UN MONDE SANS CONTACT

Louise Aurat, Rémy Doutre, Lillie de Pavant, Ophélie Francq, Laura Laplaud, Solène Leroux, Alice Margaillan, Émilie Méchenin, Paul Samman et Bérénice Vasak

UN MONDE SANS CONTACT

UN MONDE SANS CONTACT

Louise Aurat, Rémy Doutre, Lillie de Pavant, Ophélie Francq, Laura Laplaud, Solène Leroux, Alice Margaillan, Émilie Méchenin, Paul Samman et Bérénice Vasak
Comment les nouvelles technologies du sans contact redéfinissent-elles nos relations sociales ?

Distanciation sociale, confinements… Les mesures sanitaires du Covid-19 nous éloignent physiquement les uns des autres. Notre arme pour continuer à vivre ? Le numérique.

Dorénavant, nous « télétravaillons », « skypérons », apprenons en ligne.

La pandémie n’accélère pas seulement la popularisation des relations virtuelles entre humains, elle impose aussi de nouveaux usages des nouvelles technologies. Ainsi, elle nous pousse à réinventer notre manière de produire des contenus culturels, de faire du journalisme.

Les technologies, qui se proposaient auparavant d’apporter « un plus » à nos relations sociales, ont désormais la lourde tâche de solutionner l’éloignement géographique des humains.

Quand ils ne sont pas au service du respect plus strict des mesures de distanciation sociale, ces outils engendrent une nouvelle forme de sociabilité. Sans parvenir, pour l’instant, à se substituer totalement à la chaleur humaine.

Une crise épidémique révélatrice des enjeux sociaux et économiques d'une transition numérique accélérée

Visioconférence : un écran entre les liens sociaux

Solène Leroux

Avec les confinements provoqués par l’épidémie de Covid-19, la visioconférence s’est imposée à tous les niveaux, que ce soit au travail ou dans la vie privée. Avec un impact sur les liens sociaux ?

Au travail, de nombreux salariés ont découvert les réunions par écrans interposés. Et dans la sphère privée, faute de pouvoir se rassembler en famille ou entre amis, de nombreux Français ont remplacé les soirées et les apéritifs classiques par leur version numérique. 71 % des Français ont d’ailleurs fait des apéros virtuels pendant les confinements selon une étude Belin – Ifop.

Alors qu’en France, le deuxième confinement vient de se terminer, bilan de ces nouveaux modes de communication avec plusieurs générations : Noémie, Thomas, Gaëlle et Yves.

Côté vie privée, la visioconférence et autres skypéros n’ont pas l’air d’être privilégiés à l’avenir. En revanche, un changement durable semble s’opérer dans le monde du travail.

De nombreuses entreprises favorisent désormais le télétravail, les chiffres le prouvent. Teams, la plateforme collaborative de Microsoft, comptait 45 millions d’utilisateurs par jour en mars, c’est désormais plus de 115 millions. Le leader du secteur, Zoom, compte lui 300 millions d’utilisateurs quotidiens. Une tendance durable donc, qui bouscule le présentéisme à la française.


Les seniors sont-ils exclus des relations sociales numériques ?

Emilie Méchenin

Les réseaux sociaux et les outils de communication à distance ont permis de garder le contact, quand la pandémie nous a contraint à maintenir la distance. Dans cette période si particulière, que sont devenus les plus âgés ? Au-delà de l’image de la personne âgée isolée et technophobe, il y a un vrai enjeu social à penser le rapport des seniors à la technologie.

Pendant le confinement, les réseaux sociaux et les outils de communication à distance nous ont permis de garder un contact salutaire avec nos proches. Quand les moyens technologiques de dialogue à distance se multiplient, nous pouvons nous inquiéter pour ceux qui n’y ont pas accès ou qui ne savent pas les utiliser. Les personnes âgées sont souvent représentées comme technophobes.

Il faut pourtant déconstruire cette image. Il y a 18 millions de personnes qui ont plus de 60 ans en France. Dans la catégorie senior il y a donc des situations très variées.

Si on brosse un tableau d’ensemble, les plus de 60 ans utilisent moins Internet pour communiquer que le reste de la population. Dans le détail, les jeunes seniors sont davantage présents sur les réseaux sociaux : 34 % avant 70 ans, 14 % après, contre 77,5 % pour le reste de la population.

Sur le long terme, on observe que la pénétration de ces nouveaux usages suit une même dynamique positive chez les seniors que dans le reste de la population. Depuis 2012, 22 % de plus des 65 – 74 ans envoient des messages électroniques, quand c’est 7 % de plus pour le reste de la population. Les appels téléphoniques et vidéos progressent moins vite : 14 % de plus pour les seniors, contre 28 % de plus pour le reste de la population. L’adoption d’outils plus récents se fait plus lentement chez les plus âgés : on envoie des messages par Internet depuis plus longtemps qu’on ne fait des appels vidéo. Cependant, il n’y a pas de dichotomie entre vieillissement et utilisation des technologies.


Il faut arrêter l’âgisme*. Nous ne sommes pas
condamnés à décrocher technologiquement en vieillissant. C’est une question de mentalité : certains trouvent un bénéfice à utiliser internet, d’autres non, certains veulent découvrir de nouvelles choses, d’autres non… Nous changeons tout au long de notre vie.

