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La sécurité: entre réalité et illusion politique

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« Il faut arrêter de dire que Marseille c’est la zone ! [...] ,Jean-Luc. By Pixabay

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Et si Marseille était le théâtre d’une communication politique pour lutter contre l’insécurité depuis plusieurs mandats présidentiels ? La sécurité est une des grandes préoccupations des Français. Alors que l’élection approche, l’heure est au décryptage des stratégies politiques pour lutter contre l’insécurité. Alors Marseille, ville du crime ou un véritable cliché bien utile politiquement ?

« Il faut arrêter de dire que Marseille c’est la zone ! Moi je vis ici depuis toujours, on n’est pas plus en insécurité qu’ailleurs », s’agace Jean-Luc, quinquagénaire croisé sur la place Castellane. Pourtant, début septembre le président de la République Emmanuel Macron était en visite dans la deuxième ville de France et tapait du poing face aux derniers règlements de compte. Visite dans les quartiers nord, dans les bureaux de police locaux et une annonce en grande pompe d’un renfort de 200 policiers supplémentaires… Le chef de l’Etat a multiplié les promesses et les actions. Son objectif : réduire la criminalité.

Pourtant dans les Bouches-du-Rhône en 2020, on dénombre 141 531 crimes, délits et actes de délinquances. En Ile de France, il y en aurait eu 730 888. Alors pourquoi une image de Marseille comme ville alors que les chiffres officiels disent le contraire ?
Pour le sociologue spécialiste de la délinquance Laurent Mucchielli, il n’y a pas de secret. La thématique de la sécurité intérieure est un passage obligé pour les prétendants à l’Elysée. Ceci serait un énième coup politique en vue de la présidentielle en avril 2022. « Ils l’ont tous fait avant Emmanuel Macron », martèle-t-il.

Nicolas Sarkozy, le chef d’orchestre

Si Jacques Chirac en a parlé, c’est bien Nicolas Sarkozy (UMP puis LR) qui pendant son passage Place Beauvau en a fait son obsession : lutter contre la délinquance. « Ne méprisons pas ceux qui souffrent quotidiennement de l’insécurité en les accusant de devenir « sécuritaires », « intolérants », victimes des aléas des mesures statistiques ou du sentiment d’insécurité », s’exclamait-t-il devant toute la France, le 13 novembre 2002.
Il multiplie alors les mesures et notamment la loi sur la sécurité intérieure votée en 2003.

Pourtant, à l’époque, Marseille est loin des radars du gouvernement. Ce n’est qu’en 2010 que la cité phocéenne se métamorphose en un théâtre politique. L’ancien ministre de l’Intérieur est désormais président et il n’oublie pas ses préoccupations de l’époque. Mais il lui manque une chose : un cas d’école. Il choisit d’abord Grenoble mais très vite, il reporte son attention sur une ville, Marseille. Epaulé de celui qui lui a succédé Place Beauvau, Brice Hortefeux, il multiplie les visites chocs. La stratégie est simple : une communication médiatique importante.

Une stratégie qui n’a pas échappé au sociologue Laurent Mucchielli qui a repéré un pic d’articles et de dépêches ayant pour sujet la criminalité à Marseille. Ces articles sont parus justement au moment du déplacement du président de la République et de son ministre de l’Intérieur. « Dans les dépêches de l’AFP, la montée en puissance se poursuit ensuite en 2011 où les mois de mai, août et décembre comptent environ 40 dépêches chacun. le premier pic correspond à une nouvelle descente politique », détaillait-t-il dans son étude Marseille, capitale du crime ? Le récit du crime dans les discours politico-médiatiques. Dans ces articles, toujours le même vocabulaire : « violence, drogue, règlement de compte, banditisme…», recense-t-il dans ce même ouvrage. Bref, le terrain parfait pour taper sur l’insécurité.

Emmanuel Macron sur le front

Forcément, l’effet a fait mouche, l’ancien socialiste François Hollande répète le même schéma que son prédécesseur ainsi que les candidats aux présidentielles François Fillon et Marine Le Pen durant la campagne présidentielle de 2017.
Mais alors, cela ne vous rappelle rien ? Emmanuel Macron a repris la même stratégie à Marseille. Ce sont d’abord ses lieutenants qui ont été envoyés au front. « Aucune zone de non-droit sur le territoire de la République, à Marseille comme ailleurs. À ma demande, une importante opération anti-drogue a été menée aujourd’hui Cité des Flamants. D’autres opérations suivront. Bilan : 4 interpellations et saisies de drogue et d’argent liquide », lançait sur Twitter Gérald Darmanin le 30 août 2021.

Mais attention, Pour tous les experts, il faut se méfier des chiffres qui ne sont que le reflet des actions faites par les services de police et de gendarmerie. La question qui persiste est si cette stratégie politique demeurera avec les prochains élus.

Auteur·trice
Élise Regaud
Auteur·trice
Angèle Delbecq

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