembre.

“Quand je me suis inscrite à la conduite en juillet il y avait tellement de monde en même temps que c’était hyper galère pour fixer des heures… J’ai eu ma première heure de conduite le 1er septembre, ma leçon suivante était le 1er octobre”, raconte Manon, étudiante de 18 ans. 

C’est cet espacement des heures qui a le plus gêné Anne, étudiante en master à Paris, inscrite sur une plateforme d’auto-école en ligne. Elle a préféré abandonner pour se diriger vers une formation à la conduite avec une voiture à boîte automatique, plus rapide. “Il y a des fois où je me connectais sur la plateforme et il n’y avait aucune leçon de conduite possible. Je me suis retrouvée à conduire une fois tous les deux mois. Dans ces conditions-là, je ne pouvais absolument pas progresser”, déplore-t-elle.

Un protocole sanitaire en contradiction avec les règles de sécurité

De plus, la condition pour que ces leçons reprennent a été la mise en place d’un protocole sanitaire des plus stricts. A chaque début de cours, l’élève doit désinfecter lui-même les endroits à risque de la voiture, à savoir le volant, le levier de vitesse, la ceinture, les commandes et les rétroviseurs. Une housse est placée sur son siège et un plexiglas le sépare de son moniteur. Tous deux doivent porter un masque, voire une visière en supplément. 

“J’avais évidemment le masque et c’était extrêmement gênant avec le stress de la conduite car cela coupe le champ de vision. Par exemple, pour jeter un coup d’œil au levier de vitesse – car je ne suis pas encore totalement à l’aise – c’était compliqué, explique Anne. Ça ne donne pas du tout envie de prendre des heures de conduite. On me dit “c’est pas grave, concentre toi sur ton objectif” mais ça freine réellement l’apprentissage.”

Mis à part la gêne pour les conducteurs novices, les moniteurs ont relevé de graves problèmes de sécurité avec les différentes protections. Le protocole a dû être assoupli à la rentrée. “Il y a eu des remontées notamment à cause du plexiglas et des visières. Avec les reflets du soleil et la buée qui se formait, il y a de nombreux moments où l’on ne pouvait pas voir. Il y avait également plus d’angles morts pour le professeur”, confie Edouard, moniteur à Arles.

Une situation déjà engorgée depuis des années

Mais surtout selon les professionnels de la conduite, l’épidémie de Covid-19 vient aggraver les problèmes récurrents dans l’acquisition du permis de conduire : les délais pour obtenir une date avec un inspecteur et l’augmentation du nombre d’heures de leçon avant l’examen, du fait de l’embouteillage.

Et ces délais ne datent pas d’hier. Avec un taux de réussite de 59% en moyenne en France selon les derniers chiffres du gouvernement, ils sont plusieurs centaines de milliers à devoir retenter l’examen. Point noir : il n’y a que 1 350 inspecteurs du permis de conduire en France. C’est pourquoi les examens ont pu continuer en novembre malgré le confinement.

Crédits : Juline Garnier.

“Il y a une certaine grogne des moniteurs. On ne comprend pas pourquoi les examens ont été autorisés durant le reconfinement mais pas les leçons de conduite. Même si cela a pu dégager quelques places au mois de novembre, tous ceux qui n’étaient pas prêts ont vu leurs leçons de nouveau retardées. On retrouve la même problématique qu’au mois de juin”, explique Edouard.

“Le pire c’est que ça a retardé les élèves certes, mais il y en a qui ont voulu quand même passer l’examen alors qu’ils n’avaient pas conduit depuis un moment et ils ont échoué. Il faut alors attendre un mois, deux mois, trois mois pour de nouveau avoir une date de passage”, complète Romain, moniteur de conduite pour la même plateforme. Selon ces professionnels, la situation devrait se désengorger en septembre 2021, à condition qu’il n’y ait pas de nouveau confinement.

Privée des jobs étudiants, la précarité estudiantine explose

Par Rémi Moquillon

Le job étudiant est bien souvent l’unique moyen de financer ses études ou de vivre décemment pour près d’un étudiant sur deux. La crise du coronavirus a supprimé une grande partie d’entre eux, laissant derrière elle une précarité étudiante dévastatrice. Pour faire face, une solidarité exceptionnelle à toutes les échelles s’est imposée.

Tout commence avec une lettre, un mail, un texto, un appel. « Nous sommes désolés de devoir mettre fin à votre contrat ». Ce message,  ils sont plusieurs milliers de jeunes étudiants salariés à l’avoir reçu en mars dernier. Fermeture des bars, restaurants, cinémas, théâtres et autres établissements jugés « non-essentiels ». L’épidémie de la Covid 19 paralyse toute une partie de l’économie d’un pays. 

Ces lieux de consommation sont pourtant très demandeurs en contrats étudiants. 12h ou 24h par semaine, ces horaires adaptés permettent de faire vivre durant l’année scolaire près d’un étudiant sur quatre d’après une étude de l’UNLY publié en 2019. En élargissant aux contrats saisonniers, et en incluant les étudiants stagiaires ou en contrats d’apprentissage, cela concerne plus de la moitié des étudiants français.

Sans emploi « je devrais laisser tomber les études »

Interviewé par le journal l’Etudiant, Paul Mayaux, président de la Fédération des Associations Générales Étudiantes (FAGE), alerte : « On n’a jamais connu une telle situation ». Alors qu’avant même la crise du Covid-19 on estimait que 20% des 2,7 millions d’étudiants de France vivaient en dessous du seuil de pauvreté, la situation a explosé ces derniers mois. La FAGE s’appuie sur une enquête commanditée auprès d’Ipsos, à l’issue du confinement et selon laquelle 71 % des étudiants interrogés ont estimé avoir rencontré des difficultés financières. Certains d’entre eux auraient même dû renoncer à leurs études.

C’est le cas d’Hilaire qui vit à Bordeaux. Cet étudiant en droit de 27 ans travaillait jusqu’alors 24h par semaine au Cinéma UGC Ciné-Cité de Bordeaux : « Même si cela me laissait peu de temps pour bosser mes cours, au moins j’avais de quoi payer mon loyer et me rendre à la fac ». Cet emploi, avec sa bourse étudiante de 500 euros, lui permettait à l’époque déjà seulement de « survivre », alors que le jeune homme est en « rupture familiale ». Son père est au Bénin et ne l’aide pas financièrement. « Sans ce travail il va falloir que je trouve un autre contrat, quitte à me tourner vers un 35h. Dans ce cas là je devrais laisser tomber les études ».

« Une fois le loyer payé, je démarre le mois avec -100 € »

Il n’est pas le seul dans ce cas. Marina, jeune étudiante de 21 ans en Histoire à Paris, stresse à chaque fois qu’elle regarde son compte en banque : « Habituellement je donnais des cours particuliers à cinq enfants, ce qui me permet de gagner 800 euros par mois. Depuis la rentrée, je n’en donne plus qu’à un seul, faute de demandes. Une fois le loyer payé, je démarre le mois avec -100€… ». Même si elle fait partie des 700 000 étudiants bénéficiant des bourses sur critères sociaux, et que sa situation lui permet de toucher les APL (Aide Personnalisée au Logement), sans ce job chaque mois devient une bataille.  