Delphine Dupré-Lévêque
Anthropologue, spécialiste des EHPAD

*discrimination envers les personnes âgées

Confinement : à la recherche d’une sociabilité à travers internet ?

Au vu des chiffres de l’utilisation d’Internet par les plus de 60 ans, on peut penser que le confinement les a davantage isolés. En juin 2020, l’association des Petits Frères des Pauvres s’en alarmait. À partir d’une étude réalisée auprès de 1 500 personnes, l’association évalue que 720 000 personnes âgées n’ont pas été en contact avec leur famille lors du premier confinement. Si la majorité des seniors non-internautes affirme ne pas avoir ressenti le besoin de communiquer par Internet, pour les habitués d’Internet, l’utilisation d’Internet a pu être une aide.

« Les réseaux sociaux ont été un moyen de contrebalancer l’isolement du confinement, analyse Delphine Dupré-Lévêque, qui a lancé dès mars la page Facebook Stop à l’isolement. La crise a isolé des personnes qui ne l’étaient pas avant : si Internet n’a pas été la solution miracle, ça peut être une vraie aide. Mais finalement, les personnes âgées n’ont pas plus mal vécu le confinement que le reste de la population, tout le monde a souffert de l’isolement. »

Avant même la crise du coronavirus, il est notable que près de la moitié des internautes entre 60 et 69 ans reconnaissent être en contact sur les réseaux sociaux avec des personnes jamais rencontrées, contre un quart des 12 – 17 ans. Une recherche de sociabilité ou une volonté de s’ouvrir ? « En vieillissant on a un réseau social moins étendu avec des décès de proches, pas toujours remplacés », analyse Delphine Dupré-Lévêque.

Graphique tiré de : « Seniors et catégories modestes investissent les réseaux sociaux », CREDOC, p.2, décembre 2015.

Quels sont les obstacles à l’utilisation des réseaux sociaux ?

Pour ceux qui n’utilisent pas les nouvelles technologies, la première raison avant 60 ans est leur inutilité, quand après 60 ans c’est leur complexité. Pourtant, au-delà de l’âge, le désintérêt pour ces outils ou l’incapacité à les utiliser sont également liés au niveau de vie et d’étude de la personne âgée.

Graphiques tiré du Rapport Petits frères des pauvres « Isolement des personnes âgées: les effets du confinement, p.87, 4 juin 2020.

Si à 75 ans, le nombre de personnes utilisant Internet décroît plus rapidement, l’âge n’est pas l’unique critère. Parmi ceux qui touchent plus de 4 500 €, seuls 4 % n’utilisent jamais Internet, pour les plus précaires c’est la moitié. Au-delà du critère de l’âge, le niveau d’étude et de revenus influencent la capacité technique (connaissances, formation, équipement) et l’envie d’utiliser ces outils.

La motivation comme porte d’entrée dans les nouvelles technologies

Il faut s’intéresser à ce qui motive les seniors à utiliser ces outils en tant qu’individus, pour dépasser des difficultés techniques avec des outils qui évoluent sans arrêt et faire la dépense financière.


Le principal enjeu est l’appropriation par les seniors des technologies.
Parmi les seniors, il y a une multitude de générations, de parcours de vie et d’approches différentes. Il y a des générations qui ont connu des changements sociétaux importants, avec une intégration plus ou moins importante de la technologie dans le quotidien.

Elodie Llobet
Administratrice de France Silver éco

Au-delà de la situation exceptionnelle qu’a créé la crise sanitaire, penser le rapport des seniors à la technologie permet d’anticiper le futur. La France est en pleine transition démographique : les projections estiment qu’en 2070, il y aura plus de 16 millions de personnes de plus de 60 ans.

« Il est impératif de réfléchir à la transition démographique, tout comme il faut penser à la transition écologique et à la transition numérique », analyse Elodie Llobet. En plus d’un enjeu social, il y a aussi un enjeu économique à penser l’utilisation des nouvelles technologies par les seniors.

Faire place aux seniors : enjeu de société et enjeu économique

La Commission européenne estimait en 2015 que la Silver économie (les marchés, activités et enjeux économiques liés aux personnes de plus de 60 ans) représentait un marché de 3,7 billions d’euros et doit augmenter de 5 % par an, jusqu’en 2025.

Des entreprises se spécialisent dans les technologies estampillées « seniors ». C’est le cas de l’entreprise lyonnaise Mobiho (capital : 234 261 ), qui vend des téléphones et des tablettes avec des interfaces simplifiées, des touches plus grandes, accompagnés de grandes notices.

