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« On se sent trahi », l’appel des gérants de salles de cinéma

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Les cinémas s'attendaient à rouvrir le 15 décembre. Leur déception est immense. /Pascal Guyot. AFP.

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On le sait depuis les annonces de Jean Castex, les cinémas resteront fermés. La décision met toute la chaîne du film dans l’attente car aujourd’hui, personne ne connaît la date de la réouverture des salles. La décision sera prise le 7 janvier.

« En quoi rester masqués et espacés dans une salle de cinéma est plus dangereux que les centres commerciaux et les transports bondés ? ». Ce cri vient du cœur de tous les acteurs de l’industrie du cinéma. Après les annonces de Jean Castex ce jeudi 10 décembre, les artistes, les distributeurs, les gérants de salles et même les journalistes spécialisés ont fait part de leur incompréhension totale : les salles de cinéma n’ont finalement pas rouvert leurs portes le 15 décembre. Pour tous ceux-là, c’est un immense coup de massue, d’autant plus que de nouvelles sorties étaient prévues dès le lendemain, le 16 décembre.

De fait, aucun secteur de l’industrie n’a été prévenu. Ni les producteurs, ni les distributeurs, ni les gérants de salles, ni les publicitaires. Forcément, le maintien de la fermeture des salles a fait l’effet d’une douche froide. Didier Tarizzo, le président du syndicat de l’Union des Cinémas du Sud de la France et gérant du cinéma Les 3 Palmes, à Marseille, s’est senti trahi : « Il y avait des rumeurs depuis ce week-end qui nous laissaient croire qu’on risquait d’être fermés mais le jour des annonces, la tendance était de nous dire qu’on ne fermerait pas et qu’on aurait juste un couvre-feu à 20 h, même deux heures avant l’annonce. »

« Vous imaginez bien qu’on ne peut ni ouvrir ni fermer une entreprise en moins de deux heures sans qu’il y ait des conséquences »

Il ne comprend pas que de telles décisions puissent être prises au dernier moment, surtout quand elle concerne des dizaines de milliers de travailleurs. « Tout était calé pour rouvrir. Tout le monde s’était organisé depuis des semaines, du plus petit cinéma aux grands groupes de distribution de 1 500 personnes. Vous imaginez bien qu’on ne peut ni ouvrir ni fermer une entreprise en moins de deux heures sans qu’il y ait des conséquences. »

Un ras-le-bol général

Tous les acteurs du secteur sont solidaires et expriment leur lassitude face aux décisions gouvernementales. Une lettre ouverte de la Société des Réalisateurs de Films (SRF) à l’attention du gouvernement a été écrite. Nommée « Le Mépris », en référence au film de Jean-Luc Godard mais surtout à leur interprétation du regard que porte l’Élysée à l’égard de la culture, la lettre est vindicative : « Êtes-vous seulement au courant, nous venons parfois à en douter, que nous devons réinvestir à chaque report dans des frais considérables de communication ? Que le travail de nos attachés de presse, de nos distributeurs, des exploitants, doit être à chaque fois repris à zéro, voire moins que zéro puisqu’il faut recréer l’envie, le désir d’aller voir nos films ? »

Sur les réseaux sociaux, nombreuses sont les reprises des mots de la SRF. Ceux-ci ne concernent pas seulement les salles de cinéma mais tous les établissements culturels forcés à fermer leurs portes : « Êtes-vous seulement au courant que le travail de programmation, d’exposition des œuvres de cinéma et des spectacles prend des semaines, des mois, que c’est un travail au long cours qui ne peut pas s’arrêter et repartir comme si le temps s’était figé ? »

Une industrie fragilisée

Si des films continuent d’être produits chaque année, c’est uniquement parce que ceux produits avant ont pu être rentables. En laissant les salles fermées pendant près de cinq mois sur l’année 2020, de nombreux projets sont en péril, mais pas seulement. Dans les salles de cinéma, les aides de l’État ne sont pas à la hauteur de l’argent perdu, notamment pour les indépendants qui ont des charges fixes même en restant fermés. Seules les entreprises avec une trésorerie suffisante pourront subsister, bien que cet argent ne serve pas à cela. « Même si on survit, on ne pourra pas réinvestir cet argent pour changer nos fauteuils, notre équipement ou pour payer les congés payés de nos employés l’année prochaine », avoue Didier Tarizzo.

La fermeture leur est d’autant plus incompréhensible qu’un strict protocole sanitaire était observé lorsque les salles étaient ouvertes. Selon les propriétaires de salles, les spectateurs ont peu de chances de se contaminer puisqu’ils sont loin les uns des autres, ne parlent pas et ne se touchent pas. En attendant, un nouveau point sur la situation des établissements culturels est prévu pour le 7 janvier.


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