Enquête réalisée par l’OVE à la suite du premier confinement.
Crédits :
http://www.ove-national.education.fr/wp-content/uploads/2020/10/La-vie-detudiant-confine-Difficultes-financieres.pdf

Tout comme Marina, 51 % des étudiants qui possédaient un emploi, déclaraient qu’il leur était indispensable pour vivre. Concernant les principales dépenses d’un étudiant, il y a le loyer qui représente 23% de celles-ci, l’alimentation (22%) et les transports (13%). Mais selon une enquête de l’OVE (Observatoire national de la Vie Étudiante), publiée en septembre dernier, ce sont principalement les dépenses d’ordre alimentaire qui ont posé problème aux étudiants lors de la première vague de l’épidémie. Les universités, associations et municipalités ont donc rapidement réagi pour proposer une aide prolongée à celles et ceux dans le besoin.

Une solidarité à toutes les échelles

À Marseille, l’association Vendredi 13 organise des distributions de vivres. « Ça fait cinq ans qu’on distribue des vivres tous les samedis aux étudiants en précarité, mais avec la crise du Covid, on a doublé le nombre de bénéficiaires, on est passé d’une centaine de personnes à plus de 200 », s’inquiète Bernard Nos, président de l’association. À travers toute la France des distributions de ce genre ont vu le jour, comme à Bordeaux, Nantes, Corte ou Évry. Et partout le même constat : se nourrir décemment devient un luxe pour de plus en plus d’étudiants. Depuis la rentrée, les boursiers peuvent également bénéficier d’un repas à 1 euro dans les restaurants universitaires du CROUS.

Crédits : Rémi Moquillon.

Certaines régions et universités ont même fait le choix d’allouer des aides financières supplémentaires à leurs étudiants les plus en difficultés. A Montpellier, l’université Paul Valéry propose une aide exceptionnelle au loyer. D’un montant forfaitaire de 200€ par mois, elle s’adresse aux étudiants ayant perdu leur emploi, ou dont les parents ont perdu leur emploi, durant ce second confinement. Dans certaines villes, comme à Poitiers, des « job dating » ou « flash job » sont organisés pour proposer des contrats à temps partiel et saisonniers aux étudiants du campus.

L’État met la main à la poche 

Evoquant la raréfaction des petits boulots qui « accroît le risque de précarité pour les étudiants », le Premier ministre a annoncé la création de 20 000 jobs étudiants, d’une durée de quatre mois, à raison de 10 heures par semaine, pour un montant de 50 millions d’euros. « Ce seront des emplois dans les universités, pour du tutorat et du soutien aux étudiants de première et deuxième année de licence », précise Jean Castex. Ces 20 000 jobs s’ajoutent à la création de 1 600 emplois pour lutter contre la désocialisation des étudiants dans les résidences universitaires, en lien avec les CROUS.

Après un cafouillage de communication, les jeunes bénéficiaires des APL et les étudiants boursiers ont également pu toucher l’aide exceptionnelle de solidarité promise par Emmanuel Macron à la mi-octobre. Cette aide de 150 euros a été versée par la CAF à partir du vendredi 27 novembre 2020. Il s’agit de la deuxième aide exceptionnelle versée aux jeunes cette année : en juin, 800 000 jeunes précaires avaient touché 200 euros.

En attendant, il est toujours possible pour les étudiants en grande précarité de solliciter les ASAP (Aides Spécifiques Allocations Ponctuelles) auprès des CROUS ou à faire appel aux Fonds de Solidarité et de Développement des Initiatives Étudiantes (FSDIE) des universités. « Certaines procédures ont d’ailleurs été simplifiées pour permettre un déblocage rapide des aides », précise Paul Mayaux, président de la Fédération des Associations Générales Étudiantes (FAGE).

La course au CDI : nouveau sacerdoce des jeunes ?

Par Tiffany Konaté

La crise sanitaire accentue les inégalités de recrutement entre les différents secteurs. Les solutions gouvernementales, quant à elles, ne constituent pas toujours une option viable pour les jeunes actifs en recherche d’emploi, contraints de revoir leurs ambitions à la baisse. 

Pour la plupart des jeunes actifs, la sécurité à l’emploi est désormais momentanément empêchée par l’épidémie. « Je ne comprends pas, si tu bosses grave, que tu montres que tu en veux, normalement c’est censé le faire » s’interroge Steve, 28 ans. Au chômage depuis plus d’un an après que son employeur n’ait pas renouvelé son contrat en juin 2019, il cherche sans relâche : « Tous les jours je postule sur des métamoteurs d’offres d’emploi, ndlr -, sans succès ».  Il y a dix ans, fraîchement bachelier, il se lance dans la vie active. « J’ai démarré direct » lâche-t-il en un grand sourire. S’ensuivront une longue liste de CDD en tant que vendeur et conseiller client. Résigné, il explique qu’à chaque fois ça se terminait sur une fin de contrat , puis un nouveau recrutement, ailleurs. Une stabilité de fortune, dont il s’acquitte tant bien que mal… jusqu’à ce que la crise sanitaire la lui enlève. Cette fois-ci, impossible de retrouver aussi vite, impossibilité de retrouver tout court. « Si j’en avais eu la possibilité, j’aurais tout fait pour me remettre dans la boucle. Là il y aura un avant et un après Covid, c’est sûr”. Steve évoque notamment un patronat inquiet face aux probables résurgences de l’épidémie et donc frileux au recrutement. 

Pour d’autres, la conjoncture actuelle prend des allures de punition. En cinq ans, Cédric, 23 ans, a effectué lui aussi une succession de contrats à durée déterminée et de missions d’intérim dans la vente, l’accueil en entreprise, l’hôtessariat, l’événementiel… Avant de décrocher en août 2020, post-confinement, son fameux CDI dans une agence parisienne d’événementiel. « J’ai ressenti de la fierté, je me suis dit que mes efforts avaient finalement payé » avoue le jeune homme. Un soulagement, vécu comme une forme de consécration… qui sera de courte durée. Deuxième confinement, coupes dans les effectifs, interruption de période d’essai… Cédric voit ses espoirs douchés par la crise sanitaire. Découragé, il évoque une lassitude latente : « J’ai songé plusieurs fois à tout arrêter et retourner vivre chez mes parents. Sans avoir à payer un loyer, des charges, et donc avoir un job alimentaire pour assumer ». Pourtant, si le tableau se noircit pour la majorité des secteurs, d’autres, plus rares, tirent bien leur épingle du jeu. 

« Depuis le début de la crise sanitaire, je reçois des propositions tous les jours » 

Au premier rang des secteurs porteurs, de par son lien étroit avec la problématique virale, l’industrie pharmaceutique. Modélisateur en pharmacocinétique, c’est la profession choisie par Charles-Elie, 23 ans. Derrière l’intitulé barbare pour les non-initiés, un métier capital par les temps que nous traversons. Pour faire simple, Charles-Elie étudie le devenir du médicament dans l’organisme. Dans quelques mois, il terminera son master 2 a la faculté de pharmacie d’Aix-Marseille Université. Les recruteurs, quant à eux, sont déjà légion. « Depuis septembre, j’ai dû en voir passer une trentaine, de labo privés ou publics, qui demandent directement à la faculté de recevoir des étudiants ». Pour trouver un stage, il n’a eu a faire que deux entretiens chez les géants de la « Big Pharma »  française. « J’ai signé une clause de confidentialité pour le deuxième entretien, et on m’a parlé des recherches en cours. Mais j’ai rapidement décliné car j’ai appris que j’avais décroché l’autre stage ». Au cours de sa (brève) recherche d’emploi, et sans même postuler, il aura été entre temps approché deux fois, d’abord par le géant AstraZeneca, puis par un laboratoire Suisse, pour des propositions de poste. Alors que 67% des jeunes à la recherche de leur premier emploi se disent inquiets, selon une étude de l’APEC publiée mi-octobre, le jeune homme se dit confiant. Durée moyenne d’insertion professionnelle? « Immédiate. C’est vraiment limite les entreprises qui viennent nous démarcher avant même qu’on ait fini. A l’heure où la majorité des jeunes impétrants sont refoulés au motif d’un manque d’expérience, Charles-Elie affirme quant à lui n’avoir « jamais entendu cette phrase personnellement ». « Sur les 4 dernières années de Master, tout le monde a eu ce qu’il voulait, et un boulot dans les 3 mois après l’obtention du diplôme». Reste que pour la majorité des jeunes, c’est plutôt 3 ans. Une durée que la batterie de mesures gouvernementales s’efforce d’écourter, afin de ne pas laisser ces jeunes actifs venir gonfler le taux de chômage des jeunes, déjà reparti à la hausse au troisième trimestre, (+2,6 points). 

