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Igor Tudor, son départ, son départ… va trop vite

"J’ai pris cette décision pour des raisons privées et professionnelles. " Igor Tudor @Julie Benmoussa

C’est officiel, Igor Tudor quitte son poste d’entraineur de l’Olympique de Marseille. Le Croate n’ira pas au bout de son bail avec le club olym-pien qui a accepté sa démission en fin de saison, ce jeudi 1er juin.

Sous une pluie diluvienne, un coup de tonnerre s’abat sur l’Olympique de Marseille : l’entraineur Igor Tudor quitte le club. Dans l’intimité du vestiaire du centre d’entrainement, niché sur les hauteurs de Marseille, le coach a confirmé à ses joueurs le bruit qui court depuis maintenant quelques jours. Il ne rempilera pas pour une deuxième année, et qu’importe un contrat durant jusqu’en juin 2024. La rencontre face à Ajaccio, ce samedi 3 juin, fera office de bal de fin.

Sur la pelouse de la Commanderie détrempée, on distingue Igor Tudor en survêtement bleu et blanc qui lui colle à la peau. Le colosse au crâne rasé taquine le ballon et mine une attitude décontractée. Pour sa dernière séance avant l’annonce, le coach croate de 45 ans veut sur une bonne note, il semble presque soulagé. Une question reste en sus-pens : est-ce que l’entraineur néo-marseillais donnera les raisons de ce départ précipité devant les médias ?

Une saison éprouvante

Dans la salle de presse surclimatisée de la Commanderie, Igor Tudor entre, accompagné du président Pablo Longoria et de Javier Ribalta, le directeur du football, tous deux cin-trés dans des costumes haut de gamme. Petite tape dos et léger sourire entre les deux, désormais, ex-collaborateurs. Pablo Longoria prend les devants : « C’est une conférence d’avant-match un peu particulière. On a accepté et respecté le souhait de notre coach de ne pas continuer l’aventure avec nous la saison prochaine ». Il acte ainsi le départ d’un coach qui aura réussi à hisser le club à la troisième place du championnat de France de Ligue 1. En l’espace de trois ans, le directeur sportif puis président du club phocéen aura assisté aux départs de trois entraineurs de caractère (André Villas-Boas, Jorge Sampaoli et Tudor), et à celui d’un timide intérimaire (Nasser Larguet).

Après un hommage appuyé de Pablo Longoria, Igor Tudor brise le silence et délivre son dernier message en italien : « Je quitte le club et je le laisse dans de meilleures conditions que celles dans lesquelles je l’avais trouvé. J’ai pris cette décision pour des raisons pri-vées et professionnelles. Je ne pars pas parce que j’ai un accord avec un autre club ». Usé et mal-aimé, Tudor signe la fin d’une saison harassante. « Travailler ici à l’OM, c’est comme travailler deux, trois ans avec un autre club », résume avec philosophie l’ancien défenseur international croate.

Mais quelles sont ces raisons professionnelles qui ont poussé ce vétéran de la Juve à remiser le survêtement ? Etaient-ce les sifflets à son encontre en début de saison, face à Reims en ouverture du Championnat ? Ses relations percutantes avec ses joueurs ? Les résultats déclinants du club en fin de saison ? Le manque de sa famille et de ses proches, restés à Split, et la vie routinière à la Commanderie ? On n’en saura pas plus : « Les dé-tails n’ont pas d’importance » pour Igor Tudor. Mais il l’assure, cette décision est le fruit d’une « longue réflexion ».

Igor Tudor en conférence de presse à la Commanderie, à Marseille. @Julie Benmoussa

La saison de l’Olympique de Marseille ce sont des hauts – une troisième place en Ligue 1 – et des bas – une élimination en phase de poules de la Ligue des Champions après un scéna-rio hitchcockien contre Tottenham et une plus douloureuse encore face à Annecy en Coupe de France. Cette sortie brutale illustre encore une fois l’instabilité de ce club. Avec le départ d’Igor Tudor, l’OM effectue son 23ème changement d’entraineur depuis le début des années 2000, intérimaires inclus. Pour Pablo Longoria, c’est le jeu. « La pression est une tendance liée au club et au foot d’aujourd’hui. Il n’y a pas de regret », justifie le président espagnol de 37 ans. S’adapter sans cesse : une habitude pour les joueurs de l’équipe phocéenne. « Peu de coaches s’installent dans le temps dans le football moderne, ana-lyse Valentin Rongier, capitaine et élément incontournable de Tudor. Notre métier c’est de s’adapter. Tu y arrives ou tu t’en vas ».

Igor nous a donné cette culture du travail » (Pablo Longoria)

Même ballotté, Tudor ne retient que le meilleur, avec une certaine nostalgie : « Il y a une chanson qui dit : « Il vaut mieux se souvenir des belles choses », je le transmets aux joueurs, je leur dit qu’on peut utiliser les épisodes négatifs pour progresser ». Il en est cer-tain, son passage laissera une trace indélébile. « J’ai laissé le club en meilleur état que celui dont lequel je l’ai connu », dit-il. Il part sans regrets, avec la fierté d’avoir su incul-quer sa rigueur et sa discipline quasi-militaires : « À l’OM j’ai beaucoup donné, il y eu beaucoup de nuit blanches, de longues réflexions avec les dirigeants ».

La méthode de fer made in Tudor n’a pas réussi à conquérir les coeurs des supporters marseillais. « On est l’OM, un grand club d’Europe. Peut-être que le coach a la tête dure mais cela fait partie de sa personnalité, défend Valentin Rongier. On a échangé tout au long de l’année, il n’est pas fermé au discours contrairement à ce que vous dites ». Pablo Longoria insiste : « Ce que nous a donné Igor, c’est cette culture du travail, ce niveau d’exigence, cette ambition qu’avec l’effort on peut faire des choses ».

Et maintenant? Quel chemin empruntera l’Olympique de Marseille, habitué aux virages en épingle? Le flou persiste autour du possible successeur. C’est l’histoire de « quelques jours », assure Javier Ribalta. Tudor, lui, s’apprête à s’en aller tranquillement. Le voyage est long depuis la planète Mars.

Auteur·trice
Manale Makhchoun

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