On peut penser les outils adaptés à ce qu’on se représente être les difficultés des seniors ou penser les outils, interfaces, réseaux pour qu’ils soient adaptés à tous. C’est la vision que défend Elodie Llobet : le design for all. « Faire en sorte que tous les modes d’utilisation soient inclus, penser un espace public ou un produit pour tous. Vous prenez une bouteille d’eau, il faut qu’elle puisse être ouverte par n’importe qui : on ne la conçoit pas pour la moyenne de la population, mais pour tout le monde. Il faut aller au-delà de la stigmatisation des personnes âgées et penser la société pour tous. »

Robot compagnon : technologie du futur au service des personnes âgées

Ces deux conceptions se retrouvent dans la création de nouveaux outils de communication. C’est le cas dans le secteur de niche des robots de compagnie : des robots qui rassemblent les options d’un smartphone, la domotique (les technologies de la « maison intelligente ») et le relationnel d’une technologie incarnée dans un robot plus ou moins humanoïde.

La start-up française Blue frog robotic a créé Buddy (vendu 1 300 ), robot présenté comme un compagnon pour chaque membre de la famille : d’une nourrice pour les enfants à un compagnon pour les plus âgés permettant de rester en contact avec la famille.

A contrario, Giraffplus, projet de robot financé par la Commission européenne, est uniquement pensé pour les personnes âgées.


Des robots qui pourraient remplacer les êtres humains sur de nombreuses tâches, qui pourraient diminuer les contacts physiques entre humains, en devenant garde-malade, intermédiaire médical, interface de communication avec la famille… Reste encore à savoir si ces robots entreront dans les foyers. « Il y a énormément de choses qui se développent, élude Elodie Llobet. Le plus important reste la question du bon sens : est-ce que cette technologie est la plus adaptée et peut se fondre dans notre quotidien ? »

L’appropriation de l’outil : enjeu central de l’utilisation de la technologie

L’utilisation d’un outil ou d’un réseau pour communiquer doit représenter un intérêt pour les seniors : un outil plus simple ou une formation sont des portes d’entrée pour débuter cette utilisation, mais quel que soit l’âge, l’outil doit avoir un intérêt. Les seniors ne sont pas technophobes, ils sont des individus qui peuvent se passionner pour des technologies de communication qui évoluent continuellement, y trouver un intérêt pratique ou être complètement indifférent.


Réalité virtuelle : un zénith dans son salon ? 

Rémy Doutre

Pendant le confinement, le monde de la culture a été mis entre parenthèses et a dû suspendre ses spectacles, concerts et autres représentations. Dans le même temps, la consommation de réalité virtuelle a été boostée, grâce au temps en plus passé chez soi. Nombreux sont les chanteurs et acteurs à avoir pris le train en marche pour se réinventer, et trouver dans les nouvelles technologies une inspiration pour continuer à exister malgré les salles désertées.

Et si demain la réalité virtuelle nous permettait de vivre en condition réelle un concert… sans bouger de son canapé ? Ce serait en théorie une suite logique : après avoir bénéficié du DVD et du Blue-Ray pour filmer un spectacle et permettre de le regarder chez soi, la réalité virtuelle, qui simule la présence physique d’un utilisateur dans un univers géré par ordinateur, semble être la prochaine étape dans l’évolution des représentations. 

Explorez l’interface de réalité virtuelle et passez la souris sur les chiffres pour découvrir ce qu’ils signifient…

Avec la crise sanitaire, et l’impossibilité pour les spectateurs de se rendre dans les salles de spectacle comme pour les artistes de se produire, cette transition s’amorce plus tôt que prévu, au pied levé, au point que décider de ne pas se servir de ces interfaces relève d’un véritable choix stratégique. « Ma compagnie ne questionne pas les problématiques du numérique et des nouvelles technologies révèle Amandine Mercier, directrice de compagnie. En revanche, certains ont écrit et mis en scène des spectacles entièrement réalisés par et pour Zoom. C’est le cas du spectacle Là tu me vois de Guillermo Pisani avec la compagnie LSDI. »

Ce spectacle n’est cependant pas le premier : « Un précédent spectacle J’ai un nouveau projet examinait la présence des outils numériques en les intégrant dans la dramaturgie et la représentation du spectacle », confirme Amandine. 

Des shows virtuels et sans contact

Les concerts sans contact sont déjà une réalité : pendant le confinement, nombreux sont ceux sont qui ont profité des outils numériques pour donner des concerts « live » dans leur salon : Patrick Fiori, Maître Gims ou encore l’américaine Billie Eilish ont fait profiter leurs fans de leur musique par écran interposé, faute de pouvoir se produire sur scène. 

https://twitter.com/MPokora/status/1336646593030852611

Jean-Michel Jarre pousse pour sa part le curseur un peu plus loin. Le chanteur se produira le 31 décembre dans un show en réalité virtuelle inédit de 50 minutes dans la cathédrale Notre-Dame-de-Paris entièrement numérisée. Pour ce concert 2.0, les spectateurs assisteront depuis leur fauteuil au concert où se produira l’avatar de Jean-Michel Jarre, diffusé gratuitement sur Youtube, Facebook ou encore le site de la ville de Paris.

« Ce ne sera pas les mêmes sensations qu’un concert normal, mais par contre ce sera des sensations différentes et nouvelles, explique Maud Clavier, consultante en réalité virtuelle pour l’entreprise VRrOOm, qui réalise le show. Vous ne serez pas en contact direct avec d’autres personnes, dans une fosse bondée et surchauffée. Vous serez en présence d’un public d’avatars, devant un avatar de chanteur qui performe avec des effets propres à la réalité virtuelle. » Une grande première dans le monde du spectacle et de la réalité virtuelle, qui ouvre la porte à de nombreuses possibilités dans un futur pas si éloigné. 