Un jeune, une galère, une solution ?  

Faciliter l’embauche, multiplier les formations pour les jeunes, encourager les entreprises à recruter des jeunes : ce sont les 3 axes du plan de relance gouvernemental destiné à l’emploi des jeunes. 6,5 milliards, pour 1,6 millions de chômeurs jeunes et inactifs, ainsi que 750 000 jeunes qui arrivent tous les ans sur le marché du travail. Beaucoup de chiffres, pas forcément concernants pour les principaux intéressés:  « 1 jeune 1 solution, j’en ai entendu parler mais je n’ai pas pris le temps d’aller vérifier », avoue Steve, avant de se raviser, mais sans trop y croire : «  Il faudrait que je prenne le temps d’aller voir, j’espère que ça pourrait m’aider ».

Subissant de plein fouet la raréfaction des offres d’emploi, pour beaucoup, la stratégie est d’attendre que l’orage passe. Freiné par le côté administratif et aride des plateformes d’aide gouvernementale, Steve explique  avoir reçu « des mails de Pôle emploi, (l)’invitant à entreprendre des formations, mais à chaque fois ce ne sont pas des trucs qui (lui) parlent. » Après des années à écarter l’éventualité, Steve envisage pour la première fois de se réorienter vers un secteur moins bouché. De son côté, Cédric ne s’attend pas à grand-chose : « J’ai fait un tas de demandes d’aides ici, mais comme je ne suis pas étudiant, cela réduit drastiquement le champ des possibles. Cela pourrait être pareil pour le nouveau plan, je ne sais pas s’ils auront quelque chose pour moi». Pour lui, la réorientation pourrait être géographique.  « Si cela ne se débouche pas à Paris après tant d’efforts, j’irai peut-être à l’étranger». Le « Prendre tout ce qu’il y a à prendre », semble devenir le nouveau mantra des jeunes, contraints de revoir à la baisse leurs prétentions salariales.  Pour un marché de l’emploi de plus en plus inapte à leur laisser une vraie place.  

En 2020, le football universitaire au point mort 

Par Romain Rouillard

En raison de la crise sanitaire, de nombreux étudiants ont été contraints de laisser les crampons au placard et de dire adieu à toute forme de pratique sportive pour certains. Retour sur une année 2020 à oublier pour ces footballeurs amateurs. 

Tout a commencé le 16 mars 2020. Lors d’une allocution télévisée, le Président de la République, Emmanuel Macron, annonce un confinement au niveau national. Tous les Français sont tenus de rester chez eux et ne peuvent sortir que pour des raisons de première nécessité. Un confinement qui a duré près de deux mois et qui a rendu impossible toute pratique de sport collectif. Et parmi ces sports, le football tient une place prépondérante dans les universités françaises. Les écoles de journalisme reconnues, par exemple, ont l’habitude de disputer un tournoi à la fin de l’année universitaire. Pour la première fois depuis sa création, ce rendez-vous a dû être annulé. « Le tournoi des écoles de journalisme devait se tenir à Rennes le 28 mars. Évidemment à cette date, nous ne pouvions pas nous déplacer à plus d’1km donc difficile d’organiser le tournoi », sourit Enzo Léardi, responsable du pôle foot à l’école de journalisme de Marseille (EJCAM) pour la saison 2019/2020. Un sourire évidemment jaune lorsque l’on sait à quel point ce rendez-vous est attendu dans les écoles concernées. « Les étudiants de 2e année nous en parlaient depuis le début de l’année. Ils nous disaient que c’était une grande fête, qu’on allait tous passer un excellent moment. Ç’a été une vraie déception de ne pas y participer », regrette Sacha, étudiant en première année à l’école de journalisme de Toulouse. 

 

A partir du 11 mai, pas de reprise des compétitions 

Le 11 mai, le gouvernement donnait son feu vert pour le déconfinement et la reprise de l’activité sportive sous conditions. « Toutes les associations, y compris celles de sport collectif pourront proposer des activités », avait alors annoncé la ministre des sports, Roxana Maracineanu. Cependant, de nombreux étudiants ont profité du confinement pour rentrer auprès de leur famille et à partir du 11 mai, d’autres ont dû partir en stage pour valider leur licence ou leur master. Dans ces conditions, impossible de reprendre les compétitions de football universitaire suspendues depuis mars. Il a donc fallu attendre septembre pour voir à nouveau les footballeurs universitaires fouler les terrains d’entraînement

En septembre, un retour presque à la normale 

Malgré un rebond de l’épidémie de coronavirus début septembre, il semblait impensable pour les associations de football universitaire de ne pas reprendre les entraînements. « Comme les stades étaient ouverts nous avons repris les entraînements collectifs mais nous avons tout de même pris des précautions sanitaires. Avant de disputer la saison universitaire nous avions des matchs de préparation mais aucun supporter ne pouvait assister à ces matchs », explique David Allias, responsable du pôle football de l’Institut Catholique de Paris. Malgré la circulation active du virus notamment en région parisienne, le joie de retrouver les terrains l’a souvent emporté sur les risques sanitaires : « Nous étions tellement heureux de rejouer au football et de retrouver du lien social et un semblant de vie étudiante que nous avons fait abstraction des risques, tout en faisant quand même attention », concède David Allias. D’autant que le football universitaire est la seule opportunité pour certains étudiants de pratiquer une activité sportive. Une réalité accentuée par la fermeture des salles de sport. D’autres étudiants ont souhaité jouer la carte de la sécurité avant tout. C’est le cas de Lorenzo, 23 ans, joueur du FC EJCAM : « J’ai joué au football en club pendant de nombreuses années. Le foot prend une place très importante dans ma vie. Mais j’ai des personnes à risque dans mon entourage alors en septembre j’ai choisi de ne pas participer aux entraînements collectifs, pour ne prendre aucun risque ». 

« Je pense que cette saison universitaire n’aura pas lieu » 

Les entraînements se déroulaient donc presque normalement mais au fur et à mesure des semaines, le contexte sanitaire se dégradait en même temps que les mesures gouvernementales se durcissaient. Le 17 octobre, 8 métropoles françaises ont dû observer un couvre-feu à partir de 21h et le 29 octobre, la France était à nouveau soumise à une période de confinement. Depuis le 15 décembre, seuls les mineurs sont autorisés à pratiquer des sports collectifs et aucune annonce concrète n’a été faite concernant le sport universitaire. « Je pense que cette saison universitaire n’aura pas lieu », soupire David Allias. Pour Adrian Lopez, responsable du pôle football de l’EJCAM pour la saison 2020/2021, il reste un espoir : « Peut-être qu’à partir de fin janvier, début février la saison pourrait reprendre mais dans tous les cas ce sera avec un protocole sanitaire très strict, sans public, sans vestiaire etc… », développe-t-il. Pour l’instant, la Fédération Française de sport universitaire a déjà annulé de nombreuses compétitions sportives mais n’a pas encore fait d’annonce officielle concernant le football. 

