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Cannabis : La légalisation, solution ou fausse bonne idée pour Marseille ?

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Ils et elles sont militant.e, policier, addictologue, élue, sociologue et nous donnent leur avis sur la légalisation du cannabis. Depuis plusieurs décennies, ce sujet clivant fait débat en France. À Marseille, les tensions sont d’autant plus importantes que les règlements de compte liés au trafic de drogue ont causé l’an dernier, la mort de 33 personnes. Dans ce long format multimédia, on fait le point sur le débat.

Dans son livre “Révolution”, publié en 2017, le candidat Emmanuel Macron s’exprimait en faveur d’une dépénalisation du cannabis. Sur la base d’experts, il décrivait même que c’était “vain de pénaliser systématiquement la consommation de cannabis”. Le chef de l’Etat s’était donc prononcé favorable à une dépénalisation, mais la légalisation n’a jamais été à l’ordre du jour. Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin a qualifier sur le plateau de LCI en septembre 2020 le cannabis de “merde”. “La drogue, c’est de la merde, on ne va pas légaliser cette merde” avait-il prononcé, en référence au spot publicitaire de 1986. Le message du gouvernement français est donc clair. Pourtant, ce point de vue n’est pas adopté par tous les pays européens. On fait le point, en vidéo, sur la législation en Europe et en France avec notre journaliste Maureen Le Ru.

On fait le point, en vidéo, sur la législation en Europe et en France avec notre journaliste Maureen Le Ru.

Quelques chiffres en PACA

Malgré une législation parmi les plus répressives d’Europe, la France est la première consommatrice de cannabis du continent. En 2021, selon un rapport de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies, 44,8% des Français de 18-64 ans, soit 18 millions de personnes, déclarent avoir déjà consommé du cannabis au moins une fois dans leur vie. 

La région Provence-Alpes-Côte d’Azur se distingue par une consommation supérieure à la moyenne nationale. En 2021, 54% de la population adulte (18-64 ans) de cette région affirme en avoir fumé au moins une fois dans leur vie. Une différence importante de plus de 9 points. En revanche, la consommation de cannabis chez les jeunes de 17 ans ne se différencie que très faiblement de la moyenne nationale. Il y a simplement une plus forte expérimentation (41,2% contre 39,1%). 

À Marseille, le débat Mohamed Bensaada a relancé le débat sur la légalisation du cannabis lors de la publication de son essai  “Legalize it !”, ou “Pour une légalisation sociale du cannabis et de ses usages” dans sa version longue, en décembre 2022. Ce militant associatif, syndical et politique est bien connu des quartiers populaires de Marseille. Il est notamment à l’origine de l’association Quartiers Nord-Quartiers Forts et du Syndicat des Quartiers populaires de Marseille. C’est donc à partir de son expérience du terrain et ses connaissances que le militant insoumis écrit son programme politique en faveur d’une “légalisation sociale”. Selon ses mots, cette avancée législative permettrait de mettre fin aux violences des règlements de compte liés au trafic de drogue.

La légalisation sociale du cannabis, “un des aspects de la révolution” de Mohamed Bensaada 

Le militant insoumis a présenté son nouveau livre en faveur de la légalisation du cannabis dans le 14ème arrondissement mardi 17 janvier. Un programme politique et économique qui place l’État au centre de l’organisation. En ayant grandi au parc Corot, le fondateur de l’association Quartiers Nord, Quartiers Forts explique que le cannabis est une problématique majeure pour les familles des arrondissements populaires. « Ça a pris une ampleur et une place dans la vie des habitants des quartiers qui est devenue assez dramatique », s’insurge-t-il. « Dans ma famille, dans mon entourage amical et professionnel, dans mon militantisme au quotidien, je rencontre beaucoup cette problématique qui est devenue une problématique obsessionnelle depuis une douzaine d’années », observe l’insoumis. Lire la suite.

Pour ou contre la légalisation du cannabis ? 

Pour éclairer plus précisément le problème des violences liées aux règlements de compte, nous avons confronté la position de Mohamed Bensaada à celle d’un acteur de la sécurité, Eddy Sid, du syndicat Unité SGP Police FO Marseille. Comme tous les syndicats de police, le représentant des forces de l’ordre est opposé à la légalisation du cannabis. Pour lui, l’autorisation ne réglerait rien. Elle ne ferait que déplacer le trafic vers la consommation et la vente de substances plus fortes en THC.

Eddy Sid, représentant syndicaliste GP Police, face à Mohamed Bensaada, militant pro-légalisation. Vidéo: Jules Careau Crédits musique: Last Breathe, Future.

