Vers un zénith dans son salon ?

Rémy Doutre

Vers un zénith dans son salon ?

Vers un zénith dans son salon ?

Rémy Doutre
16 mars 2021

Pendant le confinement, le monde de la culture a été mis entre parenthèses. En parallèle, la consommation de réalité virtuelle a été boostée, grâce au temps en plus passé chez soi. Nombreux sont les chanteurs et acteurs à avoir pris le train en marche pour se réinventer, et trouver dans les nouvelles technologies une inspiration pour continuer à exister malgré les salles désertées.

Une foule en délire, un chanteur déchaîné sur scène et des millions de spectateurs du monde entier, tous connectés, vivant le même show au même moment… Et si demain la réalité virtuelle nous permettait de vivre en condition réelle un concert sans bouger de son canapé ? Ce serait en théorie une suite logique : après avoir bénéficié du DVD et du Blue-Ray pour filmer un spectacle et permettre de le regarder chez soi, la réalité virtuelle, qui simule la présence physique d’un utilisateur dans un univers géré par ordinateur, semble être la prochaine étape dans l’évolution des représentations culturelles. « À titre personnel, je reçois déjà des offres depuis quelques mois pour acheter des places à des spectacles accessibles en streaming » constate Florian, technicien dans l’audiovisuel et l’informatique. Simple effet de mode ou vraie tendance?

Dans le monde de la culture, cette transition en faveur de la réalité virtuelle s’amorce plus tôt que prévu en raison de la crise sanitaire, presqu’au pied levé, au point que décider de se servir de ces interfaces relève d’un véritable choix stratégique. « C’est le cas du spectacle “Là tu me vois de Guillermo Pisani avec la compagnie LSDI, révèle Amandine Mercier, directrice de compagnie. Il a été écrit et mis en scène entièrement pour Zoom. »

Ce spectacle n’est pas le premier du genre : « Un précédent spectacle J’ai un nouveau projet” examinait la présence des outils numériques en les intégrant dans la dramaturgie et la représentation du spectacle », confirme Amandine. Cependant, même si le monde du spectacle pousse le curseur un peu plus loin pour proposer des expériences immersives au moyen de la réalité virtuelle, « je ne pense pas que le grand public va investir autant dans la VR juste pour assister à des spectacles, explique Martin, ingénieur informatique exilé aux Pays-Bas. En partant du principe qu’on en regarde 4-5 dans l’année, ça ne serait pas rentable, et puis porter un casque VR reste lourd à porter, ce n’est pas adapté à tous les yeux, en plus d’isoler les foyers familiaux. »

Passez la souris sur l’interface de réalité virtuelle pour découvrir ce que représentent les chiffres dans les cercles.

Des shows virtuels et sans contact

L'avatar de Jean-Michel Jarre lors du concert dans Notre-Dame de Paris en réalité virtuelle, le 31 décembre 2020.

Les concerts sans contact sont déjà une réalité : à défaut de pouvoir hurler et sauter parmi des milliers d’autres spectateurs, les fans de Billie Eilish, pour ne citer qu’elle, auront pu le faire dans leur salon, un casque de réalité virtuelle sur les yeux, en septembre 2019. Pendant ce concert à distance, les réseaux sociaux ont vibré au même rythme que la musique. Une internaute tweete ainsi : « C’était tellement bon, quand elle a chanté « When the party is over » et demandé au public de se tenir la main. Même si nous étions en réalité virtuelle, beaucoup d’avatars on tenu la main de leur voisin. Je me suis sentie si connectée avec le public. »

En France, Jean-Michel Jarre a poussé la barre un peu plus haut. Le chanteur s’est produit le 31 décembre dernier dans un show en réalité virtuelle inédit de 50 minutes dans la cathédrale Notre-Dame-de-Paris entièrement numérisée. Pour ce concert 2.0, les spectateurs ont assisté depuis leur fauteuil au show où s’est produit l’avatar de Jean-Michel Jarre, diffusé gratuitement sur Youtube, Facebook ou encore le site de la ville de Paris. La réalité virtuelle n’est en effet pas seulement une affaire de casque et d’immersion : puisqu’on peut entièrement créer un monde, pourquoi ne pas en recréer un ? Nombreux sont les artistes à avoir emboîté le pas au chanteur français. Nightwish, Renaud Capuçon ou encore Suzane se produiront en mars. Sans oublier les Dropkick Murphys, célèbre groupe de rock celtique, qui se produira le 17 mars pour célébrer pour la première fois la Saint-Patrick en réalité virtuelle…