Pour aller plus loin : Nous sommes allés à la rencontre de Julien, 23 ans, étudiant en science du médicament. Pour pallier l’absence de football universitaire en période de confinement, il a décidé de faire du sport à domicile : 

Crédits : Romain Rouillard.

Face à la Covid-19, le casse-tête des associations étudiantes

Par Suzanne Prez

En France, les associations étudiantes ne sont pas épargnées par les répercussions du confinement et de la covid-19. Pour les jeunes qui se sont investis au sein d’organismes universitaires, se mobiliser reste difficile voire impossible. Des étudiants de différentes villes se sont confiés sur leur expérience. 

Une autre vision de la fête.“Pas de week-end d’intégration, pas de gala, pas de budget et puis pas d’événements sportifs…” Pauline Gardet, membre de la direction du Bureau des Elèves (BDE) de l’EJCAM à Marseille liste, non sans amertume, les nombreux projets annulés. L’association étudiante a pour objectif d’organiser des rencontres sportives et festives entre les cinq masters que compte l’école.  “Nos activités se concentrent sur des événements ”physiques” et non distanciels. Cette semaine devait avoir lieu le gala inter promotionnel, c’est annulé ! Nous avions organisé des tournois de football avec d’autres universités d’Aix-Marseille en novembre. Annulés aussi !” 

Légende : Etant moi-même présidente du BDE de l’EJCAM, j’en ai profité pour incarner mon sujet. 3 minutes dans la peau d’une présidente de BDE en temps de covid.
Crédits : Suzanne Prez

L’étudiante décrit une association à l’arrêt, sans budget pour une potentielle reprise en janvier 2021. En effet, la récolte d’adhésions, source essentielle de revenus pour le bureau, a été un rendez-vous manqué. La fermeture des bars et les nombreuses restrictions autour des rassemblements étudiants dès septembre ont été un frein important. “Les adhésions offrent des tarifs réduits pour tous les rendez-vous de l’année” explique Pauline. Faute d’événements, la collecte d’argent n’a pas été concluante.“Je suis déçue, nous sommes dans une impasse… J’avais mis toute mon énergie cet été dans la préparation de beaux projets, comme un tournoi national de football inter-écoles en mars prochain , en vain puisqu’ils n’auront pas lieu.” ajoute-t-elle.

“Faire preuve d’imagination”

Ailleurs aussi, le coronavirus a plongé les organisations étudiantes dans une plus ou moins grande paralysie. Thibaud Vicat est vice-président de l’association des étudiants en Science et Numérique de la Santé (SNS) à Montpellier. L’objectif principal de son bureau est de fournir un soutien scolaire aux nouveaux élèves en complément des cours. “La mise en place de ces ateliers a été rendue complexe par la covid. Il a fallu s’adapter à distance mais c’est une expérience plutôt positive en réalité. Il faut faire preuve d’imagination, voilà tout.” 

Crédits : Suzanne Prez.

Ainsi, le secret pour maintenir une vie associative tient en deux mots d’après Marilou Casado : “se réinventer”. La co-présidente de l’Association des Etudiants en Orthophonie de Lyon (AEOL) estime qu’il faut assumer son engagement et-ce d’autant plus en période de confinement car “ les étudiants ont plus que jamais besoin qu’on leur change les idées.” Susciter l’intérêt du public n’est pas chose évidente lorsque les rencontres ne sont pas possibles. Cependant, le plus difficile pour les jeunes mobilisés au sein d’associations reste “le manque de temps pour se rencontrer, se découvrir et profiter de notre mandat”, déplore la jeune femme.

Un avis partagé par Fanny Vidal, présidente de l’antenne Jeune D’Amnesty International à l’université Paris Nanterre, “le but d’une association étudiante c’est tout de même de créer du lien social et en ces temps-ci c’est très frustrant de ne pas y arriver. Normalement, être membre d’une asso est l’occasion de se faire des amis aux centres d’intérêts similaires. Cet aspect-là, je ne l’ai pas retrouvé cette année.” 

Légende : Fanny Vidal, présidente de l’antenne Jeune Amnesty International à l’université Paris Nanterre déplore des pertes financières importantes dues à la covid 19.
Crédits : Suzanne Prez.

Zoom, Skype, Discord…

Le premier semestre a donc mis au défi les associations étudiantes, peu importe leur taille, leur rôle ou leur localisation. Selon Fanny Vidal, la priorité est de “rester présent.” Pour ce faire, un précieux outil : la visio-conférence. Zoom, Skype, Discord, Google Hangouts, Facetime… Les plateformes ne manquent pas. Elles permettent aux associations de maintenir le lien avec le reste des élèves, mais surtout d’organiser de nouveaux projets. 

A Paris par exemple, la présidente d’Amnesty International Junior utilise Zoom pour animer des réunions et maintenir les rencontres avec des intervenants. “Notre audience sur les réseaux a doublé, c’est un nouveau public donc c’est un travail qui n’en est pas moins intéressant. » explique Fanny Vidal. Newsletters, stories Facebook, les échanges avec les étudiants sont d’une autre nature.

A Lyon aussi le virtuel est devenu un allié. Marilou Casado organise des soirées blind-test sur Discord pour réunir les élèves de son école d’orthophonie, le temps de quelques heures. 

Enfin, à Montpellier, les étudiants jonglent entre les différentes plateformes pour assurer les ateliers de soutien scolaire. “De toute façon, nous devons trouver des solutions, on n’a pas vraiment le choix. Il faut avancer pour permettre aux prochains bureaux de maintenir notre vie associative si une telle situation se reproduit” explique Thibaud Vicat. Le président du BDE SNS reste optimiste, “il n’y a pas vraiment de frustration au sein du bureau, plutôt un plaisir de l’adaptation”.   

Une crise sanitaire qui éveille les consciences

Par Corentin Mirallés

Tout comme Camille, Guillaume Lapray agriculteur et beaucoup d’autres Français et Françaises ont été chamboulés par cette crise sanitaire. Le temps vacant offert par le confinement a permis à certains de réfléchir et de se questionner sur leurs comportements dans la société et leurs habitudes de consommation. À la fin de ces 55 jours confinés, Guillaume a décidé de traduire cette réflexion professionnelle en actes concrets dans son travail de tous les jours.

Guillaume Lapray a 25 ans. Avec ses deux parents, il gère une exploitation agricole à Saint-Maurice de Satonnay (71), en Bourgogne du sud.

Diplômé du lycée agricole de Fontaine et spécialisé en agro-équipement au lycée agricole de Bourg-en-Bresse, Guillaume a appris grâce à sa formation et au savoir-faire de ses parents, à cultiver la terre et à élever du bétail.
Depuis quatre ans, il a rejoint l’exploitation familiale, l’EARL Du Carron, une manière pour lui de s’investir dans ce qu’ont construit son père et sa mère et d’assurer à l’entreprise un avenir, une fois ses parents partis en retraite.

