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Marseille : unies contre les violences sexistes

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Sur la Canebière, les manifestantes marquent une pause pour montrer leurs banderoles (Crédits/Corentin Mirallés)

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Hier, pour la journée internationale contre les violences sexistes et sexuelles, diverses manifestations avaient lieu un peu partout dans le monde.
Les féministes marseillaises avaient décidé de se donner rendez-vous à 18h sur le Vieux-Port. L’objectif ? Faire entendre leur voix et porter haut et fort leurs revendications lors d’une marche festive et combative.

La marche marseillaise contre les violences sexistes et sexuelles a débuté en chanson. C’est sûr les notes de Canción sin medio, un hymne mexicain contre les violences faites aux femmes, qu’un important cortège de plusieurs centaines de manifestantes a débuté sa marche.
Marie-Christine compte sur cette manif pour « donner de la visibilité » aux revendications féministes. Émue de pouvoir sortir à nouveau le temps de ce rassemblement, elle est venue accompagnée de son fils : « Je le sensibilise aussi. Je me dis que ça se travaille dès le plus jeune âge l’égalité des genres.», explique cette maman.

Des stéréotypes sur les violences conjugales

Emma se désole des clichés qui ont la vie dure sur les violences conjugales. Assistante sociale, elle sensibilise les Français à la réalité de la situation : « Ça peut arriver à tout le monde […] on a un peu le cliché de se dire que c’est qu’une seule catégorie de la population qui est touchée alors que ça peut être tout le monde. »
La travailleuse sociale tient à rappeler que les problématiques de violences domestiques touchent aussi les enfants : « Ce n’est pas parce qu’ils ne sont pas récepteurs de coups qu’être témoin de ça ce n’est pas tout aussi traumatisant. »

Gérald Darmanin, un symbole qui dérange

Pour Emma, le problème se situe aussi du côté du gouvernement. Elle ne comprend pas que des fonds soient aussi rapidement trouvés lorsqu’il s’agit d’autres problèmes mais pour lutter contre les violences sexistes aussi peu de moyens soient mis en oeuvre : « C’est très facile de sortir de grandes et belles paroles tant que y’a pas de fonds qui sont dédiés à ça, c’est de toute façon absolument inefficace.», déplore la militante.
De plus, la présence au gouvernement de Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, accusé de viol, est pour Emma totalement inacceptable : « Ça envoie un message à toutes les femmes qui sont victimes de viols qui est tant que vous n’arrivez pas à prouver à 100% que vous avez été agressées on ne vous croit pas et allez vous faire foutre. »

Être crues, être entendues, être soutenues, des centaines de Marseillaises auront chanté leurs revendications pendant plus de deux heures dans toute la citée phocéenne. Et elles continueront de le faire « mais toujours le poing levé ».

Mais il n’y a pas qu’à Marseille que les féministes ont donné de la voix. Dans le monde entier des manifestations ont été organisées car cette année cette lutte prend un aspect particulièrement urgent. La crise sanitaire et économique provoquée par le coronavirus, est également sociale et partout les violences sexistes et sexuelles ont explosé. Selon l’Onu, les plaintes pour violences domestiques ont augmenté de 30% à Chypre, à Singapour comme en France depuis le début de la crise.

Les confinements amplifient les violences envers les femmes

Les confinements décrétés dans un très grand nombre de pays à travers le monde ont eu pour effet d’exacerber les violences envers les femmes. En avril dernier, une trentaine d’associations marocaines demandaient une « réponse urgente » au gouvernement du pays car le confinement avait fait de la maison « le lieu le plus dangereux pour les femmes. »
Les féminicides aussi ont augmenté. Au Brésil, ils se sont accrus d’1,9% au premier semestre 2020 par rapport au premier semestre 2019. Au Pérou ce sont les disparitions de femmes qui ont explosé et en Irak, le Réseau des femmes irakiennes réclame depuis dix ans une loi pour lutter contre les violences conjugales.
Dans son rapport, l’Onu indique que seul un pays sur huit a adopté de nouvelles mesures depuis le début de la pandémie pour lutter contre les violences faites aux femmes.
Plus tôt en juillet, l’Onu s’était alarmée de l’impact des restrictions sanitaires sur les femmes : « Cela pourrait entrainer 31 millions de cas supplémentaires  de violences sexistes dans le monde, 7 millions de grossesses non désirées et mettre en péril la lutte contre les mutilations génitales féminines et les mariages forcés. »

En France, les dispositifs existants jugés inefficaces par les associations

En France, Emmanuel Macron, a déclaré dans une vidéo diffusée le 25 novembre : « À toutes celles qui ont encore peur de quitter leur foyer, je veux qu’elles sachent qu’elles ne se retrouveront pas seules. » Le président de la République a également rappelé les dispositifs déjà existants comme l’appel d’urgence au 39 19, le SMS d’urgence au 114 ou la plate-forme dédiée.
Des dispositifs jugés insuffisant par les associations féministes qui, dans un communiqué commun, ont détaillé leurs revendications. Elles réclament, entre autres, un milliard d’euros consacrés à lutte contre les violences faites aux femmes et la ratification par la France de la Convention contre la violence et le harcèlement dans le monde du travail publiée en juin 2019 par l’Organisation internationale du travail.
Hier soir, elles étaient plusieurs centaines à s’être réunies à Marseille pour porter ces revendications et exiger du gouvernement un plus fort engagement.

Auteur·trice

Publié chez Midi Libre, La Provence, Arte, Le d'Oc et Médiapart.
Je suis multi-formats avec une préférence pour la presse écrite et web.
Intéressé par de nombreux sujets (l'international, la politique, l'environnement, le social) j'apprécie particulièrement l'enquête et les longs formats.
La radio, les sonores et le MoJo font aussi partie des formats que j'affectionne.

Ma recette du bonheur ? Un brin de soleil et un point d’eau.


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