La légalisation du cannabis entraînerait-elle une augmentation de la consommation de drogue ?

Les hommes et les femmes sont touchés de la même manière par la consommation de cannabis, peu importe la fréquence d’usage. Comme précisé au-dessus, les chiffres en région PACA sont supérieurs à la moyenne nationale. Drogue peu chère, et recherchée pour ses effets, les consommateurs ne sont majoritairement pas des poly-consommateurs. À Marseille, selon la sociologue Claire Duport, on la consomme très jeune, dès le collège, particulièrement dans les quartiers populaires. 

La sociologue est responsable de recherche à Transverscité. Elle est également chargée d’études à l’OFDT (Observatoire Français des Drogues et Tendances addictives). Claire Duport s’intéresse particulièrement aux usages et trafics de drogues en France, et publie des rapports ciblés sur la région PACA. 

Claire Duport, sociologue : La légalisation du cannabis entraînerait-elle une augmentation de la consommation de drogue ?

La légalisation du cannabis peut-elle arrêter les violences liées au trafic à Marseille ? 

En mars 2022, des élus marseillais ont proposé que Marseille fasse partie des villes tests pour expérimenter la légalisation du cannabis. En tant que membre du parti EELV, la première adjointe à la mairie de Marseille, Michèle Rubirola, est pour la « légalisation contrôlée », qui permettrait de consommer « propre ». Mais « ce n’est pas simplement en légalisant le cannabis qu’on va arrêter les violences », souligne la médecin de profession. « Il faut aussi remettre du service public et rétablir la confiance entre les populations. »

Michèle Rubirola, élue EELV à la mairie de Marseille : La légalisation du cannabis peut-elle arrêter les violences liées au trafic à Marseille ? 

Quel impact la légalisation du cannabis pourrait-elle avoir sur les consommateurs ? 

La violence liée au trafic et à la consommation de cannabis n’est pas uniquement une problématique politique et sécuritaire. Cette violence est aussi expliquée d’un point de vue purement médical, addictologique. Sa consommation, particulièrement lorsqu’elle est excessive, entraîne chez le consommateur un trouble du comportement, au même titre que l’alcool, que l’on peut acheter de manière légale. 

Michael Bazin est le chef du service d’addictologie de l’Hôpital d’Allauch. Dans son service, seul un patient sur cinq vient pour cause d’addiction au cannabis. La majorité des patients viennent pour un problème lié à l’alcool ou au tabac. Est-ce du fait de la prohibition de cette substance que les consommateurs de cannabis n’osent pas être suivis ? Michael Bazin nous apporte des précisions et son expertise médicale.

Michael Bazin, addictologue : Quel impact la légalisation du cannabis pourrait-elle avoir sur les consommateurs ? 

Une majorité de Français réclame une prise de position politique

En moyenne entre 2016 et 2020, 179 000 personnes ont été mises en cause chaque année pour usage de stupéfiants. La plupart pour avoir consommé du cannabis, selon des données du ministère de l’Intérieur publiées fin novembre 2021. Ce chiffre témoigne de l’explosion de la répression de la consommation de drogues. En 1995, les statistiques officielles faisaient état d’un peu plus de 52.000 interpellations pour usage de stupéfiants. En dépit des importants moyens répressifs déployés, soit 568 millions d’euros par an selon le Conseil d’analyse économique (CAE), l’usage du cannabis s’est envolé en 30 ans et la France est actuellement le pays d’Europe le plus consommateur de cannabis.

À gauche de l’échiquier politique actuel, les candidats Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot sont favorables à la légalisation du cannabis. Anne Hidalgo, elle, se montre plus timorée. De son côté, François Hollande, l’ancien président socialiste, confiait être “arrivé à la conclusion qu’il faut légaliser ce commerce-là pour mieux le contrôler, pour assurer la santé publique et finalement éradiquer le trafic”. Le candidat d’extrême droite Eric Zemmour avait déclaré avoir évolué sur la question de la légalisation. Dans les rangs de la majorité macroniste, les positions sont divisées. Pourtant, le sujet intéresse les Français. Une étude de l’Ifop publiée en février 2022 indiquait qu’une majorité des Français (57%) souhaitait que les candidats à l’élection présidentielle prennent position sur l’évolution de la législation du cannabis. Cette proportion en hausse 5 points par rapport au niveau mesuré lors de la campagne de la précédente présidentielle montre l’intérêt croissant pour ce sujet.  

Auteur·trice
Lison Bourgeois
Auteur·trice
Auteur·trice
Auteur·trice
Zoé Ducassé
Auteur·trice
Maureen Le Ru

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