Pourquoi Jul est (encore) numéro 1 sur Spotify ?

Rappeur marseillais Jul
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Pour la sixième fois depuis 2016, Jul s’impose comme l’artiste français le plus écouté sur Spotify. Un palmarès impressionnant pour ce trentenaire né à Marseille. Alors que sort son nouvel album, retour sur la recette d’un succès phénoménal. 

« Et merci aux jaloux, c’est en partie grâce à vous aussi. » Le directeur de cabinet du maire de Marseille qui twitte du Jul, en réponse à ses détracteurs. Une sérieuse indication pour Iliès Hagoug, journaliste à Marsactu, qui prépare un ouvrage sur le rappeur : « Jul est entré dans la culture légitime ».

En 10 ans, il a explosé tous les compteurs en imposant le style Jul, parfait mélange de rap de rue, de sonorités dansantes façon zumba, et d’autotune. Trente albums, 7 millions d’auditeurs sur Spotify, 20 disques de platine et plus de 900 titres. Il prépare petit à petit sa place dans le Guinness des Records. Qu’on préfère l’appeler le J ou l’Ovni, Julien Mari de son vrai nom, fascine. Mais pourquoi ? 

Parce qu’il est une machine à hits 

Sa productivité est sans limite selon Gilles Rof, réalisateur d’un documentaire sur le rap marseillais : « il a un côté stakhanoviste. Deux albums par an et parfois un autre gratuit ! » Tous ceux qui ont travaillé avec lui le disent : Jul est une « machine à hits ».

Outre sa productivité, Gilles Rof note « sa créativité » et son éclectisme. « Il est capable d’aller piocher dans la variété des années 80 et dans ce qui se fait de plus pointu en Afrique. » Et à ceux qui critiquent sa musique, trop répétitive et simple pour certains, Iliès Hagoug rétorque : « on ne fait pas ces reproches à d’autres artistes, plus intégrés au sein de la culture légitime. Dans les 30 ans de carrière de Michel Sardou, il n’y a pas non plus une grande diversité musicale ».

Parce qu’il est un « roi du marketing » 

Actif sur les réseaux sociaux, Jul parle à ses fans comme il parlerait à ses potes. Il communique uniquement sur Instagram ou Snapchat. Gilles Rof confirme : « Jul est un roi du marketing. Il a su créer un lien très fort avec sa fan base… Son signe Jul, [les mains jointes en forme de pistolets, pour écrire les lettres Jul], c’est un coup de génie absolu ».

Il a su fédérer autour de lui, créer un univers dans lequel ses fans et lui peuvent se parler directement. Pudique, il ne se mêle ni de politique, ni de questions sociales. Sur les réseaux, il fuit les polémiques, préférant laisser ses chansons parler, comme dans son single Entraînement : « 64 ans la retraite, il respecte pas l’peuple le gouvernement ». Mais Jul revendique la « détente, l’amusement et la simplicité… » Des valeurs qui lui ressemblent.

Parce qu’il est « nature, peinture»

« Une raison du succès de cet artiste, c’est aussi sa simplicité », poursuit Gilles Rof. « Il ne cherche pas à apparaître comme une star. Il est direct et il aborde des thèmes qui peuvent parler à tout le monde. » Si la musique de Jul fait danser, c’est surtout sa personnalité qui fait mouche. Iliès Hagoug en est convaincu : « ce qui plaît chez Jul, c’est son authenticité. Il n’a pas déménagé à Miami comme Booba, il habite toujours à Saint-Jean-du-Désert, à Marseille. Pour lui, le succès c’est pouvoir payer un supplément au grec à ses potes ».

Au sein d’un univers musical où la communication est millimétrée, Jul fait tâche. « La production culturelle de notre époque est très léchée. Il est le symbole d’un quotidien qui est ignoré », analyse le journaliste. Celui de millions de personnes, pas bien représentés au sein de la culture légitime. « Il incarne la culture du scooter ». Un mode de vie qu’on retrouve dans de nombreuses banlieues ou encore à … Marseille. 

Parce que c’est « Marseille bébé ! » 

Par-dessus tout, Jul est indissociable de sa ville. Depuis ses débuts il la célèbre, et son expression « c’est Marseille bébé ! » a investi la sphère publique. Pour Gilles Rof, « Marseille avec son côté rebelle, où tout est possible, un peu branquignole, est totalement incarnée par Jul qui ne se gêne pas pour apparaître tel qu’il est. C’est-à-dire un Marseillais de base, qui ne se pose pas de questions sur son look, ni sur son orthographe ».

Iliès Hagoug observe même une corrélation entre Jul et les changements de la ville. « En 2014, quand Jul a explosé, on sortait de Marseille, capitale de la culture (2013), et la ville commençait à rattraper son retard. Mais je peux vous assurer, qu’être Marseillais à cette époque, ce n’était pas quelque chose de branché. » Aujourd’hui, il remarque une inversion des valeurs : Jul et tout le folklore marseillais (pastis, cagoles, OM…) auparavant moqué, arrivent sur le devant de la scène. « Les néo-marseillais veulent être plus marseillais que les Marseillais. Ils portent des casquettes de l’OM, en chantant du Jul », note-t-il.

S’il a séduit les Parisiens, qui l’ont acclamé à l’Arena, Jul a su dépasser les frontières de la cité phocéenne. Premier produit d’exportation français en Europe et dans les pays francophones, ce roi de l’authenticité a conquis le monde entier.

Auteur·trice
Chloé Bergeret

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