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A Marseille, Fabien Roussel chasse sur les terres de Jean-Luc Mélenchon

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Pour son premier meeting, Fabien Roussel a choisi Marseille, là où Jean-Luc Mélenchon a été élu député en 2017. - Crédit: Célestin Bougère

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Alliés en 2012 et 2017 derrière la candidature de Jean Luc Mélenchon, le Parti Communiste (PCF) et la France Insoumise (LFI) sont désormais concurrents et affichent des divergences de plus en plus flagrantes. A Marseille, la campagne bat son plein autour des enjeux locaux et du bilan de Jean Luc Mélenchon en tant que député des Bouches-du-Rhône.

Ils se sont tant aimés… Mais c’est du passé. Entre Communistes et Insoumis, le divorce est définitivement consommé. « Le rapprochement n’est plus possible », affirmait le conseiller communiste à la mairie de Paris Ian Brossat dès novembre. « Fabien Roussel va sur des terres où nous sommes étonnés de voir le PCF. », rétorque le député Insoumis Eric Coquerel. Après deux campagnes communes, le rassemblement de l’extrême-gauche semble bel et bien enterré.

A la conquête de la cité phocéenne

Dans cette course à l’Elysée de 2022, c’est Fabien Roussel qui a le rôle du chasseur. Pour sa première campagne présidentielle, la première aussi du PCF depuis 15 ans, et alors que les communistes n’ont plus leur influence d’antan, le député du Nord se doit de la jouer offensive. Et quel meilleur terrain pour chasser que celui de son ancien allié ? Pour son premier meeting, Fabien Roussel choisit Marseille, là où, 5 ans plus tôt, Jean Luc Mélenchon était triomphalement élu député de la 4ème circonscription des Bouches du Rhône (sur la zone du centre de Marseille). A l’élection présidentielle de 2017, le candidat insoumis était même arrivé en tête dans la ville avec 25% des voix, devant Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Même si côté communiste on nie avoir voulu faire passer un message, difficile de croire à une simple coïncidence.

Comme un symbole de cette conquête du Sud par les communistes, c’est une ex proche collaboratrice de Jean-Luc Mélenchon, Sophie Camard qui vient adouber le candidat Roussel lors de son meeting. « Je remercie Fabien Roussel pour sa manière simple et républicaine de parler des aspirations du monde du travail et des classes populaires », s’exclame-t-elle à la tribune. La maire des 1er et 7ème arrondissements marseillais représente à elle seule ce que Jean-Luc Mélenchon a raté à Marseille. Partisane du rassemblement de la gauche sous l’étiquette du Printemps Marseillais lors des dernières municipales, elle s’est petit à petit éloignée de Jean Luc Mélenchon alors que celui-ci refusait de soutenir le mouvement.

A lire aussi :  Mélenchon et Marseille : l’histoire d’un rendez-vous manqué

Après son élection, on attendait de lui qu’il soit un nouveau leader de la gauche locale, capable de faire bouger les lignes et d’impulser une nouvelle dynamique dans cette ville si particulière.  De son propre aveu, il a échoué : « On croit toujours qu’on va réaliser des grands scénarios et puis ça se passe autrement, qu’est-ce-que vous voulez que je vous dise ! » concluait-il au micro de Marsactu en décembre. Et il n’est pas le seul à faire ce constat. « On ne l’a quasiment jamais vu à Marseille !, dénonce un militant communiste. Il ne fait rien comme député pour la ville alors je ne vois pas ce qui pourrait changer en tant que président. » Pour le clan Roussel, ce bilan plus que contrasté est devenu un véritable argument de campagne.

Les Insoumis marseillais, eux, le portent comme un fardeau. Lors d’un tractage à la gare Saint Charles, on tente d’expliquer la déconvenue aux passants échaudés. « Il n’est pas maire, en tant que député c’est difficile d’agir sur le terrain », entend-t-on d’un côté. « C’est une ville difficile à réformer, le système politique est gangréné », argumente-t-on de l’autre. Difficile dans ces conditions de parler de programme et de convaincre sur le fond des propositions de Jean-Luc Mélenchon.

Roussel marque sa différence à gauche

A l’inverse, Fabien Roussel tente d’enfoncer le clou en proposant des mesures qui font sens dans la cité phocéenne. Parmi les propositions phares de Fabien Roussel lors de son meeting : la suppression des métropoles. Une idée qui pourrait convaincre à Marseille où les tensions entre la municipalité, de gauche, et la métropole, de droite sont plus que récurrentes.

Dans une ville où le trafic de drogue et les règlements de compte sont légion, Fabien Roussel marque aussi sa différence avec les autres candidats de la gauche sur le thème de la sécurité. Quand Mélenchon dénonce « l’obsession sécuritaire » et charge régulièrement la police, le candidat communiste fait de la sécurité « sa marque de fabrique » selon sa porte-parole Barbara Gomes. « Comment on peut laisser à la droite ce sujet ? s’interroge Fabien Roussel en marge de son meeting. C’est un sujet que la gauche doit reprendre et que je veux reprendre. »

A priori, Jean-Luc Mélenchon et Fabien Roussel paraissent proches sur l’échiquier politique. Sur le plan économique, leurs deux programmes présentent encore de grandes convergences. Mais la tactique choisie par le député du Nord semble claire : se différencier à gauche. Que ce soit sur la sécurité, le nucléaire, ou la laïcité, ses positions sont très marquées. A tel point qu’aujourd’hui, c’est Yannick Jadot qui semble le plus proche des Insoumis sur le plan des propositions.

Stratégie payante en mai dans les urnes pour Fabien Roussel ? Difficile de l’affirmer au vu des récents sondages qui donnent rarement Roussel à plus de 5%. Mais en draguant Marseille, territoire de Mélenchon, les communistes ont peut-être déjà la tête en juin et aux législatives.

Auteur·trice
Célestin Bougère
Auteur·trice
Corentin Wahu

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