S’étendant sur 140 hectares, l’exploitation des Lapray fait dans la polyculture, vaches, moutons, blé, orge, vignes.. Guillaume et ses parents ont décidé de diversifier leurs cultures : « Ça commence à se faire de plus en plus rare ce type d’exploitation. Je me suis demandé pendant un moment si ça ne serait pas mieux de passer en monoculture, explique le jeune agriculteur. Mais en lisant sur le sujet je me suis rendu compte que tout se complétait dans mon exploitation. Tout est un peu comme un puzzle. »

Un confinement qui lui aura laissé le temps de réfléchir et de lire

Un puzzle qu’il a pu reconstituer pendant le premier confinement. Avec tout le temps libre que lui laissaient les moments durant lesquels il sortait habituellement, Guillaume a lu. Beaucoup lu. Et depuis il ne s’est pas arrêté.

« Avant je ne me posais aucune question sur ma manière de travailler. Je faisais comme j’avais toujours fait, comme on m’avait appris, presque bêtement je dirais. Mais pendant le confinement je me suis demandé comment je pourrais éviter d’acheter tel produit chimique ou de pallier aux produits phytosanitaires », explique t-il.

De son propre aveu, cet attrait pour des techniques culturales plus respectueuses de l’environnement et de la biodiversité n’est pas nouveau. Déjà avant le début de la crise sanitaire l’éleveur s’intéressait aux thématiques écolos mais il reconnait ne s’être jamais penché dessus sérieusement, faute de temps pour le faire. Il aura donc fallu une pandémie pour pouvoir s’investir physiquement et intellectuellement dans ce travail.

Car l’agriculture est loin d’être un travail seulement physique, il faut savoir peser le pour et le contre de chaque méthode, prendre en compte l’investissement financier et temporel de ces évolutions et l’impact sur les rendements. D’ailleurs Guillaume reconnait qu’il n’y a pas eu « de changement radical » dans son exploitation depuis le premier confinement : « Parce qu’on ne peut pas tout changer en un an. En général, ça met plus entre cinq et dix ans. », développe t-il.

D’abord des objectifs de court terme

Si les objectifs importants sont à prévoir sur du long terme, cela n’a pas empêché le jeune agriculteur de mettre en place plusieurs choses réalisables à court terme. Ainsi sur une partie de son vignoble, Guillaume a semé du trèfle nain, une plante qui ne concurrence pas la vigne et qui lui permet d’éviter d’avoir recours à un désherbant. « Ce n’est qu’un test mais ça fonctionne ! », témoigne t-il. De quoi le motiver à continuer et multiplier les expériences.

Du trèfle nain dans les rangs de vignes de Guillaume.
Crédits : Guillaume Lapray.

Il utilise désormais les excréments de ses vaches comme engrais pour le sol de ses vignes et pour son dernier semis de blé d’hiver il a décidé de le faire en semis direct, c’est à dire sans labourer le sol avant « pour limiter l’érosion des sols et préserver leur vitalité ».

Prochaines cibles dans le viseur : mieux utiliser les arbres présents sur son exploitation pour la qualité de l’air et des sols grâce à l’effet dépollueur qu’ont les arbres ou encore réduire sa dépendance aux produits issus du pétrole comme les amendements, des substances utilisées pour enrichir les sols.

Une pensée écolo couplée à un désir d’autonomie

Parce qu’au delà de sa pensée écolo, c’est aussi son désir d’autonomie qui a motivé Guillaume à procéder à certains changements : « Pendant le confinement, on a commencé à entendre parler de pénurie de gasoil ou de nourriture et je me suis rendu du compte de l’impact sur mon travail et sur ma vie de telles pénuries. » Cela lui a aussi fait prendre conscience qu’il ne mangeait même pas ses propres produits. Un comble pour un agriculteur.

Pour y remédier, en plus de son exploitation, il a décidé d’acheter des chèvres pour fabriquer son propre fromage : « Grâce à ma grand-mère j’avais déjà la technique mais je n’avais pas l’outil. Et c’est quand même sympa de créer un produit, de faire des expériences en mettant des condiments dans ses fromages, de les partager avec ses proches. » s’exalte l’apprenti fromager. À côté de ses biquettes, Guillaume s’est aménagé un espace pour se créer un potager en permaculture. Un concept cultural qui prend en compte les différentes composantes environnementales d’un lieu pour que celles-ci s’entraident évitant ainsi d’avoir recours à des produits chimiques ou des méthodes invasives. Pour tout ce qu’il ne peut produire lui-même, c’est le dimanche au marché que Guillaume trouve son bonheur.

Fromages fabriqués par Guillaume Lapray.
Crédits : Guillaume Lapray.

Mais lorsqu’il a voulu transposer sa manière de cultiver son jardin à son exploitation agricole, il s’est rapidement rendu compte des limites et des difficultés que cela impliquait : « J’y vais pas à pas. Je ne peux pas tout changer mon système de production d’un coup car cela a un coût. J’ai des emprunts donc je suis tenu par des obligations financières. »

Jouer collectif, la solution ?

Pour pallier à ces complications, Guillaume souhaite créer un Groupement d’Intérêt Économique et Écologique. Les GIEE, qui existent depuis 2014, permettent à des agriculteurs d’un même territoire de mettre en commun et de développer des techniques ayant un impact économique, social et environnemental positif. La Bourgogne en compte 39, dont 9 en Saône-et-Loire. « Au lieu d’être tout seul dans mon coin quand je fais un essai pour réduire l’utilisation d’un produit phytosanitaire par exemple, nous pourrions être plusieurs à le faire en même temps. Les résultats auraient à la fois plus d’impact et plus de légitimité et nous feraient avancer beaucoup plus vite » justifie l’éleveur. De plus les agriculteurs membres d’un GIEE bénéficient de subventions particulières pour les aider à développer leurs techniques et certaines structures publiques régionales ou nationales proposent un accompagnement.

Sur le papier cela semble beau, mais dans les faits, c’est plus complexe à mettre en place : « J’ai beaucoup de mal à trouver des confrères intéressés, déplore Guillaume. L’engouement vient surtout des jeunes, même avec ceux qui ne sont pas d’accord c’est facile de discuter. Mais chez les collègues qui ont 40 ans de métier c’est beaucoup plus compliqué. Et je les comprends, à dix ans de la retraite, tu n’as pas envie de changer tes pratiques. »

Convaincre doucement mais surement

Et il sait de quoi il parle. Car avec ses parents également il a dû pratiquer l’art subtil de la persuasion pour les convaincre du bien-fondé des changements qu’il voulait apporter à leur exploitation commune. « Ils veulent y aller doucement quand je leur propose quelque chose de nouveau et je pense que c’est normal, je le respecte. », témoigne Guillaume.

Mais sur certains sujets ses parents se sont montrés tout de suite plus enthousiastes, comme lorsque leur fils leur a proposé la vente directe pour les moutons. Entre septembre et décembre, les 25 moutons de l’exploitation ont été vendus pour environ 180€/pièce. « Il y a eu une prise de conscience par rapport à ce Covid, note Guillaume. Avant mes proches s’en foutaient du local, de l’autonomie alimentaire, maintenant ils s’y intéressent beaucoup plus. » Pour le moment, l’EARL Du Carron pratique la vente directe uniquement pour les ovins mais n’exclut pas d’élargir la pratique à d’autres produits de l’exploitation, motivée par l’engouement général que provoque le commerce de proximité chez les Français.

Quoiqu’il en soit, Guillaume garde la tête sur les épaules, conscient qu’un changement qui fonctionne ne peut être que progressif et si possible collectif. Prochain objectif donc, la création officielle de son GIEE, d’ici juillet 2021 « juste avant les récoltes ».