La réalité virtuelle, une question de sensations

L’expérience de réalité virtuelle, grâce aux casques, est avant tout essentiellement visuelle. Néanmoins, la technologie permet déjà d’avoir une expérience physique et sensorielle en lien avec l’univers virtuel exploré.

Des dispositifs existent bel et bien : dans les salles « LBE » (pour Location Based Entertainement, salles dédiées aux expériences de réalité virtuelle), on peut trouver des combinaisons haptiques, c’est-à-dire des combinaisons qui réagissent à l’environnement virtuel pour nous faire ressentir physiquement des sensations. « Par exemple, avec ces combinaisons ou juste avec des fauteuils connectés, on peut ressentir par moment des vibrations en assistant à un match dans un stade ou à un concert. » De tels dispositifs ont déjà été adoptés par les clubs de Lille pour le foot et de Lyon pour le rugby.

Avec un casque de réalité virtuelle, on peut voir des choses, marcher dans un monde virtuel, mais de là à ressentir physiquement, il faut un matériel un peu plus sophistiqué. Des fauteuils connectés ou des combinaisons haptiques permettent de monter le curseur dans l’expérience sensorielle. 

                                                                                                 Maud Clavier, consultante réalité virtuelle dans la start-up VRrOOm

Vivre un match ou un concert dans son salon n’a désormais plus rien d’un mythe. La technologie est suffisamment avancée pour permettre de nouvelles expériences. La crise sanitaire et les contacts réduits entre les personnes ont été un accélérateur de la transition vers ces nouvelles expériences. Mais attention : il ne s’agit pas vraiment de récréer un environnement tel qu’on le connaissait avant la crise, mais plutôt de proposer de nouvelles expériences et de nouvelles sensations.

Monde du travail et des études à l'épreuve du numérique

VALERY HACHE/AFP

Télétravail : attention au burn-out

Laura Laplaud

Mails intempestifs, perte de motivation, manque de relations avec ses collègues… Le télétravail ne convient décidément pas à tous. Certains redoutent même les conséquences psychologiques qui peuvent en découler.

« Quand on fait une réunion en visio, j’ai l’impression que tout le monde veut en finir le plus vite possible »assure Olivier, 31 ans. Comme 1 Français sur 5, selon le baromètre Happydemics en partenariat avec Le Point,  le trentenaire est en télétravail, et avec le confinement, toutes ses habitudes sont remises en question.

Rendez-vous à la machine à café, discussions de couloirs, afterworks, ces coutumes de travail vont devoir attendre. Le télétravail restera la norme encore pour quelques mois. À la place, mails intempestifs, perte de motivation et surtout perte de relations sociales.

Mais par manque de contact humain, cet isolement forcé pourrait bien conduire certains salariés au burn-out. « J’ai l’impression que tout le monde est à bout et moi le premier, assène Olivier. Je sais qu’il y a des collègues qui sont drogués par le travail, et de toute façon avec le confinement, on n’a pas le choix, on n’a rien d’autre à faire. »

Depuis le 17 mars 2020, les Français connaissent une vie sociale, familiale, amoureuse et professionnelle bouleversée. Si les quelques mois d’été et d’automne ont permis de vivre presque normalement, nous connaissons de nouveau le confinement. Une période à laquelle on commencerait presque à s’habituer.

44 % des salariés sont en situation de détresse psychologique

Si les partisans du télétravail voient certains aspects positifs comme une plus grande autonomie dans la réalisation de ses activités ou moins de fatigue, le télétravail ne convient pas à tous.

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Perte d’énergie, sentiments négatifs, dépression, stress, anxiété, sont les symptômes d’un mal-être en télétravail. « On est face à un télétravail qui n’est pas classique : il a été forcé, appuie Nolwenn Anier, docteure en psychologie sociale. Il est bien plus important que ce qui est recommandé. En général quand on met en place du télétravail, on recommande de commencer par une ou deux journées de télétravail avec une préparation en amont. »

Et selon elle, les conséquences psychologiques sont spécifiques à cette période de deuxième confinement. « Je sens beaucoup plus le poids de l’isolement social qu’au premier confinement. À l’époque, c’était surtout de la panique et l’isolement passait au second plan. »

Selon une étude du cabinet Empreinte Humaine avec OpinionWay, 44 % des salariés sont en situation de détresse psychologique. Un quart d’entre eux déclare que leur motivation professionnelle s’est dégradée. Un chiffre qui peut paraître alarmant et qu’il faut prendre en considération, explique Nolwenn Anier. « Si à côté, la sphère familiale est dégradée, la sphère intime l’est aussi… analyse-t-elle. On n’a plus aucune ressource à laquelle se raccrocher et c’est la porte ouverte à des pathologies qui peuvent se déclarer. »