« Ce ne sont pas les mêmes sensations qu’un concert normal, mais par contre ce sont des sensations différentes et nouvelles, explique Maud Clavier, consultante en réalité virtuelle pour l’entreprise VRrOOm, qui réalise le show. Vous n’êtes pas en contact direct avec d’autres personnes, dans une fosse bondée et surchauffée. Vous êtes en présence d’un public d’avatars, devant un avatar de chanteur qui performe avec des effets propres à la réalité virtuelle. » Une grande première dans le monde du spectacle et de la réalité virtuelle, qui ouvre la porte à de nombreuses possibilités dans un futur pas si éloigné. Surtout, ce futur devrait parler à de plus en plus de monde : « Je ne pense pas que la réalité virtuelle restera un truc de geek, acquiesce Martin. Les équipements sont de plus en plus abordables, si on considère 350€, le prix d’un casque Oculus Quest 2,  comme un prix abordable. C’est clairement en bon chemin pour changer! Je pense que les confinements peuvent aussi ouvrir un peu plus les gens à essayer par eux-mêmes. »

La réalité virtuelle, une question de sensations

Les combinaison haptiques permettent des sensations physiques grâces à de petites décharges électriques. Photo Teslasuit.

L’expérience de réalité virtuelle, grâce aux casques, est avant tout essentiellement visuelle. Les gamers le savent bien : un simple appareil comme le dernier casque « Oculus Quest 2 » change la donne. « C’est clairement une expérience radicalement différente du jeu vidéo classique sur écran, raconte Martin. Il y a du mouvement, des choses qui se passent autour, il faut jouer avec son champ de vision… » Les progrès de l’industrie permettent déjà d’avoir une expérience physique et sensorielle en lien avec l’univers virtuel exploré.

Pour ce qui est de ressentir physiquement son environnement virtuel, des dispositifs existent bel et bien : dans les salles « LBE » (pour Location Based Entertainement, salles dédiées aux expériences de réalité virtuelle), on peut trouver des combinaisons haptiques, c’est-à-dire des combinaisons qui réagissent à l’environnement virtuel pour nous faire ressentir physiquement des sensations. « Par exemple, avec ces combinaisons ou juste avec des fauteuils connectés, on peut ressentir par moment des vibrations en assistant à un match dans un stade ou à un concert. » explique Maud Clavier, consultante réalité virtuelle pour la start-up VRrOOm. De tels dispositifs ont déjà été adoptés par les clubs de Lille pour le foot et de Lyon pour le rugby.

Avec un casque de réalité virtuelle, on peut voir des choses, marcher dans un monde virtuel, mais de là à ressentir physiquement, il faut un matériel un peu plus sophistiqué. Des fauteuils connectés ou des combinaisons haptiques permettent de monter le curseur dans l’expérience sensorielle. 

Maud Clavier, consultante réalité virtuelle dans la start-up VRrOOm

Petit bémol néanmoins : la technologie actuelle n’est pas conseillée à tout le monde. « Certaines personnes, dont je fais partie, sont sensibles au motion sickness, c’est à dire à des nausées et des maux de têtes dues à la réalité virtuelle » développe Nicolas, journaliste à jeuxvidéos.com. Ainsi, l’expérience de nouvelles sensations, si prometteuse sur le papier, peut vite virer au cauchemar.

Vivre un match ou un concert dans son salon n’a désormais plus rien d’un fantasme. La technologie est suffisamment avancée pour permettre de nouvelles expériences. La crise sanitaire et les contacts réduits entre les personnes ont été un accélérateur de la transition vers ces nouvelles expériences. Mais attention : il ne s’agit pas vraiment de récréer un environnement tel qu’on le connaissait avant la crise, mais plutôt de proposer de nouvelles expériences et de nouvelles sensations.

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