Crédits : Corentin Mirallés.

« On a l’impression qu’on n’est pas légitimes à exprimer notre souffrance »  Confinement, reconfinement, le grand blues des étudiants

Par Matthieu Limongi

Marseille, Paris, Lyon, les médecines préventives des universités sont débordées. Dans les médias, sur les réseaux sociaux, les appels d’enseignants, de parents et d’étudiants se multiplient pour donner l’alerte. La raison : avec la crise sanitaire, le moral des jeunes et des étudiants est loin d’être au beau fixe.

« Médecine préventive bonjour. » Au standard d’Aix-Marseille Université, les appels pleuvent de la part des étudiants. Depuis le second confinement, les services de psychologie et les sophrologues des établissements sont surchargés. Isolement, déprime, et perte totale de motivation sont les maux d’une jeunesse minée par une crise sanitaire et des restrictions qui s’éternisent.

« Une séance avant les vacances ? Je ne vous promets rien, ça risque d’être compliqué. »  Quelques jours plus tard, un mail sur la négative enterre définitivement l’idée.

Pour prendre une bouffée d’air, on repassera. Comme beaucoup d’autres. Et comme Théo, étudiant à Marseille. Déjà suivi par une psychologue avant le second confinement, ses séances ont dû s’arrêter brusquement. Sans trop de convictions, il a tenté d’obtenir une séance avec une psychologue de son établissement. Sans succès non plus. Arrive donc la résignation. « Ce que j’ai fait ? J’ai rien fait. Je suis resté dans mon lit. Et j’ai beaucoup écrit. J’étais seul et j’avais l’impression d’être en punition : je dois voir personne, et en plus je dois continuer mes efforts, travailler,  faire des choses qui m’angoissent maintenant deux fois plus. Tout ça sans avoir la récompense de voir des gens, de rigoler. Aujourd’hui, ma condition mentale n’est pas bonne. »

https://twitter.com/flumeed/status/1317557640600367104?s=21

Cette absence d’exutoire est le fil rouge de la détresse des jeunes pendant la crise sanitaire. Si les études entraînent souvent des périodes importantes de stress, la vie sociale, scolaire et les à-côtés de la vie étudiante permettent de relâcher la pression. Pour des milliers d’entre eux, tout s’est écroulé du jour au lendemain. Alors on improvise, on essaie de se retrouver avec soi-même, on bricole. Mais comment garder ses repères et sa motivation lorsque tous les cours sont dématérialisés,  et que l’appartement étudiant devient la pièce à tout faire ? Conscients de l’importance du problème, certains ont innové comme ce professeur qui a décidé de donner un cours en pleine rue, pour dénoncer la situation des étudiants  à La Roche-sur-Yon.

Mais pour les principaux intéressés, pas toujours facile de trouver un sas de décompression, même quand on sait ce dont on a besoin.  « Ça demande une énergie vraiment énorme. Et je pense que je n’en ai plus assez pour sortir de ma zone de confort, pour être créative », confie Solène, étudiante en géographie à Montpellier.  « Comme j’ai une perte d’énergie, les choses qui peuvent me faire du bien, j’ai la flemme de les faire. Au début je faisais du sport, et avec le travail et les cours j’ai vite arrêté. »  

Sensibles à ces questions et au moral de leurs camarades, Solène et une amie ont récemment décidé de faire passer un questionnaire à l’ensemble de leur promotion. Concentration, difficultés techniques, stress, sentiment d’isolement, déprime, projection sur l’avenir… Tous les problèmes sont passés au crible au travers des questions. Au téléphone, elle passe en revue les réponses qu’elles ont reçu) avec un constat simple mais édifiant : ça va mal. Les symptômes de la dépression concernent la moitié de sa promotion. Du côté de l’isolement, c’est pire. L’anxiété et la projection sur l’avenir ? N’en parlons pas. Une hécatombe qui est loin d’être un cas isolé, et un ressentiment collectif plus qu’inquiétant émerge de ce questionnaire. En réaction, une visioconférence a été organisée avec l’ensemble de leurs camarades avec pour thématique « Comment ça va ? ». Tous se livrent alors sur les difficultés et leurs ressentis personnels. « On a râlé pendant un quart d’heure, ironise Solène, on a pris le temps de parler. Et ça fait vraiment du bien.»

« On se soucie peu de notre état psychique »

Si les deux étudiantes ont pris le problème à bras le corps, d’autres aimeraient que le corps enseignant et les universités s’en saisissent mieux. Comme Clément, en fin d’études à Poitiers, dont le moral a été « assez atteint » ces dernières semaines. Fortement isolé, il se sent abandonné par les décisions du gouvernement et par la communauté universitaire. « On a l’impression qu’on est pas légitimes à exprimer notre souffrance, on n’est pas pris en compte et c’est ça qui fait mal ».

En plein décrochage scolaire, il confie avoir du mal à joindre les deux bouts et à s’organiser. Il n’est ni satisfait de son travail, ni de ceux qui le supervise. « Les profs manifestent plutôt du désintérêt envers notre situation. À part le « Vous allez bien ? »  en début de visio, on se soucie peu de notre état psychique », regrette-t-il. Pour autant, cet étudiant en droit ne se laisse pas abattre. Malgré une santé mentale affectée, il a ressorti de « vieilles haltères du grenier », lit et écrit pour canaliser ses émotions et y apposer des mots. S’il ne parle pas d’addiction, il avoue aussi boire de l’alcool plus qu’à l’accoutumée, de manière quotidienne. « C’est mes petits moments à moi, qui me permettent de penser à rien et de me détendre », précise-t-il. Excuses acceptées.

Si chacun a appréhendé la crise et les ressentis qui en découlent à sa manière, la pandémie aura marqué une immense part d’une jeunesse désorientée. Si peu arrivent à maintenir leurs repères, selon une récente étude, la plupart reste optimiste face à l’avenir. Une vision que partage Mathilde, qui effectue une mission de service civique dans le Verdon : « J’ai appris à relativiser. C’est OK de ne pas arriver à se déterminer, à se motiver. Tout est tellement compliqué, ce serait illusoire de croire qu’on peut arriver à tout faire les doigts dans le nez, alors que non, il y a tout ce contexte autour de nous. »

Si elle n’est pas encore perceptible par tous, la lumière au bout du tunnel existe bel et bien pour les millions d’étudiants français.

Nouveau confinement, nouveau défi pour les couples séparés par la distance

Par Justine Salles

Pour les milliers de couples en relation à distance, la pandémie a ajouté une difficulté supplémentaire: l’incertitude des retrouvailles.

C’est reparti. Alors que certains couples étaient séparés lors du premier confinement, les voici à nouveau dans l’incapacité de se réunir. Le responsable? Il est sur toutes les lèvres: le coronavirus, qui a provoqué jusqu’à présent deux confinements et déconfinements… Une expérience inédite.