Pour retrouver un semblant de vie sociale, Olivier a parfois occupé ses soirées à boire des coups avec ses amis via Skype, Zoom, WhatsApp… Mais cela n’a jamais comblé le besoin d’être entouré de ses proches. « Les apéros en visio, j’en ai fait quelques-uns mais c’était presque déprimant, on avait envie de se voir, de se toucher, de s’envoyer des postillons dans la gueule… rigole-t-il. Tu coupes ton ordi à 3 h du matin, t’es bourré tout seul chez toi et tu vas te coucher, c’est une soupape. »

Isolement et anxiété sociale

Valérie travaille au service des ressources humaines d’un ministère. Elle souffre d’anxiété sociale. Être en télétravail tous les jours est pour elle une épreuve. « Autant j’apprécie de ne plus devoir me forcer à avoir des contacts, autant je sais que c’est mauvais pour moi, confie-t-elle. Ne plus voir mes collègues a un impact très négatif. »

À 35 ans, elle a entamé une thérapie peu après le premier déconfinement. Pour Nolwenn Anier, ce n’est pas anodin. « Si nous sommes dans des cultures individualistes, on voit bien qu’on a quand même besoin de ce lien à l’autre qui est en partie apporté par le travail. » Mais ce qui pèse le plus Valérie c’est la façon dont son entreprise gère le télétravail. « C’est soit silence radio pendant deux semaines, soit appels intempestifs toute la journée », détaille-t-elle.

Même constat pour Vincent, informaticien. En télétravail partiel avec le confinement, il est aujourd’hui chez lui du matin au soir. Des conditions qui lui ont permis de déménager, « de quitter la grande ville pour la campagne ». Mais quand il pense à l’éloignement et à l’isolement, son esprit vagabonde et accumule les pensées négatives. « Le facteur humain est vraiment essentiel, il faut le dire, parfois on l’oublie, souligne-t-il. Un coup de fil d’une minute dans une journée, ça peut apporter énormément par rapport à une journée sans aucun échange. »

Si Valérie reconnaît être plus performante en télétravail, elle admet avoir du mal à faire des pauses dans sa journée. Vincent, lui, est moins efficace. Pour la docteure en psychologie sociale, cela s’explique par le manque de relations sociales. « Le lien social est l’un de nos besoins fondamentaux et il faut le voir comme un carburant qui nous donne l’énergie de vaquer à nos occupations. »

Pour ces salariés, rester en télétravail chaque jour n’est pas envisageable. Ils veulent retourner au bureau dès que cela sera possible. Mais Nolwenn Anier tient à faire valoir une chose : « Il y a des avantages indéniables [au télétravail ndlr] mais cela met en avant la nécessité de formaliser, de penser, d’accompagner le passage au télétravail pour prendre en compte ses limites. Il ne faut pas diaboliser le télétravail. »


Cours à distance à l’université, la relation pédagogique à l’épreuve

Louise Aurat, Laura Laplaud et Bérénice Vasak

Le passage des cours à distance à l’université pendant les deux confinements a été pour la majorité des enseignants et étudiants une expérience nouvelle. Confrontés à l’urgence et forcés de s’adapter, le temps a manqué aux enseignants pour penser collectivement une nouvelle pédagogie. À l’épreuve du sans contact et des outils numériques, le lien avec les apprenants a parfois été rompu, impactant durablement l’apprentissage. Une situation à laquelle tout le monde universitaire va devoir réfléchir pour l’avenir.

Recueil des témoignages et enrichissements Laura Laplaud, Bérénice Vasak et Louise Aurat

Le passage du lycée à l’enseignement supérieur est une étape charnière de la scolarité. Plus de 42 % des bacheliers inscrits en L1 l’année de leur baccalauréat obtiennent leur diplôme de licence en trois ou quatre ans, selon une note de 2020 du ministère de l’Enseignement supérieur.

Ce taux relativement faible s’explique en partie par le nombre élevé d’étudiants qui abandonnent leur formation au début du parcours. Une plus grande autonomie est attendue chez l’étudiant. Les repères ne sont plus les mêmes. Le nouvel apprenant évolue dans un parcours d’étude.

Dans une classe où les effectifs sont plus élevés et dont les visages changent selon les spécialités choisies, difficile pour les enseignants dans cet environnement, de connaître aussi bien leurs étudiants que les professeurs dans le secondaire. Et pourtant, contrairement à l’idée reçue, la relation pédagogique à l’université n’est pas inexistante.

« Toute situation éducative implique un lien éducatif, décrit le sociologue Saeed Pavandi, spécialiste de l’enseignement et de l’apprentissage à l’université. Quand vous êtes à l’école ce lien est plus influencé par l’émotion, l’affectif. Quand vous êtes jeune ou adulte cette relation est plus maîtrisée et raisonnée mais le lien éducatif est toujours là. Et son sens détermine le devenir de l’apprentissage. » Contrairement à l’enseignement secondaire, il n’y a plus dans l’enseignement supérieur d’obligation pédagogique. La relation dépend très fortement de la volonté de l’enseignant.

Avec la pandémie de coronavirus, les conditions d’apprentissage en milieu universitaire ont été bouleversées. Le lien entre étudiants et enseignants a lui aussi été impacté avec le transfert des cours sur diverses plateformes numériques. Au cours des deux confinements, en mars dernier puis fin octobre, la plupart des enseignements habituellement dispensés en présentiel, ont pris la forme de cours à distance. Une situation à laquelle ni les apprenants, ni les enseignants n’avaient été préparés et qui n’est pas sans conséquence.

