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À LA PÊCHE AUX INFOS

Face au manque d’expos en musées, des visites alternatives en plein air

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De plus en plus de Français se laissent tenter par les visites en extérieur, faute d'accès aux musées et expositions (Photo Tolga Akmen / AFP)

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Roselyne Bachelot l’a rappelé mi-janvier. Au nom du “principe de précaution”, les musées et autres lieux culturels restent fermés jusqu’à nouvel ordre. Depuis fin octobre, les visiteurs n’ont pas pu mettre le pied dans un musée. Et s’il n’est plus possible de déambuler dans les expositions des établissements culturels, rien ne les empêche de suivre des visites guidées patrimoniales, en extérieur. Une tendance à la hausse.

Malgré la grisaille, ce jeudi matin, à côté de la Vieille Charité dans le 2e arrondissement de Marseille, une dizaine de personnes écoute attentivement, masque sur le nez et yeux levés vers une façade, une personne parler. “Regardez bien en l’air, je ne sais pas si vous aviez déjà fait attention, mais il y a énormément de petites statues comme celle-ci qui émaillent les rues et les maisons marseillaises. Elles sont très jolies, prenez bien le temps de les regarder”, explique-t-elle à son assemblée, pointant du doigt un petit ange. Cette femme, c’est Martine, historienne de l’art et guide conférencière depuis 2013 dans la cité phocéenne. 

Cette passionnée effectue le plus souvent des visites en musées mais face à la crise sanitaire et la fermeture des centres culturels, depuis quatre mois, elle a dû s’adapter. “J’organise des visites urbaines de quartiers, comme le Panier, la Canebière, la campagne Pastré, le quartier de la Plaine et d’autres… Mais avec le maintien des fermetures, il va falloir que je travaille pour relancer d’autres visites de quartiers, trouver de nouvelles thématiques…, s’inquiète la cinquantenaire. J’en ai déjà pas mal mais, étant donné la situation, il faut pouvoir se renouveler. » Une fois par mois, elle organise des visites publiques, d’environ deux heures, aux quatre coins de Marseille. Cependant, face à la demande de plus en plus accrue, Martine est obligée d’augmenter ses visites.

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Les balades urbaines, une tendance à la hausse

Face au manque des sorties en musées, beaucoup se lancent dans ces visites de quartiers. C’est le cas de Bérangère, pour qui cette première visite, au Panier, est inespérée. “On a besoin de culture, ça fait du bien. C’est un très bon compromis des expos en musée, j’espère que ça va continuer” se réjouit la marseillaise. A ses côtés, la guide s’amuse d’un tel enthousiasme. « Ça me fait plaisir, les gens ont envie de sortir et il y a vraiment plus de demandes” reconnaît-elle. “Il y a quelques semaines, je me suis dit je lance la visite de Saint-Victor, j’ai envoyé le mail le mardi pour le jeudi, donc 48h avant, et j’avais 13 personnes dans le groupe !” Aussi, cette dernière est contrainte d’organiser ses visites en plusieurs temps, effectuant la même balade plusieurs semaines à la suite, avec différents groupes… “Quand j’ai vu l’annonce de ce programme, j’ai sauté dans le métro pour venir parce que je trouve que c’est fantastique : on est dans la rue, on ne se gêne pas” ajoute pour sa part Florence, jeune retraitée. Parisienne adepte d’expositions et de sorties culturelles, pour elle aussi, ces visites sont un bon palliatif : “La guide est très cultivée, renseignée, ce qui aide à retenir. C’est une véritable exposition à ciel ouvert.” Pendant 3h, le groupe de curieux arpente les ruelles du Panier à la recherche de trésors cachés, découvrant, ou redécouvrant pour certains des pans entiers de leur ville. “On découvre l’histoire des gens qui y sont passés avant nous, c’est extrêmement vivant, s’émerveille Philippe, marseillais depuis plus de 35 ans. J’ai appris plein de choses qu’on ne m’avait jamais dites. Par exemple, je ne savais pas que Louis XIV avait énormément développé le quai de Rive Neuve ou l’histoire de la place des moulins…” Des visites rendues très agréables, grâce à son expertise. 

Une situation malgré tout  compliquée pour les guides conférenciers

Comme Martine, dans la région Provence-Alpes-Côtes d’Azur, Ils sont 700 guides-conférenciers. Bien que les visites en extérieur séduisent de plus en plus de monde, la majorité des visiteurs était le plus souvent des touristes étrangers, notamment des croisiéristes. Martine a su s’adapter et profiter des fermetures de musées pour attirer les clients; mais cela n’est pas évident pour tous les guides et certains se  retrouvent en grande précarité. “C’est toujours délicat de demander aux collègues ce qu’ils deviennent avec cette période. Le chômage partiel n’a pas été respecté par tout le monde. En tant que guide auto-entrepreneur, j’ai pu m’en sortir un peu, mais ce n’est pas le cas de tout le monde…” admet-elle, lorsqu’on croise un de ses collègues au détour d’une ruelle. 60 % des professionnels du guidage en Provence-Alpes-Côte-d’Azur sont en CCD ou CDDU, beaucoup ne remplissent pas les conditions d’éligibilité de l’assurance chômage.

Au-delà de cela, les visites en extérieur sont aussi difficiles à mettre en place : “c’est plus compliqué à monter. En musée, il y a des catalogues, le travail est fait en amont alors que là il y a un travail énorme, il faut fouiller dans les archives, dans des guides, dans beaucoup d’ouvrages pour trouver du texte, du contenu, pour faire revivre ces quartiers” ajoute Martine. Certains, déjà en grande difficulté, peuvent difficilement monter de nouvelles visites… Au point de renoncer complètement à leur métier : “il y en a qui ont changé de métier, complètement. Ils sont allés voir ailleurs, puisque ce n’était plus possible pour eux financièrement, ça fait un an que ça dure maintenant” s’impatiente Martine. Il semblerait donc que malgré l’engouement grandissant des visiteurs pour ces balades en plein air, la situation pour les guides-conférenciers soit plus compliquée que jamais, sans visibilité sur l’avenir.

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