Amélia et Tiago sont en couple depuis trois ans. Depuis la rentrée dernière, ils vivent à distance: la jeune femme a quitté le Portugal pour la France afin d’y effectuer ses études, alors que lui, travaillant dans la restauration, y est resté. « Avant le covid, on se voyait tous les jours, on habitait quasiment ensemble, raconte l’étudiante de 25 ans. L’idée qu’il me rejoigne nous est passée par la tête, on en a discuté, mais c’est compliqué. J’habite dans un petit studio, peu commode pour deux personnes, et il ne parle pas le français… Peut-être aurait-il du mal à trouver du travail ici », explique-t-elle. Le couple n’a jamais connu la distance avant septembre: « Ça peut être pesant, mais on ne le vit pas comme un drame: je ne sais pas quand je vais le revoir, mais il me suffit d’acheter un billet d’avion. » En effet, Amélia possède le statut de résidence aussi bien au Portugal qu’en France; elle peut par conséquent voyager malgré les restrictions liées à la crise sanitaire. Une chance, quand l’amour n’apparaît pas comme un motif de déplacement impérieux. 

Un quotidien amoureux rythmé par le virtuel

WhatsApp, appels vidéos et téléphoniques, « quelques petites lettres aussi, à l’ancienne », voici comment les deux tourtereaux communiquent désormais. « Le plus dur, c’était au tout début. Je suis arrivée dans une nouvelle ville, je n’avais aucun repère et toute ma petite vie d’avant s’est effondrée. C’est là que Tiago et sa présence me manquaient le plus. Gros sentiment de frustration parce que j’avais l’impression que les appels ne suffisaient pas. J’avais besoin de le voir, de le toucher, de sentir sa présence autour de moi », se rappelle Amélia. « Puis les mois passent et on acquiert de nouvelles habitudes et routines. Ce sentiment de besoin, d’urgence, s’évade un peu. Aujourd’hui, on est beaucoup plus apaisés. On se fait confiance et on sait qu’on peut tenir sur la durée, tant qu’on en a envie ». Mais la relation peut-elle s’épanouir et durer au travers d’écrans interposés? Si ces derniers semblent gommer l’effet de distance, sont-ils vraiment une aide ou au contraire un obstacle à la communication? Agata Kramarz, sex coach et sophrologue à Marseille, estime que  « Des fois, s’il y a trop de moyens de communiquer, cela ne va pas être au service du couple. Mais il faut essayer de profiter de ces moments de séparation pour développer une communication intime et érotiser la distance: qu’est-ce qu’il y a de sexy à cette situation? »

Distance à durée indéterminée

« Ce n’est pas le sujet des consultations le plus courant » déclare la spécialiste. Pourtant, ils sont nombreux à vivre cette situation. Tout comme Amélia, Léo a vu la distance l’éloigner de sa moitié habitant au Liban: « On travaillait ensemble dans un cinéma là-bas. Quand la révolution a commencé le 17 octobre 2019, on a subitement perdu notre travail. J’ai très vite fait le choix de rentrer en France et reprendre mes études, alors que Sophie visait une résidence artistique en Hollande. Et là, grosse surprise, on a été confinés. Je ne pouvais pas aller au Liban, Sophie ne pouvait pas venir me voir. On savait alors qu’on allait passer des mois sans se voir », se rappelle Léo avec émotion. C’est donc à présent une distance de plusieurs milliers de kilomètres qui les sépare. « On a développé de nouveaux rapports. On convient d’une heure, souvent le soir autour d’un bon verre, où on se dit qu’on se manque, qu’on a envie de se serrer dans les bras, se donner chaud avec des mots un peu hot et sensuels… C’est assez bizarre, on ne sait pas exactement quand on va se revoir physiquement ». Pour Agata Kramarz, « Cette distance est vraiment l’occasion de développer quelque chose de nouveau. Parler des envies, des besoins, des sentiments mais aussi des ressentis corporels. » Alors, lié par un contrat de confiance, le couple s’est entendu sur une « carte blanche à jouer », dont ils ont défini les règles lorsqu’ils étaient ensemble au Liban: « Si on trouve tous les deux quelqu’un qui nous attire respectivement à Marseille et à Beyrouth, on se téléphone et on s’autorise à avoir une seule relation sexuelle, pour un équilibre mental, donner de l’amour physiquement à quelqu’un avec qui on a une attache psychologique. » Léo et Sophie espèrent se voir pour les fêtes de fin d’année avec le projet de se pacser, ce qui facilitera de plus le voyage entre la France et le Liban. En 9 mois, les deux amoureux se seront vus seulement deux fois… Mais certains couples, séparés par des océans, ont fait une croix sur cette perspective de retrouvailles tant elles sont lointaines. Soumis à la situation de pays différents, ils peinent à se projeter. Evie, Australienne, n’a pas vu son petit ami resté au Royaume-Uni depuis le mois de janvier… Soit depuis presque un an. « On ne se voyait pas beaucoup en temps normal alors maintenant, avec la pandémie… On ne prévoit pas de date, de peur d’être déçus », regrette la jeune femme de 22 ans. Le couple anglophone n’a d’autre choix que de prendre son mal en patience. Loin des yeux, mais encore près du cœur.

Pour aller plus loin :

-> Le quotidien virtuel d’un couple à distance. Cam habite en Angleterre, Emma en France. Habitués à la distance depuis deux ans, ils n’étaient pas prêts pour de longues périodes de séparation causées par la pandémie. Chaque jour, ils font preuve d’imagination pour trouver des activités divertissantes en attendant de pouvoir se retrouver.

Crédits : Justine Salles.

-> Agata Kramarz, sex coach et sophrologue à Marseille, se dévoue à l’accompagnement sur la sexualité, en individuel ou en collectif. Spécialiste sur un sujet qui peut parfois être tabou, elle considère qu’il est très important d’y travailler dessus. Elle nous parle de l’amour à distance plus en profondeur.

Crédits : Justine Salles.

-> Il est temps de réinventer sa sexualité. Depuis le reconfinement, les ventes de sextoys ont explosé. Considéré comme non-essentiel, le love store Le Passage du désir par exemple a dû fermer ses huit boutiques à Paris et en Province. Pourtant, la société ne s’est jamais aussi bien portée. Ses ventes en ligne ont augmenté de 322 % durant la première semaine de novembre, au tout début du second confinement. Hommes, femmes, célibataires ou en couple, il y en a eu pour tous les goûts.

Crédits : Nathanaël Bentura.

Soirées clandestines, comment s’amuser sans regret ?

Par Nathanaël Bentura

Crédits : Daphne Rousseau pour AFP.

De nombreuses soirées illégales ont lieu chaque soir en France. Qu’elles soient organisées dans des appartements ou dans des établissements, ce sont souvent des jeunes qui y participent. Des jeunes qui en ont marre de passer à côté de leur vie.

Les discothèques et les boîtes de nuit sont fermées depuis le mois de mars. La gestion des bars et des restaurants a donné l’impression de marcher dans un champ de mines pour leurs propriétaires. Pour leur clientèle, la situation n’est pas plus réjouissante. « J’ai un peu l’impression qu’on m’a volé mon année », avoue Arthur. A 22 ans, cet étudiant parisien vit seul dans un appartement de 20 mètres carrés où la solitude le ronge. Quand l’un de ses amis lui a parlé de soirées clandestines organisées dans des bars ouverts illégalement pour l’occasion, il y a vu un moyen de retrouver sa sociabilité : « Nous y sommes allés à plusieurs, une dizaine d’amis de la fac et clairement on en avait besoin. Personnellement, je n’étais pas sorti depuis plusieurs semaines, sauf pour faire mes courses, et je n’ai vu personne. J’en avais besoin. »

Crédits : Nathanaël Bentura.

