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Trottinettes, vélos : les oubliés de l’électrique

Devant la station de métro La Fourragère (12e arrondissement), une utilisatrice s'apprête à prendre un vélo électrique. (Crédit : Arnaud Delayre)

À Marseille, le nombre de vélos et de trottinettes électriques varie fortement selon les quartiers. Si dans l’hyper-centre, l’offre est abondante, elle l’est beaucoup moins dans les quartiers périphériques.

Depuis mi-décembre, de nouveaux vélos électriques ont fait leur apparition sur le bitume marseillais. Ce service vient élargir celui proposé par des opérateurs comme Lime, Dott ou encore Bird. Quelle soit publique ou privée, l’offre de mobilités douces se concentre en majorité dans le centre-ville. Les quartiers excentrés sont, eux, laissés pour compte.

C’est le cas des Caillols, dans le 12e arrondissement marseillais. Ici, être un adepte de la trottinette ou du vélo électrique est un casse-tête. Ce mardi 28 mars, dans la matinée, une seule trottinette, de la marque Lime, est disponible dans ce quartier excentré de Marseille. Pas un vélo électrique en vue. Estelle a 28 ans. Elle n’utilise que très rarement ces modes de transport. Et pour cause. « J’ai téléchargé l’application Lime il y a quelques mois, des amies m’en avaient parlé. Il faut bien dézoomer la carte des vélos ou trottinettes disponibles pour en apercevoir. Dans mon quartier (celui des Caillols), tu peux oublier. Finalement, j’utilise l’application quand je suis dans le centre ville mais c’est très rare », déplore-t-elle. 

Il suffit de se rendre sur l’application pour comprendre cette réalité. L’immense majorité des stations sont concentrées dans l’hyper centre de Marseille. Alors si vous voulez pédaler dans le 12e arrondissement (le constat est le même dans les 13e, 14e et 15e arrondissements), la meilleure solution est d’acheter son propre vélo ou sa propre trottinette. Problème : une trottinette coûte minimum 250 euros. Comptez entre 200 et 300 euros pour un vélo.

Capture d’écran de l’application Lime le 28 mars 2023

« Il y a une très forte densité de stations dans le centre. Dès qu’on s’éloigne, la carte est moins dense. Il y a peu ou pas de stations dans certains quartiers », observe Maurice Olive, directeur de la licence professionnelle ville et territoire durable à l’IUT d’Aix-Marseille université. Benjamin a 26 ans et habite Saint-Barnabé, également dans le 12e arrondissement. Il lui est arrivé d’utiliser une trottinette pour se rendre à son travail mais il a vite été confronté aux difficultés de son quartier. Écoutez.

Une cassure entre le centre et le reste de la ville

« Il y a de gros efforts à faire à long terme pour éviter cette coupure entre les Marseillais du centre et le reste de la ville, qui sont finalement les parents pauvres », poursuit Maurice Olive qui considère également que la métropole ne fait pas tout pour faire basculer la ville de Marseille dans la culture vélo. 

Le contraste entre le nombre de vélos et de trottinettes électriques entre le centre-ville et les quartiers excentrés s’explique, notamment, par la répartition des zones de stationnement dans chacun de ces quartiers. Sur 900 stations, deux tiers sont réparties entre les 1er et les 8e arrondissements. Le tiers restant est dispersé entre les 9e et 16e arrondissements qui sont beaucoup plus vastes.

Une volonté de la mairie du 11e et 12e d’étendre l’offre

Si les quartiers éloignés du centre sont laissés à l’écart de ce dispositif, c’est aussi parce que la ville ne met pas tout en œuvre pour y parvenir. Dans les 11e et 12e arrondissements de Marseille, 115 bornes sont disponibles. Sylvain Souvestre, maire de ce secteur, espérait beaucoup plus : « On proposait presque le double. J’ai envoyé la programmation le 2 décembre à la ville et j’attends toujours une réponse à mon mail. La municipalité prône les mobilités douces mais sans réponse, on ne peut pas avancer », regrette-il.

Sylvain Souvestre reconnaît aussi que l’on a « moins besoin d’un vélo ou d’une trottinette électrique dans ces quartiers ». La majorité de cette population se déplace en voiture. Et pour cause, le secteur des 11/12 s’étend sur 4 400 hectares, la plupart vallonnés, contre moins de 1 000 hectares pour les 1er, 2e et 3e arrondissements de la ville. 

« Pour les habitants de mon secteur, le manque de vélos et de trottinette n’est pas une problématique. Il faut donner une cohérence de transport. Il n’y a presque pas de pistes cyclables non plus, il faudrait d’abord refaire la voirie, ce qui coûte entre 10 et 15 millions d’euros », rappelle le maire divers droite. 

Un sentiment partagé par Vincent Pochart, membre du Collectif vélo en ville. « Marseille est une des pires villes cyclable de France. Les aménagements de la voirie sont insuffisants. C’est ce qu’il faut développer en priorité. »

Des propos qui rejoignent ceux de Maurice Olive qui regrette le manque de volonté de la ville de ne pas mettre plus de moyens pour rendre la ville de Marseille plus adaptée aux vélos et aux trottinettes. « Des villes moins grandes sont plus avancées que Marseille. L’essentiel doit être fait à la métropole. »

Auteur·trice
Lucas Morlier
Auteur·trice
Arnaud Delayre