Attentat à Paris : « aussi bons que soient les psychiatres, le risque zéro n’existe pas »

docteur, ordonnance / photo pixabay
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« Un ratage psychiatrique ». Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a critiqué lundi sur BFMTV le suivi psychiatrique du suspect de l’attentat qui a fait un mort et deux blessés à Paris samedi 2 décembre. Delphine Glachant, psychiatre au centre hospitalier public Les Murets, dans le Val-de-Marne, estime que « le suivi a été fait en bonne et due forme » et dénonce l’état de la psychiatrie publique.

Dephine Glachant, psychiatre
Delphine Glachant, psychiatre au centre hospitalier Les Murets.

Que pensez-vous des propos de Gérald Darmanin qui parle d’un « ratage » dans le suivi psychiatrique du suspect de l’attentat du 2 décembre à Paris ?

On le prend très mal au sein de la profession ! Le suivi médical a été fait en bonne et due forme, comme demandé par la justice. Et rien ne dit pour le moment qu’Armand Rajabpour-Miyandoab avait des troubles psychiatriques au moment des faits, ni même si l’acte qu’il a commis a un quelconque lien avec un trouble.

Quelle est la fiabilité d’un suivi psychiatrique ?

Aussi bons que soient les juges et les psychiatres, le risque zéro n’existe pas. Mais la plupart des patients n’ont jamais commis de passage à l’acte grave. On les met beaucoup en avant, mais cela reste rare, surtout en comparaison avec les crimes de droit commun commis sans lien avec un trouble psychiatrique.

Il faut néanmoins voir dans quel état se trouve la psychiatrie publique : le manque de moyens humains affecte forcément les suivis. Nous n’avons plus assez de lits, ni assez de psychiatres pour accueillir tous les patients en consultation.

Vous devez refuser certains patients ?

Non, mais on donne des délais trop longs entre chaque rendez-vous. Les patients arrivent ensuite parfois dans un état bien plus grave à l’hôpital parce que nous n’avons pas pu les accompagner suffisamment. En France, la psychiatrie publique est découpée en secteurs géographiques inégaux. Pour chaque zone, il y a au moins un centre de consultation publique, un hôpital de jour et un lieu d’hospitalisation complète. Mais dans certains secteurs, ces structures peuvent être très loin du lieu de vie des patients, ce qui complique notre travail.

Gérald Darmanin demande de créer une « injonction administrative » de soins pour que les préfets puissent forcer une personne à se présenter devant un psychiatre. Est-ce une solution ?

Depuis la loi de 2011 (sur les soins sans consentement, NDLR), les préfets peuvent déjà ordonner une hospitalisation ou une prise en charge par des psychiatres de ville sans le consentement du patient. Donc je ne comprends pas l’intérêt de cette proposition. De toute façon, à partir du moment où la personne ne souhaite pas être soignée, cela complique notre travail. Certains patients restent toujours dans le déni de leur maladie et nous cachent certaines choses donc leur prise en charge sera nécessairement moins qualitative.


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