Alors quand la bande d’amis s’est retrouvée au beau milieu d’une fête aux allures de prohibition, ce n’était pas sans une pointe de regret : « J’avoue, c’était un peu flippant de se retrouver avec une cinquantaine d’inconnus non-masqués dans un lieu clôt, ajoute Arthur, mais ça m’avait tellement manqué ». Antoine, un des amis présents ce soir-là, est plus réservé : « La peur de se faire chopper est plus grande que le bon temps qu’on prend. » La soirée battait son plein jusqu’à deux heures du matin mais aucune patrouille de police n’est intervenue. Ça aurait été le cas si un voisin avait appelé les forces de l’ordre pour dénoncer un tapage nocturne.

Des jeunes agacés par la culpabilisation

Parfois, pas besoin de se lancer dans une chasse aux discothèques illégales pour s’amuser, il suffit de quelques amis et d’un appartement. Manon organise souvent des fêtes dans son appartement et l’état d’urgence sanitaire ne l’a pas découragée : « Je n’invite que des gens que je connais, je sais qu’ils font attention. Je veux bien faire ce que dit le gouvernement mais ça ne sert à rien de respecter des règles aveuglément alors que je sais que ceux qui rentrent chez moi n’ont pas le virus. » La jeune femme estime qu’elle fait « tout comme il faut », c’est pourquoi elle se permet certaines largesses, d’autant plus avec ceux en qui elle a confiance : « Je ne vois pas pourquoi je continuerai à sacrifier ma jeunesse alors que les populations les plus à risques sont celles qui respectent le moins les gestes barrières. Je n’ai jamais vu un jeune avec son masque sous le nez dans la rue. » Très remontée, Manon se plaint de la culpabilisation qu’elle ressent de la part des plus âgés.

Comme elle, Marie ne comprend pas ce qu’on reproche à sa tranche d’âge : « C’est toujours la faute des jeunes si on les écoute. Les jeunes ne font pas attention, ils sortent, ils ne respectent rien. Alors qu’étrangement, ceux qu’on entend râler parce qu’ils veulent fêter Noël en famille, les complotistes, les anti-masques et j’en passe ont rarement moins de 30 ans. » Tous les étudiants interrogés sont d’accord, il y a une responsabilité individuelle à prendre en compte mais un an après l’apparition du Covid, tous estiment prendre des risques bien moindre lorsqu’ils vont en soirée. « Je ne vais pas chez des gens si je ne connais pas tout le monde et surtout si je ne sais où ils sont allés avant », précise Marie.

Dans ce cas, qu’en est-il de ceux qui sont allés en soirée clandestine ? « On sait qu’on a déconné en y allant mais franchement, on habite tout seul et d’ici la prochaine fois qu’on sort, même si on a eu le virus, on ne sera plus contagieux ! » ironise Arthur. Pas sûr que la logique soit imparable.

Vivre avec ses aînés pendant la crise sanitaire : la détresse des jeunes

Par Pauline Gardet

Confinement, reconfinement, distanciation sociale… La crise du Covid-19 continue d’avoir des conséquences au sein des familles. Cette année, les moeurs ont été remplacées par des solutions 2.0. Entre deux générations, le maintien du lien social est contrasté.

« Je n’ai vu mon grand-père qu’une fois cette année » raconte Elise, étudiante en marketing à Strasbourg. Comme beaucoup d’autres étudiants et jeunes adultes, Elise porte depuis le début de la crise sanitaire, le poids de la culpabilité. « A 25 ans, j’ai conscience que mes grands-parents ne sont pas éternels. J’ai autant envie de profiter d’eux au maximum que de les protéger de ce fichu virus », explique-t-elle. Si toutes les informations liées au coronavirus échappent encore aux institutions de santé, une chose est sûre : les personnes âgées font partie des catégories les plus à risque de complications graves. Au 6 octobre 2020, les plus de 65 ans représentaient 71% des patients hospitalisés et 62% de ceux en réanimation pour Covid-19. Santé Publique France indiquait en novembre que 92% des personnes décédées du virus avaient 65 ans ou plus. Dans cette période difficile, les jeunes générations ne savent pas sur quel pied danser avec leurs aînés alors que le besoin de « se retrouver » n’a jamais été aussi fort. « Nos anciens vivent très mal d’être isolés, de ne pas avoir de marques de tendresse physique depuis presque un an. Il ne faut pas oublier que nous, les jeunes, nous le vivons très mal aussi » raconte Elise.

Solutions sur mesure 

Certaines familles ont décidé de changer leurs habitudes pour maintenir le lien social. 

« Avec ma famille nous avons décidé de nous inscrire sur une application qui envoie tous les mois un journal à ma grand-mère » raconte Laure, jeune infirmière à Lyon. Une start-up bretonne, Famileo, met en relation parents et grands-parents avec leurs enfants et petits-enfants par l’intermédiaire d’une application et d’un journal papier. Depuis le confinement, Famileo a recensé plus de 700 000 utilisateurs. Pour la famille de Laure, s’abonner à cette application a paradoxalement resserré les liens familiaux dans cette période difficile. « C’est vraiment génial de voir qu’ils attendent chaque mois leur petit journal. Toute la famille joue le jeu » déclare Laure, avant d’ajouter  « c’est donnant-donnant, ils sont heureux de le recevoir et nous, nous sommes apaisés de voir que ça leur donne du baume au coeur en cette période difficile ». 

« J’ai eu le sentiment de l’abandonner » 

Si le reconfinement ne leur est pas réservé, les seniors restent néanmoins isolés, sur le plan social, familial et surtout numérique.  Malgré les efforts déployés pour permettre aux familles de rester en contact avec  leurs proches en maisons de retraite ou EHPAD, certaines limites persistent. Lors d’un rendez-vous Skype avec son grand-père de 94 ans en EHPAD, Thomas a vécu l’une des scènes les plus difficiles de sa vie. « Une fois seul avec la tablette, mon grand-père n’a pas réussi à s’en servir. Il me voyait et me parlait, et au bout de deux minutes le son s’est coupé. J’ai dû raccrocher, c’était très dur. J’ai eu le sentiment de l’abandonner » confie Thomas, très ému. Son expérience souligne les difficultés des familles à entretenir leurs relations avec leurs personnes âgées, et davantage dans cette crise sanitaire. « Tout ceci vient souligner nos culpabilités de devoir mettre nos aînés dans des résidences. Mon expérience a été la loupe qui est venue montrer le côté négatif d’une situation qui existait déjà » détaille le jeune homme. En effet, le coronavirus n’a pas seulement attaqué les corps : il a également eu un impact psychologique illustré par les « syndromes de glissement », une descente psychologique, physique et/ou cognitive provoquée par le manque de stimulation et la solitude. Du côté des familles, c’est l’idée de ne pas pouvoir rendre visite à leurs seniors en EHPAD et maisons de retraite qui devient de plus en plus compliquée à mesure que les fêtes de fin d’années approchent. « Nous nous interrogeons beaucoup sur Noël, est-ce que nous aurons le droit à un contact ? Est-ce que quelqu’un pourra aller le voir ? Et pourtant, il y a des chances pour que ce soit son dernier ». Pour les 11 000 personnes âgées assistées à domicile ou en établissement, particulièrement vulnérables face au coronavirus, les fêtes de fin d’année risquent d’être moroses. 

Crédits : Pauline Gardet

Making of du « Le seumaine »

Par l’équipe éditoriale du journal

Curieux de savoir comment une rédaction travaille pour réaliser un journal web ? Nous vous dévoilons en avant-première les dessous d’une équipe hors-norme qui s’est pliée en quatre pour vous raconter toutes ces histoires, avec un seul mot d’ordre : l’entraide.

Crédits : Justine Salles.

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