Personnes âgées et nouvelles technologies : l’heure de la connexion

Emilie Méchenin

Personnes âgées et nouvelles technologies : l’heure de la connexion

Personnes âgées et nouvelles technologies : l’heure de la connexion

Emilie Méchenin
10 mars 2021

Zoom, Skype, WhatsApp … ces applications sont rentrées dans notre quotidien. Quand la pandémie du Coronavirus nous a contraint à maintenir la distance physique, que sont devenus ceux qui ne savent pas les utiliser ? Les plus âgés, souvent représentés comme technophobes, ont su tirer leur épingle du jeu.

« Pendant le confinement, j’ai commencé à utiliser WhatsApp pour voir mon arrière petite-fille, c’est vraiment super. Maintenant, j’appelle une fois par semaine en vidéo ma sœur, qui vit à Orléans. » Assise sur un banc, son smartphone à la main, Annick montre fièrement les applications qu’elle utilise. A 73 ans et comme beaucoup d’autres, les réseaux sociaux lui ont permis de garder un contact salutaire avec ses proches.

“ La crise du Coronavirus a isolé des personnes qui ne l’étaient pas avant. Internet n’a pas été la solution miracle, mais ça peut être une vraie aide.” analyse l’anthropologue Delphine Dupré-Lévêque, qui a lancé en mars 2019 la page Facebook Stop à l’isolement.

Alors, les réseaux sociaux ont-ils permis aux personnes âgées d’être moins seules pendant la pandémie ?  Pour l’association Petits Frères des Pauvres, c‘est le cas pour les séniors qui avaient déjà l’habitude d’utiliser internet. Ceux qui ne l’utilisaient pas avant le confinement, n’ont pas ressenti ce même besoin de communiquer par les réseaux sociaux.

Le troisième âge sur les réseaux sociaux

Pour communiquer, les plus de 60 ans utilisent moins internet que le reste de la population, mais les jeunes seniors sont davantage présents sur les réseaux sociaux que leurs aînés. Les séniors internautes ont même l’habitude d’échanger avec des personnes qu’ils ne connaissent pas. Ils le font deux fois plus que les adolescents

Chaque  année, comme pour le reste de la population, la part de seniors utilisant internet augmente. Ils ont cependant plus de mal à adopter les outils les plus modernes :  ils envoient davantage de messages électroniques, qu’ils ne font d’appels vidéo. C’est le cas de Catherine. A 79 ans, elle utilise son smartphone pour lire ses mails et envoyer des sms. Pourtant, elle ne veut pas faire d’appels en visio : “ Quand on est à la maison on est débraillé et puis, je trouve que les visages sont déformés par l’objectif.” 

Il faut déconstruire l’image de la personne âgée technophobe. Avec 18 millions de Français qui ont plus de 60 ans, la catégorie “seniors” regroupe des réalités très différentes.

“C’est une question de mentalité, pas d’âge »

« Je ne sais pas faire beaucoup de choses sur Facebook, explique Catherine, je communique avec ceux que j’ai en amis, je sais mettre une phrase pour l’anniversaire …. J’aimerai apprendre à faire plus de choses, mais je retiens très mal tout ce qui est lié à la technologie. »

Après 60 ans, la principale raison pour ne pas utiliser les nouvelles technologies est leur complexité. En plus de l’âge, le niveau d’étude et de revenu influencent sur la capacité technique (connaissance, formation et équipement) et l’envie d’utiliser ces nouvelles technologies. Dans une même classe d’âge, les plus pauvres seront moins nombreux à être des internautes.

Delphine Dupré-Lévêque en est persuadé : « C’est une question de mentalité, pas d’âge. Certains trouvent un bénéfice à utiliser internet, d’autres non, certains veulent découvrir de nouvelles choses, d’autres non. »
Pour André se renseigner sur les nouvelles technologies est une évidence, il sait même comment fonctionnent les différents réseaux sociaux. Mais pour ce Vauclusien de 73 ans, pas question de les utiliser:  “Je  les trouve beaucoup trop envahissants et peu intéressants.”

Enjeux économiques de la technologie ‘pour sénior’

En plus des applications grand public, il existe des technologies estampillées “seniors”. L’entreprise lyonnaise Mobiho vend des téléphones avec des interfaces simplifiées, des touches plus grandes et accompagnés de notices écrites en gros. Plus futuriste il y a également les robots de compagnie, comme Giraffplus, projet  financé par la Commission européenne, ou Buddy. Des robots qui intègrent la domotique (la “maison intelligente”) et qui servent d’interface avec la famille ou même le médecin, pour faciliter le maintien à domicile.

La Silver économie (les marchés, activités et enjeux économiques liés au plus de 60 ans) est en pleine croissance, avec l’augmentation du nombre de séniors. Elle représente déjà un marché de 3,7 billions d’euros en Europe.

Enjeu social de l’appropriation

Derrière le foisonnement technologique, le problème reste cependant le même : l’appropriation des outils par les séniors. L’administratrice de France Silver éco, Elodie Llobet préfère à ces technologies le design for all : « Faire en sorte qu’un objet puisse être utilisé par tous et non pas par la moyenne de la population. Par exemple, si vous prenez une bouteille d’eau, il faut qu’elle puisse être ouverte par n’importe qui.”

En proposant une technologie adaptée à l’ensemble de la population et donc aussi aux séniors, ce besoin de connexion qui a été mis en évidence lors des confinements sera grandement facilité. Au delà de la crise épidémique et du cas des personnes âgées, il y a un véritable enjeu d’intégration de l’ensemble de la population dans ce monde toujours plus technologique.

5 thoughts on “Personnes âgées et nouvelles technologies : l’heure de la connexion

  1. Merci pour cet article très documenté qui casse les idées reçues sur le sur les vieux et les nouvelles technologies! Merci pour ce regard neuf!

  2. Ton article est très bien écrit et donne une bonne impression. Tu pourrais le proposer à plusieurs journaux.

  3. Un joli encouragement pour ceux qui s’imaginent trop vieux pour ces technologies, une approche positive qui fait tellement de bien.

  4. Très intéressant cet article qui montre bien que les seniors se servent des nouvelles technologies et que quand la nécessité se fait sentir ils savent bien se débrouiller.

  5. On s’en doutait déjà, mais ton article le montre : les « boomers » peuvent assez facilement s’adapter aux nouvelles technologies, par plaisir ou par nécessité. Sans aucun doute la crise sanitaire avec ses conséquences d’isolement a dû « booster » leur intérêt pour les réseaux sociaux et les « applis » de communication pour se rapprocher virtuellement – à défaut de mieux – de leurs proches, de leurs ami.e.s…..et même peut-être pour découvrir et s’adonner au « drive » et au « click and collect ».
    Continue comme ça, tu n’es pas loin du prix « Albert LONDRES » !
    Pardon d’avoir tardé à te laisser ce commentaire.

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