Une expérience singulière, des ressentis multiples

Cette période particulière est vécue différemment selon les individualités mais aussi selon les lieux et les niveaux d’études. Au sein d’un même établissement, il n’y a pas eu de méthode définie collectivement par le corps pédagogique concernant le déroulement des cours à distance. Parfois, il y a eu un choix de plateforme (Teams ou Zoom) mais les enseignants ont gardé une liberté pédagogique.

Néanmoins, la visioconférence a été expérimentée par une grande majorité. « Je préfère avoir un professeur devant moi pour poser des questions facilement, être spontanée. Là, on peut poser des questions, mais le temps de brancher notre micro, le professeur est passé à autre chose. Je suis un peu démotivée, on s’endort devant l’ordinateur, à la maison il y a 36 000 choses qui attirent notre attention », raconte Manon*, en master 1 de communication à l’école Sud de Pub de Lyon.

Son témoignage est représentatif à bien des égards. D’une part la réception des connaissances est perturbée et impacte l’apprentissage, d’autre part l’enseignant est moins accessible. Chez les enseignants, l’absence de visuel, lorsque les caméras ne sont pas branchées, les empêche de s’assurer de la bonne compréhension des informations dispensées.

D’autres alternatives à ce modèle ont été mises en place comme les podcasts audio, le cours enregistré préalablement sous format vidéo ou bien des PDF simplement déposés en ligne sur la plate-forme universitaire.

« Le cours magistral ne suffit plus, il faut repenser sa manière d’enseigner », constate Sophie*, une enseignante contractuelle en droit public dans une université lyonnaise. En fonction des disciplines, la distance devient un obstacle difficilement contournable.

Pour Amélie Rouher, chargée de cours au département métiers de la culture et arts de la scène à l’université de Clermont-Ferrand, c’est un « énorme problème ». « Il n’y a plus de spectacles donc je n’ai plus de supports d’analyse. Je les ai remplacés par des captations, regrette-t-elle. Je suis contre la démarche magistrale dans l’analyse du théâtre. Les travaux dirigés (TD) doivent être participatifs et vivants. La parole doit circuler. »

La disparition d’un temps d’échange spontané avec le professeur manque à certains étudiants, quand d’autres plus réservés n’en ressentent pas davantage le besoin.

Des méthodes plus adaptées

En marge de l’improvisation, des nouveaux modèles d’enseignement à distance ont vu le jour et d’autres méthodes ont été confortées. C’est le cas de la « classe inversée », une pédagogie plus courante dans les pays anglo-saxons.

Didier Vanpetghem, enseignant en économie à Lille, la pratique depuis une dizaine d’années : « J’envoie à mes étudiants le cours en amont et le temps passé en face à face et un temps de discussion. Je suis là pour répondre aux incompréhensions et animer les échanges. Le travail se fait avant. » Même s’il reconnaît que l’échange est plus facile en présentiel, cette façon d’enseigner lui a permis de s’adapter assez facilement.

Autre exemple, les contraintes sanitaires ont permis à la Neoma Business School, présente à Reims, Rouen et Paris, de développer un campus 100 % virtuel. Ce projet entend combiner présentiel et distanciel.


Un des objectifs est de faciliter l’interaction et de mettre en place un accompagnement personnalisé pour chaque étudiant, en recréant de la proximité et de la spontanéité. Lisa est inscrite dans cette école et a pu bénéficier de cet outil : « Au début nous étions un peu dubitatifs, et au final nous sommes très contents. Avec notre avatar nous nous déplaçons dans les amphithéâtres, on peut discuter. On recrée un peu ce que nous avions en classe. »

Lou Aurat

Un nouveau lien possible, sous conditions 

Les cours à distance ont rappelé l’importance de la relation pédagogique dans l’apprentissage. La maintenir dans ce contexte est un nouveau défi.

Pour Jeanne Schaaf, enseignante et formatrice à Paris, les plateformes peuvent jouer un rôle positif dans la relation pédagogique. Mais pour que le dispositif soit efficace, il faut remplir des conditions, parmi elles, ne pas être trop nombreux : « pour moi c’est une question d’échelle, à petite échelle ça peut encore fonctionner ».

Pour Jean Marboeuf, étudiant, la relation pédagogique a évolué de manière parfois oppressante avec les outils numériques et pose la question de la surveillance : « Les profs peuvent voir comment tu évolues dans le projet et donc ils t’interpellent. L’école devient toute la vie, tu ne peux pas t’en échapper ».

D’autres étudiants, comme Margaux Barou, considèrent que cette nouvelle relation peut fonctionner seulement si elle implique un suivi personnel de l’étudiant. C’est ce qui lui a manqué cette année, d’autant que les stages jouent un rôle très importants dans son cursus professionnalisant : « La meilleure des solutions serait, chaque début de semaine, de voir si des personnes ont des questions à poser, et de fixer des rendez-vous personnalisés » précise Margaux.

Et ce besoin des étudiants, ils sont nombreux du côté des professeurs à l’avoir perçu : « Il y a beaucoup d’étudiants qui me demandent un rendez-vous pour parler de tel ou tel sujet. La demande d’interaction est réelle » constate Vincent Lelièvre, enseignant et responsable en master international à Strasbourg.

Alors, pour répondre à la demande il dégage des créneaux horaires pour les étudiants. Mais bien souvent, ce sont des heures supplémentaires non payées. Et parfois, malgré les efforts des uns et des autres, certains abandonnent, notamment parce que la relation pédagogique s’est trop effacée à l’épreuve de la distanciation sociale. « Je pense qu’avec ce modèle on perd énormément de gens, nous on a eu beaucoup d’abandons depuis le passage en distanciel. Au moins cinq ou six entre le moment où on est passé en demi-groupe et après en distanciel » ajoute Jeanne Schaaf.

Et ce spectre du décrochage scolaire est variable selon les niveaux d’étude, la première année étant l’une des plus à risque dans le supérieur. « Je dirais que maintenir une relation à distance uniquement la première année c’est très compliqué, à part une motivation très forte des apprenants. Ce sont les étudiants qui ont le plus besoin d’accompagnement » concède Divina Frau-Megs, spécialiste mondiale du e-learning.  

La relation pédagogique du futur

Pour Saeed Pavandi, l’une des pistes de réflexion pour repenser la relation pédagogique dans les prochaines années est la formule hybride. Il s’agirait d’une « hybridité entre une partie en présentiel et une autre à distance, à la fois pour avoir des apprenants plus autonomes mais également pour avoir une pédagogie qui réfléchit comment un enseignement peut être dispensé à distance ».

Dans tous les cas, si la relation pédagogique du futur tend à s’appuyer de plus en plus sur les outils numériques, cette dernière doit alors s’accompagner d’une formation des enseignants.

C’est l’argument que développe Divina Frau-Megs : « La formation en ligne de qualité est très chronophage, surtout au départ. Alors il faut être formé et pas juste au b.a.ba : des quizs, de la gamification, des petits challenges. Pour que ça fonctionne il faudrait des ingénieurs pédagogiques qui accompagnent les enseignants dans ces nouveaux défis ».

La perspective d’un modèle de tutorat entre élèves est aussi évoquée par Saeed Pavandi pour éviter les décrochages, permettant aux élèves de se soutenir au-delà de la relation classique enseignant-étudiant.

À la Sorbonne Nouvelle, l’université a expérimenté le dispositif durant le deuxième confinement, en finançant des emplois étudiants avec des tutorats. Des L3 prennent à leur charge un L1 en lui assurant une continuité pédagogique forme de parrain marraine du supérieur : « Ça peut être une ressource quand l’élève panique, ne comprend pas la méthodologie ou a envie d’abandonner et ça représente des emplois étudiants au moment où certains ont perdu leur emploi » précise Jeanne Schaff. 

Si des pistes de réflexion sont amorcées pour repenser la relation pédagogique avec le développement des outils numériques, enseignants et étudiants restent pourtant très nombreux à souhaiter un retour au présentiel le plus vite possible.

Bérénice Vasak


Le journalisme à l’heure de la Covid

Bérénice Vasak

De l’open space à WhatsApp, de la table ronde à la conférence Zoom… Brusquement dans les rédactions françaises, l’organisation bascule avec la crise sanitaire. Comme ailleurs, le coronavirus a été, depuis le premier confinement, un accélérateur de la transformation numérique. Mais dans une profession où le terrain est primordial, les relations sociales ont tout particulièrement évolué à l’épreuve du sans contact.

Sonder son interlocuteur, noter son ressenti, interroger les mimiques, la voix, le regard… Lorsqu’on apprend le journalisme, cela est signifié bien rapidement : pour faire un bon reportage, il faut utiliser ses cinq sens.

Seulement voilà, en 2020, la crise sanitaire est passée par là, limitant les possibilités de faire du reportage. Difficile d’être sur le terrain, au plus proche des gens, quand les restrictions sanitaires imposent de garder ses distances. La profession a dû se réinventer pour composer avec la pandémie.

Pour Kati Bremme, directrice de l’Innovation et de la Prospective à France Télévision, c’est une chance car « la créativité naît de la contrainte et a fait émerger de nouveaux formats, plus légers, plus spontanés, et surtout plus interactifs ».

Création de chaînes Twitch, journal télévisé positif ou présence renforcée sur Instagram… Dans les rédactions, les initiatives fleurissent. Objectif : s’adapter à la distanciation sociale et maintenir le lien avec les lecteurs. Même constat pour Coraline Lafon, rédactrice en cheffe à Pokaa, qui voit en cette crise sanitaire l’occasion d’innover, et de réinventer les relations sociales :

Pour autant, plusieurs journalistes le concèdent : il y a, avec la crise, une forme de perte de lien social, et une volonté de retour au présentiel. C’est le cas de Stèvelan Chaizy-Gostovitch, journaliste à RCF, qui a vu l’exercice de son métier évoluer. D’une part en interne, dans les relations au sein de la rédaction. D’autre part, dans le rapport aux sources et aux auditeurs.

Le contexte actuel interroge de plusieurs manières la profession : comment maintenir le lien à une époque où la distance est de rigueur ? Comment être sur le terrain sans être ou mettre en danger ? Comment communiquer virtuellement sans altérer le rapport à l’autre ?

Parmi les éléments de réponse, un forum de reportage sur la crise sanitaire mondiale a notamment été créé.

Relations sociales : le prisme du numérique nous entraîne-t-il déjà vers une autre façon de faire société ?

ED JONES/AFP

La Corée du Sud, histoire d’une puissance technologique

Louise Aurat

La pandémie a confirmé et renforcé dans bien des pays le recours aux nouvelles technologies. Celle que l’on surnomme « pays du Matin calme », a un temps d’avance. La République de Corée a connu à partir des années soixante, un développement économique fulgurant dont le succès repose en partie sur l’investissement et la promotion des sciences de l’information et de la communication. Faut-il voir là-bas ce qui nous attend ici dans quelques années ? En quelques dates, découvrez comment la Corée du Sud est devenue un leader mondial dans ce secteur et quelques-uns des défis que pose la numérisation de la société.


Les nouvelles technologies, sentinelles de la distanciation

Alice Margaillan

Loin de tenter de combler les carences du manque de contact humain, les nouvelles technologies peuvent, au contraire, être utilisées pour faire respecter les mesures liées à l’épidémie : confinements, quarantaines, distances physiques…

Et si le virtuel devenait la norme des relations sociales ?

Le monde d’après vu par le monde d’avant

Lillie de Pavant

Ravage est sans doute l’œuvre majeure de René Barjavel. Récit d’anticipation, il dépeint un monde où la technologie s’est imposée dans la vie quotidienne des habitants de la « Ville Radieuse » (l’équivalent de Paris). Un « monde d’après » post-apocalyptique, qui préfigurait dès 1943 les ravages de notre temps. Entretien posthume* avec l’auteur.

René Barjavel est né en 1911 et mort en 1985. Son oeuvre littéraire a été à l’origine des récits dystopiques du XX° siècle. Ravage est paru en 1943, en pleine occupation allemande.

Dans son ouvrage, il est question d’une société futuriste, située en 2052, mue et organisée par la technologie, la vitesse, et le Progrès avec un grand « P ». Le protagoniste, François Deschamps, a grandi en Provence, où vivent encore les derniers résistants de cette société moderne. Le lecteur suit donc son retour à Paris, la « Ville Radieuse » où les machines, gadgets et autres technologies rythment la vie quotidienne des hommes et des femmes. Les hommes sont allés jusqu’à inventer des usines à viande, où le bœuf, le poulet, le veau sont « cultivés » dans des bacs électriques. Tout est automatisé, les voitures volent au-dessus de la ville et les coups de téléphone se font par hologramme. Jusque-là, le récit se fait utopique, rêveur.

Mais un soir, d’une manière soudaine et mystérieuse, l’électricité meurt. Plus aucune de ces précieuses machines ne fonctionne. La ville entière sombre dans le chaos. François Deschamps tente alors un périple retour vers sa Provence, où il voudra recréer une société loin de ce Progrès destructeur.

Parmi les nombreux récits d’anticipation du XX° siècle, ceux de René Barjavel sont parmi les plus éclairants. Une société vouée à la technologie, remplaçant tout contact humain par des contacts électriques. Barjavel, comme d’autres avec lui, avaient prédit un monde sans contact, où l’environnement de plastique prendrait le pas sur le vivant, l’organique, le naturel.

Le récit d’un choc entre culture, prise dans la notion de progrès, et nature, d’autant plus actuel aujourd’hui.

*Cet entretien est évidemment fictif. Néanmoins, nous avons cherché à coller au plus proche de la pensée de l’auteur, en nous appuyant sur les textes de Ravage ainsi que sur d’autres analyses littéraires.


Fiction audio : les chroniques de Ciléo

Paul Samman

À l’aube de l’année 2028, Ciléo se pose des questions. Il a tout juste la vingtaine mais a connu un monde en grand bouleversement. Il vit dans un monde dans lequel on n’a plus le droit de se toucher et fait partie de cette génération qui a vécu la transition du « monde avec contact » au « monde sans contact ». Cela suscite en lui beaucoup d’interrogations pour le futur, d’espoirs mais aussi de lassitude. Pour pouvoir se souvenir de cette période et aller vers des jours plus heureux, il décide d’enregistrer des notes vocales pour son « lui du futur », en 2050. Ces cinq épisodes, symbolisent cinq moments clefs de son année 2028, qu’ils soient joyeux, moroses ou de simples gestes du quotidien, ils ouvrent une fenêtre sur ce à quoi pourrait ressembler le monde de demain.


La France, 2050

Ophélie Francq

Cette série de chapitres imagine la France des années 2050. Une France toujours sous l’emprise de l’épidémie du Covid-19 qui a fait le choix de suivre le parti de la science pour survivre. Désormais, se nourrir n’est plus appréhendé de la même manière, redéfinissant alors les dynamiques sociales.

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